[2014] Entrevue avec Boucar Diouf, l’optimiste, et André Sauvé, l’angoissé

Au seuil de la nouvelle année, Boucar Diouf et André Sauvé nous ont confié ce qui, au Québec et ailleurs, les rassure ou les inquiète, leur donne envie d’applaudir ou de hurler. Échanges en style libre.

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Photo : Jean-François Bérubé

2013 a été une autre année d’étalage de la corruption, du copinage et des abus de pouvoir en tous genres. Sans parler des échanges acrimonieux au sujet de la Charte… Dur pour le moral des troupes citoyennes !

Histoire d’en rire autant que d’en pleurer, L’actualité a réuni deux humoristes qui incarnent bien nos extrêmes : l’un est un optimiste inébranlable, l’autre, un angoissé existentiel chronique. Au seuil de la nouvelle année, Boucar Diouf et André Sauvé nous ont confié ce qui, au Québec et ailleurs, les rassure ou les inquiète, leur donne envie d’applaudir ou de hurler. Échanges en style libre.

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Le thème étant inévitable, commençons par la Charte… Que vous inspire cette opération de définition de nos valeurs communes, et en particulier de ce que devrait être une laïcité à la québécoise ?

Boucar Diouf : La laïcité, c’est ce que j’aime de ce pays, c’est ce qui m’a amené ici. Je me suis éloigné du monde musulman pour renouer avec le « moi total », la possibilité de vivre sans continuellement sentir le regard de l’autre sur soi. Cette question de la laïcité représentait une boîte de Pandore qu’on avait peur d’ouvrir, et le Parti québécois l’a fait. On peut s’interroger sur la façon dont il l’a fait, mais il y avait là une nécessité, alors j’applaudis.

André Sauvé : Moi, je ne peux pas m’empêcher de partir de l’être humain, du psychique, plus que de l’angle sociétal… Ce qui me fascine, et que les discussions sur la Charte révèlent, c’est la place que prennent les croyances des uns et des autres. Comment se fait-il qu’autant de convictions se cristallisent dans un tissu, ou encore dans ces deux morceaux de bois qui se croisent et qu’on appelle la croix ? On aurait pu croire ces questions-là d’une autre époque, alors que ça imprègne encore tout. Chacun doit encore se positionner par rapport au religieux.

B.D. : Tu as raison, on doit s’intéresser à la façon dont chacun vit ce questionnement. Mais il ne faut pas perdre de vue les principes que nous défendons comme collectivité. Qu’est-ce qui a préséance dans une société : l’individuel ou le collectif ? Sur la question de la laïcité, pour moi, c’est le collectif.

A.S. : Je veux bien, mais il reste que tout ça vient de nous. La politique, comme la religion, ne tombe pas de la planète Mars. On a un Parlement à l’intérieur de nous ! Des partis qui s’affrontent ! Et quand on n’arrive pas à les réconcilier, on se bat dans le monde extérieur. J’aimerais qu’en 2014 ce débat social amène un travail intérieur, un regard tourné vers soi et les forces qui nous agitent.

Dans le registre de la politique municipale, êtes-vous confiants devant le « ménage » amorcé ? Va-t-on arriver à maîtriser la cupidité des élus ?

B.D. : Est-ce que ça va changer ? Mmmh. Chassez le naturiste et il revient au bungalow, comme on dit ! En attendant, la commission Charbonneau a crevé un abcès. C’est comme si on avait accepté de voir ce qui traîne dans le banc de neige, au printemps… C’est pas toujours beau, mais on a osé. Il reste pour moi une amère désillusion : quand on part d’une république de bananes pour venir ici, on va vers une sorte d’idéal, un lieu où les deniers publics sont bien gérés. Je constate que la magouille est partout. Parfois mieux cachée, c’est tout. C’est Daniel Lemire qui disait que depuis l’annonce d’une enquête sur la construction, il s’est vendu un nombre record de déchiqueteuses !

A.S. : On vit un profond sentiment de trahison, mais est-ce qu’on est assez vigilants pour la suite ? Est-ce qu’on est sortis du cycle de celui qui se fait tromper à répétition, à qui on dit : « C’est fini, chéri, c’était la dernière fois », mais qui se refait tromper le soir même ? Plus sérieusement, sans être comme toi un spécialiste de la biologie, Boucar, j’ai l’impression qu’on porte tous un gène de la corruption. Vaillancourt, c’est le junkie fini, mais on sait tous ce que c’est, la tentation de profiter d’une situation. Gandhi disait : « J’ai trois ennemis dans la vie : les Anglais, mais je peux m’en accommoder ; les Indiens, avec lesquels j’ai plus de misère, mais ça va encore ; mon plus grand ennemi, c’est moi-même. »

B.D. : On ne peut pas avoir une confiance entière dans l’individu, quel qu’il soit. Nous devons collectivement installer des garde-fous. En Afrique, on dit que l’écharde est plus facile à enlever dans la chair d’autrui !

Vous êtes très sensibles aux questions liées à l’éducation. Quels sont les grands enjeux dans ce secteur, selon vous ?

B.D. : Notre plus gros problème, c’est le décrochage scolaire. Trop de jeunes arrivent à la conclusion que l’école, ce n’est pas pour eux. L’école doit avoir un côté plus attrayant. En particulier dans les zones défavorisées, pour que ceux qui quittent un milieu difficile le matin puissent se dire : je vais avoir huit heures de plaisirs et de découvertes.

A.S. : Je comprends ces jeunes qui regardent le plat proposé et disent : « J’en veux pas ! » Je me souviens d’être allé voir l’orienteur tôt — il faut dire que j’ai été perdu de bonne heure ! —, et ça a été une expérience traumatisante. Il inscrivait mes réponses dans son programme, et tout à coup, j’ai vu mon avenir se faire « printer » devant moi. On me suggérait trois métiers, dont militaire ! Est-ce que quelqu’un me voit vraiment dans l’armée !? Puis, je me revois dans des cours de soudure, malheureux comme tout avec ma torche… Ça a sans doute changé, mais je sais qu’il y a encore plein d’élèves chez qui on n’arrive pas à canaliser les doutes et l’énergie. Il y a là un défi, parce que le délinquant a une énergie extraordinaire…

B.D. : J’ajoute qu’on n’investira jamais assez dans l’école publique. Je ne suis pas contre les subventions au privé, mais nous devons d’abord soutenir le public, pour que tous les jeunes commencent dans la vie à armes égales. On ne peut pas envoyer les uns se battre avec une machette et les autres avec un AK-47… Excusez la métaphore guerrière !

Alors que se préparent les Jeux de Sotchi et la Coupe du monde au Brésil, qu’en est-il de la fraternité entre nations ?

A.S. : Moi, les sports… Le foot, en tout cas, j’y connais rien. Sotchi, ça m’intéresse un peu plus. Dommage que les gouvernements des pays qui accueillent les Jeux veuillent à tout prix en profiter pour « flasher ». C’est dommage, parce que ça « flashe » en soi, une grande rencontre sportive.

B.D. : Cette fraternité, elle est très scénarisée. Ces grands spectacles sont loin de la solidarité des coopérants dans les pays pauvres, ceux qu’on ne voit pas à la télé, mais qui aident au quotidien. Mais j’aime le soccer depuis que je suis tout petit, alors je vais suivre ça. C’est le seul sport où les pays du Sud peuvent battre les pays du Nord !

A.S. : Il y a quelques années, je suis allé avec Oxfam au Burkina. Je me suis rendu compte qu’il y a une petite fourmilière de gens qui font des choses, loin des projecteurs. Je me souviens d’un endroit où tout le monde disait qu’il n’y aurait jamais moyen de faire pousser du riz. Eh bien, par un savant système d’irrigation et beaucoup de bon vouloir, on y est arrivé. On ne parle pas de ces petits miracles, mais moi, c’est par ça que je continue de croire qu’une solidarité entre les peuples est possible.

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« André Sauvé : Moi, je ne peux pas m’empêcher de partir de l’être humain, du psychique, plus que de l’angle sociétal… Ce qui me fascine, et que les discussions sur la Charte révèlent, c’est la place que prennent les croyances des uns et des autres. Comment se fait-il qu’autant de convictions se cristallisent dans un tissu, ou encore dans ces deux morceaux de bois qui se croisent et qu’on appelle la croix ? On aurait pu croire ces questions-là d’une autre époque, alors que ça imprègne encore tout. Chacun doit encore se positionner par rapport au religieux. »

Le reel @Andre c’est que les gens acquiert essentiellement une religion durant l’enfance par endoctrinement …

Habituellement quand on tient compte de ce phenomene ont comprend meme pourquoi les femmes dans les communautes juives hassidiques en viennent a meme vivre sans trop de probleme sans une liberte de choix ….

et donc pour le voile c’est sur que si on tient pas compte des discours de pudeur dans les communautes, les quesitonnement a quel age porter le voile, etc … qu’on tient pas compte des sermont sur le port du voile par mononcle, matante, la mere ou le beau frère …. on se demande d’ou ca sort ….

Anyway ….

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