Société

Bye-bye école du 17e siècle !

Prenez des enfants du même âge. Assoyez-les en rangées dans une pièce carrée. Obligez-les tous à faire la même chose, en même temps — peu importe leurs goûts ou leurs aptitudes —, sous la direction d’un adulte qui leur inculquera son savoir et ne tolérera pas de remise en question. Vous avez la recette de l’école du 17e siècle, qui perdure encore aujourd’hui. Et la raison pour laquelle, sans doute, un nombre croissant de jeunes décrochent et continueront de le faire…

Photo : New Tech High @ Coppell
Photo : New Tech High @ Coppell

Quand un ordinateur, un téléphone cellulaire ou la tech­nolo­gie Wi-Fi du café du coin offrent plus d’occasions que l’école d’accéder au savoir, pourquoi traîner assis à un pupitre éraflé dans une classe sans fenêtres ?

La majorité des enfants québécois savent aujourd’hui véri­fier dans Internet si leur prof a commis une erreur dans son cours. La façon dont les écoles du Québec répondront, ou non, à ce défi technologique au cours des prochaines années détermi­nera leur succès ou leur échec.

Aux États-Unis, déjà, certaines écoles secondaires, comme la New Tech High School de Coppell (Texas), ont abattu les murs qui séparaient les classes pour créer des aires ouvertes, les lieux d’étude et de travail étant délimités par des cloisons transparentes. Les élèves, parfois d’âges divers, collaborent à des projets, guidés par des enseignants ou par des professionnels qui agissent à titre de mentors.

Les élèves sont parfois affalés dans des canapés, les écouteurs de leur iPod sur les oreilles, suivant en baladodiffusion une conférence en espagnol ! Ils ont une « carte de confiance » qui leur donne accès à des privilèges, comme l’usage d’un téléphone cellulaire. Le travail en groupe étant la norme, les jeunes peuvent aussi exclure d’un projet un condisciple qui ne fournit pas sa part. Celui-ci est alors condamné à bosser tout seul. L’horreur !

La New Tech High School de Coppell reprend le concept élaboré par la New Technology Foundation, qui a ouvert une première école New Tech à Napa, en Californie, en 1996. Une quarantaine d’écoles américaines ont, depuis, adopté ce mode d’enseignement.

Au Québec, les universités ont commencé à prendre le virage que leur imposent les nouvelles technologies (voir « Génération piton ! », p. 28). Elles n’ont pas le choix. Pour­quoi leurs étudiants suivraient-ils en classe le cours d’un prof ennuyeux quand, en direct dans Internet, ils peuvent écouter gratuitement le cours d’un expert d’un prestigieux établissement européen ou américain ? Les universités se transforment donc.

Faute de ressources et de volonté réelle de changement, le reste du réseau de l’éducation québécois stagne et vit encore souvent au 17e siècle. Les rares commissions sco­laires qui ont tenté de prendre le virage technologique – comme celle d’Eastern Town­ships, en Estrie, qui fournit un ordinateur portable à chaque élève du secondaire dans le contexte d’une stratégie d’appren­tissage amélioré – se heurtent au scepticisme et à l’apathie de toutes les bureaucraties, aussi bien d’État que syndicales. Quand ce n’est pas aux technophobes dogmatiques, qui refusent d’admettre que les technologies de l’information ne sont pas seulement une mode… mais une révolution !

La génération piton a besoin d’une école à sa mesure. Les enfants de milieux aisés qui ont accès à un ordinateur à la maison voient de plus en plus tôt les limites des connais­sances de leurs enseignants. Pour s’adapter à ce change­ment, l’école devra revoir toutes ses méthodes et sa structure même. Le défi est particulièrement grand dans les milieux défavorisés.

Dans ces endroits où à peine un garçon québécois sur neuf obtient son diplôme d’études secondaires, les nouvelles tech­nologies pourraient être un puissant outil de lutte contre le décrochage ! Un jeune qui en arrache en français et en histoire peut s’avérer un crack en informatique si on lui met un ordinateur entre les mains. Le logiciel de correction qu’il utilisera lui entrera même dans le crâne quelques règles d’orthographe. Et ce logiciel ne s’impatientera jamais – contrairement au prof -, même s’il doit corriger cent fois la même faute. Pour le prix d’un ordi, toute la société gagnera un citoyen instruit !

La vague technologique est puissante. D’ici quelques années, elle aura tellement transformé une génération que les élèves pourraient ne plus trouver intéressantes ni l’école privée ni l’école publique. Charlemagne, ce roi franc qui a créé une école adaptée à son époque, aurait-il imaginé une école différente s’il avait vécu à l’ère d’Internet ? Y a-t-il dans la salle un Charlemagne de notre temps ?