2013 : l’année des tuyaux

On entendra beaucoup parler de « tuyaux » en 2013. Pas seulement sous la forme d’informations refilées à des enquêteurs de police ou à des parieurs, mais aussi sous la forme de pipelines.

L'édito de Carole Beaulieu - 2013 : l’année des tuyaux
Photo : A. Vaughan / PC

Trois dossiers mobiliseront politiciens, gens d’affaires et militants écologistes au cours des pro­chains mois : Enbridge (pipeline entre North West­over et Montréal), Keystone XL (entre l’Alberta et le Texas) et Northern Gateway (entre l’Alberta et la Colombie-Britannique).

Sous ces noms se cachent un chan­gement radical de la situation énergétique du continent et un questionnement crucial : tolérerait-on mieux les émissions de gaz à effet de serre causées par l’exploitation des sables bitumineux (environ 6 % des émissions du pays) si une partie des profits était investie dans une énergie plus verte pour tous les Canadiens ?

Ces trois pipelines visent le même objectif : ouvrir au pétrole albertain des routes d’exportation vers les marchés en croissance de l’Inde et de la Chine. Sans de tels accès, l’Alberta devra ralentir sa production dès 2016 (on entend applaudir les écolo­gistes). Son marché le plus fiable, les États-Unis, vogue vers l’autosuffisance énergétique, grâce notam­ment à l’exploitation des gaz de schiste. Quel revirement !

L’ouverture de nouvelles voies d’exportation permettrait aussi à ce pétrole d’être vendu plus cher (le pays voisin, client unique, l’achète à 20 dollars de moins le baril que sur les marchés mondiaux). Et si, tant qu’à produire des gaz à effet de serre, le Canada récoltait le plein prix pour son pétrole albertain et réinvestissait cet argent ailleurs pour préparer l’après-sables bitumineux ? Appelons ça une politique nationale de l’énergie et convenons que ce sera un défi de convaincre les Canadiens !

Le pipeline vers le Pacifique – Northern Gateway traverserait des forêts sauvages de Colombie-Britannique – a peu de chances de voir le jour à court terme. La première ministre libérale de cette province, Christy Clark, s’y oppose. Le leader néo-démocrate Adrian Dix (que beaucoup donnent gagnant à l’élection provinciale de mai 2013) s’y oppose encore plus, pour des raisons tant économiques qu’écologiques.

Si la route de l’Ouest se ferme, celle de l’Est devien­dra d’autant plus cruciale. Le Québec peut-il retourner cette situation à son avantage ?

L’Office national de l’énergie – un organisme fédéral – entendra ce printemps la société Enbridge, qui veut inverser le flux de sa canalisation 9 entre North Westover (en Ontario) et Montréal pour faire couler du pétrole albertain vers l’est. Les raffineries du Québec y voient des emplois. Les écologistes sont aux abois : une fuite dans ce pipeline qui longe le lac Ontario polluerait la source d’eau potable de millions de Canadiens ! (La canalisation date de 40 ans, et le pétrole léger extrait des sables serait – selon les écologistes – plus corrosif que celui qu’elle transporte présentement de Montréal vers Sarnia.) Le fédéral a compétence sur les oléoducs interprovinciaux. Le ministre canadien des Ressources naturelles, Joe Oliver, affirme que c’est Ottawa qui aura le dernier mot.

Reste que le gouvernement du Québec pourrait profiter de l’occasion pour faire avancer ses propres intérêts énergétiques. La première ministre de l’Alberta, Alison Redford, veut lancer une discussion pan-canadienne sur l’urgence de créer un marché Est-Ouest de l’énergie. Si l’Alberta a besoin d’exporter son pétrole, le Québec, lui, veut exporter son électricité. Devenus plus autosuffisants, les Américains lui en achètent moins, et à moins cher. Des lignes à haute tension vers d’autres provinces pourraient intéresser le Québec.

Redford et Marois, même combat ? La géographie énergétique canadienne pourrait nous réserver quelques surprises en 2013.

 

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