Vos crevettes sont-elles éthiques ?
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Vos crevettes sont-elles éthiques ?

Il y a de bonnes chances que vos crevettes provenant de Thaïlande aient été décortiquées par des migrants séquestrés dans des entrepôts. Ça vous coupe l’appétit ?

La mer est un beau terrain de jeu pour les tricheurs, dont les différents trafics aboutissent… dans votre assiette !

Une plateforme Web qui, depuis 2016, permet de surveiller en temps réel la position des navires révèle que des bateaux de pêche et des cargos réfrigérés naviguent côte à côte et à vitesse réduite pendant plusieurs heures au large de la Norvège, de la Russie, de la Chine, de l’Argentine et du Pérou. Que font-ils ? « On n’a pas la preuve qu’il s’agit de transbordement illégal, mais il est clair que ces zones mériteraient d’être mieux surveillées », explique Beth Lowell, chercheuse américaine responsable de l’Initiative Global Fishing Watch pour Oceana, une ONG qui milite pour la protection des océans.

Le transbordement, qui consiste à faire passer main-d’œuvre et marchandises d’un navire à l’autre en mer, est un des principaux moteurs de la pêche illégale, croit l’ONG. La plateforme, créée en partenariat avec Google, SkyTruth et la fondation de Leonardo DiCaprio, permet de géolocaliser 21 milliards de signaux radio émis par les systèmes d’identification automatique des navires. Les équipes ont découvert des points de rencontre dans les eaux internationales, où des centaines de bateaux de pêche et de cargos réfrigérés semblent se donner régulièrement rendez-vous.

Le secteur de la pêche est un véritable panier de crabes. Ainsi, la Thaïlande est devenue en quelques années le quatrième exportateur mondial de fruits de mer, avec des ventes de plus de sept milliards de dollars destinées principalement à l’Amérique du Nord et à l’Europe. Le prix de revient des crevettes décortiquées y est imbattable, et pour cause : une partie du travail est faite par des migrants séquestrés dans des entrepôts. En 2014, la société Nestlé a détecté plusieurs de ces ateliers d’esclaves dans sa propre chaîne de fournisseurs. En 2015, l’Associated Press en a aussi repéré parmi les fournisseurs de Walmart et de Red Lobster, entre autres.

Sur une île d’Indonésie, les journalistes ont trouvé des cages dans lesquelles des centaines de Birmans de la minorité rohingya étaient enfermés en attendant d’être livrés aux navires de pêche thaïlandais, où ils devaient travailler 20 heures par jour, parfois enchaînés et victimes de torture. Malgré ces enquêtes et les menaces de représailles commerciales proférées par les États-Unis et l’Europe, et même si les autorités thaïlandaises disent avoir pris le problème à bras-le-corps, ce type de pratique continue.