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Newtown : était-ce mal d’écouter les appels au 911 ?

Fallait-il écouter ces enregistrements ? Pourquoi écouter des appels de détresse où le son de chaque tir est aussi celui d’un cœur d’enfant qui s’arrête de battre ?

Photo : sandwichgirl / CC BY-NC-ND 2.0
Photo : sandwichgirl / CC BY-NC-ND 2.0

Le 14 décembre 2012, Adam Lanza a tué sa mère, puis s’est dirigé vers l’école primaire Sandy Hook, dans le Connecticut, où il a abattu 26 personnes, dont 20 enfants, avant de s’ôter la vie.

Un an plus tard, à la suite d’une bataille juridique menée par l’Associated Press, les enregistrements des appels passés au 911 depuis l’école ont été divulgués, provoquant un débat au sein des médias américains. Fallait-il les diffuser au public ? Était-ce moral ? Était-ce du voyeurisme morbide ?

Ces questions ont divisé l’opinion américaine, même les familles des victimes et les psychologues. Ainsi, certains ont affirmé que le fait de cacher ces enregistrements aurait alimenté les spéculations et terni la confiance envers les autorités. D’autres ont expliqué que ces appels dévoilent une partie de l’histoire sur laquelle toute la lumière n’a pas été faite.

«Je trouve qu’il y a une grande différence entre le secret et la confidentialité, a pour sa part commenté Teresa Rousseau, la mère d’une des victimes adultes. Nous avons ces lois dans le but de ne pas permettre au gouvernement de rester secret, pas dans celui d’envahir la vie privée des victimes.»

Le débat s’est ensuite déplacé des médias aux citoyens : faut-il écouter ces enregistrements ? Pourquoi écouter des appels de détresse où le son de chaque tir est aussi celui d’un cœur d’enfant qui s’arrête de battre ?

«Cela importe peu que vous vous considériez comme une personne vertueuse, quelqu’un de bien intentionné mais imparfait, ou même – dans vos pensées obscures – un salaud. Chaque jour, vous vous voyez proposé la chance d’agir de manière morale ou de manière monstrueuse.»

L’auteur de ces mots, Jeffrey Kubler, de Time, s’est intéressé à la moralité de l’écoute de ces appels, à ce qu’ils révèlent sur ceux qui y ont prêté une oreille attentive. Après tout, nous sommes des êtres curieux par nature, prêts à aller marcher sur la surface de la Lune et à envoyer un robot prélever des échantillons sur Mars – un robot du nom de… Curiosity.

Écouter les appels au 911 se justifie-t-il si vous avez été horrifié par ce que vous avez entendu ? demande-t-il à ses lecteurs. «Peut-être, mais vous avez sûrement ressenti d’autres choses également : une certaine fascination qui vous a empêché de détourner les yeux; le frisson coupable d’assister à une tragédie en train de se dérouler et dont vous connaissez la finalité…»

Vous l’aurez compris, Kubler a tranché le débat. Selon lui, personne ne devrait écouter ces enregistrements. «Si vous avez écouté les cassettes sans ressentir au moins un peu de dégoût pour vous-même, alors vous n’y avez pas assez bien réfléchi.»

Mais il reconnaît des contre-arguments. «Le meilleur moyen d’empêcher que ce genre de sauvageries se reproduise est peut-être avant tout de ne pas s’en cacher. De cette manière, ne sommes-nous pas moralement obligés d’écouter les sons provenant de Newtown ? Et le fait de ne pas les écouter n’est-il pas une forme de lâcheté ?»