Société

Sept questions pour prévenir l’échec

Un test de sept questions: c’est tout ce qu’il faudrait pour repérer les élèves en difficulté avant qu’ils prennent du retard.

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Photo: iStock

Dans une salle d’accouchement, le médecin détermine en une minute si un nouveau-né a besoin de soins d’urgence. Il observe le nourrisson et répond à des questions très simples : son rythme cardiaque est-il lent ou rapide ? La respiration est-elle régulière ? La coloration de la peau dénote-t-elle une bonne circulation sanguine ?

Cela s’appelle le test d’Apgar (du nom de l’anesthésiste qui l’a inventé, en 1952) et ça sauve des vies.

Égide Royer, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, pense qu’on devrait faire la même chose avec les élèves : faire passer un test simple pour détecter qui a besoin de « soins urgents » auprès d’un orthopédagogue ou d’un psycho-éducateur. Ça ne sauverait peut-être pas des vies, « mais ça éviterait que ces jeunes n’abandonnent l’école », dit-il.

Les enseignants ont bien sûr l’œil ouvert pour repérer les élèves en difficulté. Mais dans le feu de l’action, le problème de lecture de l’un et le déficit d’attention de l’autre peuvent passer inaperçus. Certains élèves ont parfois accumulé beaucoup de retard scolaire avant que quelqu’un sonne l’alarme. Alors que l’intervention ciblée et intensive d’un orthopédagogue en début de scolarité aurait pu régler le problème, ces jeunes finissent par avoir besoin de suivi pendant des années et peinent à rattraper leur retard. Sans compter leur estime d’eux-mêmes amochée.

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Le test Apgar destiné aux élèves du primaire, tiré du livre Persévérance d’Égide Royer.

Spécialiste des enfants en difficulté, Égide Royer a pris le temps d’élaborer un « test d’Apgar éducatif », qu’il a nommé « algorithme de la réussite ». Il s’agit de sept courtes questions, auxquelles l’enseignant répond par un chiffre de 0 à 3. L’enfant suit-il les consignes données par les adultes ? S’il en est incapable, le score est de 0 ; s’il le fait toujours, il obtient 3. Et ainsi de suite avec les autres questions, pour un total de 21 points. Un élève dont le score atteint moins de 13 a sans doute besoin d’aide.

Les questions portent sur les aptitudes en lecture et en mathématiques, sur le comportement et la persévérance, qui constituent tous des éléments clés permettant de prédire la réussite scolaire, comme l’ont démontré des études à long terme portant sur des milliers d’enfants. Égide Royer a ajouté une question sur la capacité d’utiliser les nouvelles technologies, une compétence devenue essentielle. Puis, il termine avec l’énoncé suivant : « Fermez les yeux, imaginez ce jeune à 12 ans et évaluez la probabilité qu’il réussisse à l’école. »

Un prof compétent avec un peu d’expérience finit en effet par avoir un pif presque aussi fiable qu’une batterie de tests. C’est d’autant plus vrai si l’on ne cherche pas à établir un diagnostic précis, mais à faire un triage rapide entre ceux qui ont besoin d’aide et les autres. Comme dans une salle d’urgence. Les analyses plus poussées peuvent être faites plus tard.

Le psychologue et économiste américano-israélien Daniel Kahneman, Prix Nobel d’économie, a d’ailleurs démontré qu’un algorithme simple pouvait être aussi efficace qu’une évaluation approfondie, à condition qu’il s’intéresse aux éléments les plus cruciaux.

L’enseignant n’a qu’à observer ses élèves en classe pendant les premières semaines de l’année scolaire et à prendre note de ceux qui semblent en décalage avec le reste du groupe. « Habituellement, en octobre, l’enseignant a pu se faire une bonne idée », souligne Égide Royer.

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Le test Apgar destiné aux élèves du secondaire, tiré du livre Persévérance d’Égide Royer.

Le test n’a pas besoin d’être refait chaque année. Il s’agit de le faire une première fois dès la maternelle ou la 1re année, pour détecter les problèmes de lecture, puis en 3e année, « une année charnière où la relation avec l’école, la lecture et les mathématiques est en train de se cristalliser », dit le spécialiste.

Puis, on refait la démarche au début du secondaire, un autre passage décisif.

L’universitaire a mis au point une version de sa grille destinée aux élèves du secondaire, dans laquelle l’assiduité aux cours est aussi évaluée.

Égide Royer donne des conférences cet automne dans plusieurs commissions scolaires pour faire découvrir cet outil. En souhaitant qu’il devienne aussi incontournable que le test d’Apgar.