Tout ce qui cloche chez Goop, l'entreprise de Gwyneth Paltrow
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Tout ce qui cloche chez Goop, l’entreprise de Gwyneth Paltrow

Ou comment survivre à l’étrange séminaire grano-scientifique de l’actrice.

La fin de semaine dernière avait lieu l’incomparable conférence « In Goop Health », organisée par Goop, l’entreprise de « bien-être » fondée par l’actrice Gwyneth Paltrow. Au menu : un mur de légumes (au moins), une table ronde animée par une femme ressuscitée, une médium, des actrices, des injections de B12, des médecins et le rappel rassurant que la médecine moderne vous veut du mal.

Sous ses airs d’entreprise qui prône un mode de vie sain, le bien-être et le féminisme, Goop alimente la méfiance envers la science et la médecine. Et s’en met plein les poches. Que ce soit au moyen de la vente de produits « bons pour la santé » ou de séminaires animés par des spécialistes un peu louches et des actrices connues.

En règle générale, il y a très peu de raisons pour lesquelles j’accepte de sortir de chez moi. Mais je dois dire qu’il y a quelque chose d’hypnotisant (et peut-être même de sociologique) dans le fait d’assister à une journée où Gwyneth Paltrow vend sa salade (bio, merci) à une salle pleine d’adeptes qui, malgré le nombre impressionnant de mises en garde émises par des experts, ne jurent que par ses conseils alternatifs. J’aurais tout donné pour y assister.

Sauf peut-être le prix d’entrée de base : 650 dollars américains. Ou même le prix du billet VIP, 2 000 dollars, qui m’aurait permis de luncher (des toasts à l’avocat) en personne avec Sa Majesté-sans-OGM.

Alors, j’ai opté pour la deuxième option : suivre l’activité sur les réseaux sociaux, voir ce qui s’y est dit, en profiter pour consulter quelques (vrais) experts et rallonger ma liste (commencée il y a quelques mois déjà) de tout ce qui cloche chez Goop. La voici.

Les « experts » invités à la conférence

Capture d’écran

Avec sa promesse d’être un séminaire riche en conférences, en yoga et en bouffe bio, « In Goop Health » a invité « le top du top en matière du bien-être de l’esprit, du corps et de l’âme ». Sauf que quelques noms font un tout petit peu sursauter.

La liste des invités commence en grand par le neurochirurgien Eben Alexander, connu pour être revenu des morts (et avoir été au paradis) en 2008 après être tombé dans le coma. Oui, je sais. Il signe d’ailleurs quelques livres sur son expérience, apparemment validée par son impressionnant titre professionnel (on connaît tous la branche de la neuroscience qui étudie le paradis et Dieu, non ?). Sauf que la médecin présente lors dudit coma a démenti son histoire (surprise : les comas artificiels causent souvent des hallucinations). Ça n’a pas empêché Gwyneth de l’inviter à une table ronde un peu lugubre pour parler du fait que la mort n’existe pas.

S’est jointe à lui Anita Moorjani, aussi revenue des morts… et aussi auteure d’un livre sur le sujet. Sa bataille de quatre ans contre un cancer l’aurait menée « dans l’autre monde », où son père (qu’elle n’avait jamais rencontré) lui aurait dit de retourner dans l’univers des vivants. « Dès que je me suis dit que je méritais d’être en santé, je me suis transformée. Et en cinq semaines, il n’y avait plus de trace de cancer dans mon corps », a-t-elle déclaré, selon plusieurs journalistes présents à la table ronde. Mais comme le reporter de Quartzy le note, il manque un élément important à son récit : après trois ans à refuser des traitements modernes, l’auteure a reçu des traitements de chimiothérapie alors qu’elle était dans le coma.

Vient ensuite le nom de Kelly Brogan, une psychiatre « alternative » qui aime particulièrement insinuer que le VIH ne cause pas le sida, bien que le lien ait été prouvé à de nombreuses reprises.

Je ne m’aventurerai pas à parler des parcours de la médium ou de l’astrologue, j’ai un peu mal à la tête.

Les noms des actrices Drew Barrymore et Laura Linney, ainsi que de l’humoriste Chelsea Handler, figuraient au même titre que ceux des médecins et psychiatres. Ça paraît bien, c’est trendy (tout comme Goop, d’ailleurs) et ça fait vendre des billets. Mais ça en dit long sur la rigueur et le sérieux de l’activité.

Ce qui est fascinant, c’est que toutes ces informations sont bien connues, et pas très difficiles à trouver (si, par exemple, quelqu’un souhaitait peser toutes ses possibilités avant de dépenser 2 000 dollars pour un billet. Je dis ça de même). Alors, pourquoi est-ce que ça fonctionne ?

« [Ces soi-disant experts] utilisent le langage de la science sans jamais en utiliser la méthode, ils détournent le vocabulaire scientifique », m’a expliqué Serge Larivée, professeur à l’école de psychoéducation de l’Université de Montréal.

Une technique qui fonctionne encore mieux lorsque des personnalités captivantes nous font partager leurs propres expériences. « La technique du témoignage, ça pogne », poursuit l’auteur de l’ouvrage Quand le paranormal manipule la science. « La technique de l’anecdote aussi, mais ce ne sont pas des faits. Et les gourous le savent. Quand tu mises sur les émotions, tu gagnes. »

Quelqu’un a dit « secte » ?

Les fausses bonnes idées de Gwyneth

Les recommandations « bien-être » de Gwyneth Paltrow, qui s’accompagnent la plupart du temps de produits à acheter dans sa boutique, ont été remises en question par un nombre impressionnant de spécialistes de la santé. Ils sont toutefois toujours en ligne.

C’est le cas des vitamines Goop Wellness, qui promettent de faire de vous une femme moderne, efficace et productive. L’argument de vente principal ? « Le régime américain moderne exige souvent un supplément de vitamines et de minéraux. » Un argument qui sonne bien, qui vend bien, mais qui est faux, soutient la nutritionniste Catherine Lefebvre.

« Si on mange de façon variée et équilibrée, on n’a pas besoin de prendre des suppléments, explique-t-elle. Seules les conditions comme la grossesse ou une anémie, par exemple, rendent pertinent l’usage de ce type de produit. »

Capture d’écran

Goop insiste aussi sur le fait que les vitamines trouvées en magasin peuvent être toxiques. C’est vrai, mais les suppléments de l’entreprise ne font pas exception à la règle. « Certaines vitamines peuvent effectivement être toxiques si elles sont consommées en trop grande quantité », maintient Catherine Lefebvre.

Les différents suppléments de Goop promettent différents résultats. Certains combattent la fatigue, d’autres vous rendront plus belle.

Mais, oups ! En bas de la page de la boutique en ligne, en tout petit, se cache cet avertissement : « Ces déclarations n’ont pas été évaluées par la Food and Drug Administration. Ce produit n’est pas destiné à diagnostiquer, traiter, guérir ou prévenir des maladies. » Rassurant. Surtout qu’en cas d’ennui de santé causé par ces produits, cette minuscule vignette déresponsabilise Goop complètement.

L’actrice oscarisée a aussi recommandé aux femmes d’insérer un œuf de jade (qui par le plus grand des hasards est en vente pour 66 dollars américains dans la boutique Goop) dans leur vagin pour « augmenter leur énergie sexuelle en connectant leur deuxième chakra et leur yoni [l’organe sexuel féminin] ».  Un conseil qui a vite été réfuté par les spécialistes. Le jade est poreux et laisse le champ libre aux bactéries note la gynécologue obstétricienne Jen Gunter, qui a répondu à Gwyneth Paltrow sur son blogue.

Disons qu’il y a d’autres moyens d’exprimer son intérêt pour les pierres précieuses.

Même chose pour la « douche de vapeur » pour le vagin, aussi préconisée par l’actrice. Les bénéfices ? La douche équilibrerait les hormones et nettoierait l’utérus. C’est faux. Et ça a le potentiel de détruire la flore vaginale.

Goop est le cas classique du « trop beau pour être vrai ». Sur la forme, tout va. L’actrice derrière l’entreprise est belle, en santé et sait parler aux gens. Son site Internet est blanc, rempli de phrases inspirantes et d’images de fleurs en éclosion.

Mais c’est pas mal tout ce qui le différencie des blogues louches rédigés par des chamans et des pages Facebook qui vous incitent à cliquer sur « j’aime » pour guérir un enfant malade.

Des nouvelles louches, des infos à démentir, des fausses nouvelles ? N’hésitez pas à m’écrire à contact.camillelopez@gmail.com