2012 : place aux pionniers

La tentation sera grande, autour de la dinde du temps des Fêtes, de ne parler que de tout ce qui va mal. Résistons-y.

L'édito de Carole Beaulieu - 2012 : place aux pionniers
Photo : Pur Vodka par Josias Gob Photography

Oui, l’euro menace d’imploser, le gouvernement Harper renie Kyoto, les islamistes gagnent des élections, notre grand voisin (et client) Obama a déçu, et la campagne présidentielle de 2012 fait poindre bien peu d’espoir de relance économique états-unienne… D’accord.

Mais si Jacques Cartier n’avait regardé que les nuages qui s’amoncelaient à l’horizon, il n’aurait pas navigué bien loin.

Quand on aura fini de râler contre Ottawa, Québec, Wall Street et tous les autres, réservons-nous un moment pour trinquer aux audacieux entêtés qui défient les vents contraires.

Je pense à de jeunes entrepreneurs, à Nicolas Duvernois par exemple. Ce trentenaire a parié tout son avoir sur une aventure que ses proches et ses banquiers disaient folle et vouée à l’échec : créer une vodka purement québécoise. Deux ans plus tard, Pur, faite de maïs et d’eau de source, a remporté 14 médailles internationales et s’exporte en Australie autant qu’en France. Et les prévisions de ventes en Chine sont de 40 000 à 50 000 bouteilles ! Vous serez chanceux d’en trouver une à offrir à Noël.

Duvernois n’est pas seul. Éric Fournier et ses deux associés de Moment Factory ouvriront en 2012 un premier bureau à l’étranger. Leurs installations interactives habilleront d’ici 2014 le siège social d’Euro­news, à Lyon. Les serres urbaines aménagées sur des toits par Moha­med Hage et ses com­plices des Fermes Lufa sont les grandes vedettes d’une tendance internationale qui s’affirme : l’agriculture dans les villes. Isabelle Bégin dirige depuis cinq ans Skeye Inflight Enter­tainment, qui vend des productions audiovisuelles à 200 compagnies aériennes.

Le Québec regorge de jeunes entrepreneurs dont la détermination devrait faire les manchettes aussi souvent que les exploits des joueurs de hockey ou les doléances des indignés.

Bien sûr, des obstacles se dresseront devant nos rêves individuels et collectifs. Vivre en français en Amérique du Nord – à la banque comme au restaurant – ne sera jamais acquis comme peut l’être le fait de vivre en chinois en Chine. Même s’il peut être fatigant de remonter régulièrement dans les haubans pour consolider les cordages, demandons-nous ce qu’aurait dit Champlain de nos lassitudes.

Dans plusieurs coins du Québec, on aura des raisons de célébrer en cette fin d’année. À Sept-Îles, Baie-Comeau, Des­chambault, Bécancour, Sorel-Tracy, l’heure est au dynamisme et à la création d’emplois. Des investissements de plusieurs millions ont été faits par de grandes entreprises métallurgiques, et de nombreuses personnes y gagneront des emplois bien payés. Au cours des 10 ans qui viennent, les barres d’aluminium et les boulettes de fer contribueront à enrichir des travailleurs.

On pourrait dresser une longue liste de tout ce qui mérite d’être célébré cette année : du dynamisme de la ville de Québec (dont le taux de chômage est sous la moyenne nationale depuis 10 ans !) aux bonnes notes des élèves québécois en mathématiques et au génie de la nouvelle salle de l’OSM. Tout ne va pas si mal !

Être en meilleure santé, plus heureux, plus riche, plus instruit, plus en sécurité ne s’acquiert pas sans effort. Face aux vents contraires qui risquent fort de souffler en 2012, il faudra sans doute louvoyer. Mais ce ne serait pas la première fois de notre histoire. Souhaitons-nous l’imagination, le courage et le brin de folie des grands explorateurs. Après tout, ils n’ont pas tous fini comme James Cook, découvreur de la Nouvelle-Zélande, qui fut mangé par des cannibales !

 

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