Société

La magie des «Débrouillards»

«Le magazine Les Débrouillards ne se contente pas d’être une simple publication ; il fait aussi de la magie. Chaque mois, j’en suis témoin», explique le chroniqueur David Desjardins.

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Illustration : Alain Pilon

La nouvelle est tombée, suivie d’un tollé : après avoir été menacée par la vague d’austérité qui déferle sur le Québec, la subvention de 189 000 dollars au magazine Les Débrouillards sera finalement maintenue.

Mais si on a insisté sur l’importance de l’éducation scientifique, on a omis le plus important : expli­quer que Les Débrouillards ne se contentent pas d’être une simple publication ; ils font aussi de la magie.

Chaque mois, j’en suis témoin. Comme un lapin sorti d’un chapeau, le magazine apparaît dans la boîte aux lettres. Puis, ma fille de 10 ans s’en empare, et pouf ! elle disparaît pour toute la soirée. Des heures pendant lesquelles, sans qu’elle s’en aperçoive, elle se gave de sciences, de savants savoirs, et, presque malgré elle, grandit le désir d’en savoir plus encore. La voilà qui, plutôt que de se coucher, cherche maintenant sur le Web pour approfondir un sujet. Il n’y a que la menace parentale qui pourra rompre l’enchantement : c’est l’heure de dormir, bébé !

Je parle de magie ; disons un miracle. Les 27 000 abonnés des Débrouillards acquièrent, sans s’en rendre compte, des connaissances sur la chimie, la physique, la biologie animale et humaine, l’espace, la robotique, la génétique… Mais aussi, grâce aux numéros hors série, sur les arts et les sports.

J’ai été abonné au magazine dans ma jeunesse : il n’est pas étranger à ma curiosité pathologique. Ni à la vocation médicale de ma sœur. Ni d’ailleurs à l’inclination de nombreux lecteurs qui y ont découvert l’envie de faire des sciences leur carrière.

Je parle de magie, mais c’est pour rire. L’édition est une science. Une manière d’attraper le lecteur, de séduire sans racoler.

« On essaie de stimuler l’intérêt par la variété du traitement des sujets, explique la rédactrice en chef et éditrice adjointe des Débrouillards, Isabelle Vail­lan­court. On change le style, le traitement. Ça peut être illustré, sous forme de bande dessinée, voire de photoroman. »

Ça fonctionne si bien que les enseignants, toujours à la recher­che de matériel pour susciter l’envie de lire, particulièrement chez les garçons, vouent un culte au magazine. Quitte à s’y abonner à leurs frais, raconte Félix Maltais, l’éditeur. « Mais le magazine n’a toujours pas le prestige du livre », déplore-t-il en énumérant les obstacles économiques qu’il doit surmonter, comme les taxes de vente (dont les livres sont exemptés) et celles pour la récupération. Félix Maltais aimerait bien que le ministère de l’Éducation comprenne l’apport de son produit, et l’aide à faire encore mieux.

La survie de la publication n’a jamais été menacée par le retrait de la subvention qui planait sur elle l’automne dernier. Mais Les
Débrouillards assuraient le développement d’un nouveau produit, Curium, destiné aux adolescents. « Depuis septembre, on est allé chercher 3 500 lecteurs pour Curium », se félicite Maltais, qui sait bien que le milieu de l’édition bave d’envie de créer un tel produit de niche qui rencontre une adhésion rapide.

Peut-être est-ce parce que les enfants mesurent encore la valeur de ce qu’est un magazine : un rendez-vous entre une équipe éditoriale et des lecteurs. Un carrefour d’idées, de connaissances, présentées avec un souci de qualité, dans un instrument pensé pour rendre plus agréable la passation du savoir.

Les Débrouillards, c’est une initiation à ce que recèlent les meilleurs magazines d’information, une clé pour apprendre à douter, qui nous affranchit du charlatanisme, de la manipulation politique, de la pseudo­science ou, plus généralement, de la mauvaise foi intellectuelle que distillent avec un certain talent ceux qui cherchent à obtenir notre argent ou notre affection.

Ne serait-ce que pour cela, pour sa capacité de faire de meilleurs citoyens, non seulement on n’aurait pas dû songer à retirer la subvention de l’État aux Débrouillards, mais on aurait dû la doubler.

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Notons aussi l’apport de l’émission Génial !, à Télé-Québec, dont le scientifique attitré, Martin Carli, est une véritable idole des jeunes. Ça nous change de One Direction.