Société

Rentrée scolaire : remonter la pente après l’été

La pause estivale n’a pas que du bon. Certains enfants perdent des acquis et ils en paient le prix à la rentrée.

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Photo : Pixabay.com

Les anglophones appellent cela « the summer slide », la « glissade de l’été ». Ce terme amusant décrit une réalité qui ne l’est pas du tout : certains enfants perdent des acquis durant le répit des vacances. À la rentrée, ils en savent moins qu’ils n’en savaient quelques mois plus tôt. Le manque d’exercice a effacé de leur mémoire l’empreinte fragile des notions fraîchement apprises, leur faisant perdre jusqu’à deux mois de connaissances et d’aptitudes scolaires.

Tous les enfants sont susceptibles d’avoir les neurones un peu rouillés en septembre, mais le phénomène touche plus durement deux catégories d’élèves, ceux qui vivent en milieux défavorisés et ceux qui souffrent de problèmes d’apprentissage.

Bien souvent, ces enfants n’ont pas ouvert un livre de l’été, par manque d’intérêt ou parce qu’ils n’en avaient pas sous la main. Pendant ce temps, les enfants de milieux plus favorisés ont continué de lire par plaisir, ils ont visité des musées et voyagé. Ceux-là ont parfois même un léger gain de connaissances au retour des vacances…

Les jeunes qui ont descendu la pente peinent à combler leur retard, qui s’accumule été après été. À la fin de leur primaire, ces élèves ont des compétences en lecture qui correspondent à celles que leurs copains de classe avaient un an et demi plus tôt. Ces problèmes de lecture leur nuisent dans toutes les autres matières.

Bien connue des milieux scolaires anglophones, cette dégringolade commence à être prise au sérieux dans les milieux francophones, qui cherchent à la prévenir par différentes initiatives qui ont fait leurs preuves ailleurs.

Une étude (pdf) menée dans des écoles défavorisées de la Floride a montré qu’il suffisait de donner des livres aux élèves à la fin des classes pour contrer la glissade de l’été. Trois années de suite, plus de 800 jeunes du primaire ont chacun reçu gratuitement 12 livres qu’ils avaient eux-mêmes choisis lors d’un petit salon du livre organisé à leur école. Au bout des trois ans, ils ont eu de meilleurs résultats aux examens du ministère de l’Éducation de la Floride qu’un groupe d’élèves qui n’avaient pas eu cette chance.

Les chercheurs principaux, Richard L. Allington et Anne McGill-Franzen (aujourd’hui professeurs à l’Université du Tennessee, auparavant rattachés à l’Université de la Floride), ont été tellement convaincus par les résultats de leur étude, publiée en 2010, qu’ils ont conçu un programme clé en main pour les écoles. Ces dernières peuvent désormais se procurer des lots de livres auprès de l’American Reading Company, une entreprise mise sur pied par une ancienne enseignante, qui offre divers programmes éducatifs, des livres adaptés au niveau de lecture des jeunes et tous les accessoires pour rendre l’expérience concluante (carnet de lecture, sac pour ramener les livres à la maison, etc.).

Pour que la formule fonctionne, les élèves doivent pouvoir choisir les livres qui leur sont remis, insistent les chercheurs. Qu’il s’agisse de livres sur la musique, le sport ou les animaux importe peu. L’objectif est d’entretenir le « muscle » de la lecture, et l’opération est beaucoup plus efficace si le jeune est intéressé par le contenu du bouquin.

Même un livre comme Frozen (La reine des neiges) fait le travail. Cette adaptation du film de Disney n’est pas de la grande littérature, reconnaît la jeune chercheuse Erin T. Kelly, de l’Université de Rochester, dans l’État de New York, mais comme cette histoire suscite un énorme intérêt chez les enfants, elle l’a incluse parmi les livres qu’elle a proposés à des élèves du début du primaire l’été dernier.

À la fin de l’été, ceux qui avaient pu sélectionner, en tout ou en partie, leurs lectures estivales avaient amélioré leurs scores en lecture. Alors que ceux qui avaient reçu par la poste des livres qu’ils n’avaient pas choisis avaient stagné ou régressé.

À défaut d’avoir des livres donnés par leur école, les jeunes du Québec peuvent fréquenter leurs bibliothèques publiques. Plus de 400 d’entre elles participent au Club de lecture d’été TD, programme conçu à l’origine par la Bibliothèque publique de Toronto, qui a fait des petits d’un bout à l’autre du pays.

Du choix des livres en vedette aux activités proposées – écrire des critiques de livres ou raconter des blagues sur le site Web du Club, par exemple —, tout est mis en œuvre pour faire de la lecture une activité ludique.

Ceux qui s’y seront adonnés trouveront le retour à l’école moins brutal…