SociétéAffaires et économie

Garderies: inquiétant virage

Le virage anti-CPE et procommercial de l’État est inquiétant pour le développement futur des enfants du Québec.

garderie
Chaque dollar investi dans des services de garde de qualité permet d’économiser jusqu’à 13 dollars en services publics, estime le Workplace Center du Massachusetts Institute of Technology. Aucun investissement fait au nom du développement économique n’est aussi rentable. (Photo: iStockPhoto)

Depuis sept ans, le gouvernement du Québec cherche à détourner les jeunes familles des garderies éducatives à tarif réduit, comme les CPE, et à les pousser vers les garderies commerciales à plein tarif. Tout d’abord, en 2009, il a considérablement augmenté le crédit d’impôt accordé aux parents qui ont recours aux garderies commerciales. Puis, en avril 2015, il a décrété une augmentation modulée du tarif quotidien dans les garderies éducatives.


À lire aussi:

Allocations familiales: combien allez-vous recevoir de plus? Faites le test!


Cette politique a permis aux garderies commerciales de se multiplier et d’augmenter leur tarif moyen, qui est passé de 25 dollars en 2008 à 40 dollars en 2015. L’État fait des économies en subventions, car le crédit d’impôt moyen accordé pour un enfant en garderie commerciale lui coûte moins cher que la subvention versée pour un enfant en CPE.

La nouvelle politique familiale de l’État a un fondement économique et éducatif douteux. Premièrement, ce n’est pas vrai que les subventions aux CPE et autres garderies éducatives grèvent les finances du Québec. Elles font, au contraire, faire de l’argent au provincial, au fédéral et aux municipalités. En 2015, le Québec a certes déboursé en subventions environ 1,6 milliard de dollars de plus que ce qu’il aurait consacré au système de garde à l’enfance qui existait avant 1997. Mais les 70 000 mères que l’actuel système a incitées à venir grossir les rangs de la population active et leurs employeurs paient quelque 2,5 milliards de dollars en impôts et taxes. Donc, gain net de 900 millions pour les autorités publiques.

Deuxièmement, on a fait courir le bruit que la croissance du coût des garderies éducatives, comme les CPE, devenait incontrôlable. Cela est faux. Depuis 2002, le coût de la subvention à ces établissements par enfant a progressé à un rythme très modéré, soit 2,5 % par année en moyenne. Ce qui a surtout fait augmenter le coût du programme, c’est la progression du nombre d’enfants placés en service de garde, qui reflète la confiance des parents dans le système. L’insoutenabilité financière à long terme des garderies éducatives à tarif réduit est un mythe.

Troisièmement, la politique de l’État a des conséquences pour les enfants eux-mêmes. On sait que pour leur développement, la période de 0 à 4 ans est la plus importante. En observant le comportement d’un enfant à la maternelle, on peut déjà prédire avec une quasi-certitude s’il va réussir ou non à terminer son cours secondaire. Au point que le professeur James Heckman, de l’Université de Chicago, Prix Nobel d’économie 2000, affirme que l’éducation préscolaire est sans conteste le plus important maillon de toute la chaîne éducative.

Les résultats de l’enquête Grandir en qualité, menée en 2014 dans tout le Québec, et ceux de l’Enquête montréalaise sur l’expérience préscolaire des enfants de maternelle, réalisée en 2012, sont particulièrement éclairants à ce sujet. La première étude a montré qu’en moyenne la qualité des services de garde était beaucoup moins bonne dans le secteur commercial que dans le secteur sans but lucratif. Le même constat a été fait partout ailleurs au Canada. La deuxième enquête en a mesuré les conséquences : les enfants de maternelle issus de familles à faible revenu qui ont fréquenté un CPE sont de deux à trois fois moins vulnérables dans leur développement, à la maternelle, que ceux qui ont fréquenté une garderie autre qu’un CPE ou qui n’en ont fréquenté aucune.

Inquiétant : détourner les enfants des CPE et les pousser vers les garderies commerciales risque de constituer un recul important pour le développement futur des enfants du Québec.