Société

Jamais sans mon portable !

Imaginez faire tout votre secondaire avec votre ordi, sans changer de classe et en vous servant d’outils comme YouTube pour vos travaux… Une école de Sainte-Foy a un succès fou avec son programme Protic.

Une école de Sainte-Foy a un succès fou avec son programme Protic.
Photo : Larry Rochefort

On dirait une chambre d’ados. La chambre de 25 ados ! Des sacs à dos traînent par terre, les murs sont décorés de collages de photos de magazines. C’est pourtant bel et bien une classe de 4e secondaire. Les pupitres sont regroupés pour former un carré, avec, au centre, une boîte métallique sur laquelle sont branchés des câbles d’alimentation électrique et Internet. Sauf pour les cours d’éducation physique et d’arts, les élèves restent dans ce même local, avec le même groupe. Ce sont les enseignants qui se déplacent d’une classe à l’autre.

« La classe appartient aux élèves. Alors oui, ça peut finir par ressembler à une chambre d’ados », dit avec humour Jean-Philippe Caron, directeur adjoint de l’école secondaire Les Compagnons-de-Cartier, un établissement public de Sainte-Foy, banlieue bien nantie de Québec.

Cette école de 1 175 élèves fait figure de pionnière. Depuis 12 ans déjà, elle offre à 400 d’entre eux le programme Protic, axé sur les TIC, les technologies de l’infor­ma­tion et des communications. Instauré pour freiner la diminution du nombre d’inscrip­tions, ce programme avait aussi l’avantage de permettre d’appliquer la réforme de l’enseignement d’une façon novatrice.

« Protic, c’est un plus », expliquent Jona­than Carpin et Charles Brien. Les cheveux rasés, l’allure relax et l’air un tantinet moqueur, ces deux élèves de 4e secondaire montrent un sérieux étonnant lorsqu’ils parlent du programme, qui, disent-ils, leur donne « beaucoup d’autonomie ».

Dans la classe, ça grouille comme dans une fourmilière tandis que Jonathan et Charles nous décrivent le court métrage qu’ils soumettront au festival de films de l’école, qui aura lieu en avril. « C’est une parodie de Ghostbusters, sauf que ça parle du vaccin contre la grippe A (H1N1). Ceux qui l’ont reçu sont devenus des zombies et nous, on les chasse. » À l’écran de l’ordi de Jonathan, on peut voir un début de synopsis, des notes de travail, des Post-it informatiques. Charles, lui, nous montre un outil trouvé dans YouTube pour simuler les cascades.

Les devoirs, l’agenda, les suggestions de lecture, les mémos pour les parents : tout est dans le portail Protic.net. Les enseignants communiquent avec leurs élèves, par l’intermédiaire de leurs blogues, notamment. « Bonjour à tous. Je suis actuellement en grande réflexion pédagogique sur l’intégration des différents outils dans mon enseigne­ment : Twitter, Facebook, YouTube, etc. », écrit à ses élèves Martin Bélanger, qui enseigne l’histoire, le français, et supervise les projets spéciaux en 3e secondaire. « N’hésitez pas à me suggérer à la fois des choses conservatrices et loufoques : j’essaierai de tenir compte de vos folies. 😉 »

« Avec Protic, les garçons réussissent aussi bien que les filles », signale fièrement Martin Bélanger, qui, avec ses cheveux longs et sa dégaine d’amateur de musique heavy metal, a l’air à peine plus vieux que ses élèves. Les deux tiers des jeunes qui suivent ce programme sont des garçons, lesquels sont d’ailleurs majoritaires aux tests d’admission. Une étude menée par l’Université Laval au cégep de Sainte-Foy montre que les élèves issus de Protic ont des taux de réussite plus élevés que les autres à leur première session au collégial.

Les élèves intéressés par Protic doivent passer un test d’admission, comme dans les écoles internationales. Le programme est gratuit, mais il faut que les parents achètent à leur enfant un ordinateur portable, qu’ils peuvent obtenir à 1 750 dollars en vertu d’une entente entre l’école et un fournisseur.

Protic a fait des petits en 12 ans : Pasc@l, au cégep de Sainte-Foy (2002), Protic-Primaire, à l’école primaire du Versant, à Québec (2003), et Omnitic, à l’école secondaire de l’Achigan, dans Lanaudière (2009). L’OCDE l’a intégré à l’un de ses prestigieux programmes de recherche. Protic a été présenté en 2002 à Lisbonne, au World Education Market, foire internationale réunissant des sociétés d’informatique et des créateurs de logiciels du monde entier.

Le jour de notre visite, une vingtaine d’enseignants tunisiens des niveaux primaire et secondaire assistaient, fascinés, à un exposé sur le programme. « Vos élèves ne travaillent pas, ils s’amusent ! » dit la porte-parole du groupe, Alia Chaabouni. « On a l’impression qu’ils s’amusent, mais en fait, ils construisent leur savoir et ils le font en société », précise-t-elle.

Le directeur, Jean-Philippe Caron, l’admet volontiers : l’élève a facilement dépassé le maître à la fin de ses études pour ce qui est de l’usage des technologies. « Mais ça ne veut pas dire que les jeunes n’ont pas besoin de nous, déclare-t-il. Ils ont besoin de guides. »

Chez les parents comme chez les enseignants, le programme fait des envieux, dit Martin Bélanger. « Quand on les rencontre, les parents nous disent qu’ils auraient aimé avoir accès à un programme comme celui-là quand ils étaient jeunes. Moi aussi ! »

D’AUTRES EXEMPLES AILLEURS AU QUÉBEC >>

D’AUTRES EXEMPLES AILLEURS AU QUÉBEC :

Bas-Saint-Laurent : À Les Hauteurs, petite municipalité de quelque 500 personnes près de Rimouski, les 37 élèves de l’école des Hauts-Plateaux (1re et 2e secondaire) ont tous leur ordinateur portable depuis 2008. Financés par la commission scolaire, les appareils pourront être rachetés à bon prix par les élèves lorsqu’ils quitteront l’établissement pour se diriger vers la 3e secondaire.

Estrie : De la 3e année du primaire à la 5e secondaire, tous les élèves de la commission scolaire anglophone Eastern Townships ont leur portable, soit 5 600 élèves. Lancé en 2003 par le directeur de la commission scolaire, Ronald Canuel, le programme Stratégie d’apprentissage amélioré explique, selon lui, que le taux de décrochage ait chuté de moitié en cinq ans.

Montréal et les environs : Dans la région de Montréal, quelques écoles ont pris le virage informatique ces dernières années, surtout dans le réseau privé. C’est le cas notamment du Collège de Montréal, avec son programme MITIC (Matières intégrées aux technologies d’information et de communication), et du collège Regina Assumpta, avec son programme Excellence.tic, qui offre aux élèves la possibilité de louer un portable pendant leurs études secondaires et de le racheter avant d’entrer au collégial.