Fusillade à Toronto : ces fausses nouvelles que vous ne croirez pas
Société

Fusillade à Toronto : ces fausses nouvelles que vous ne croirez pas

Comme toujours après ce genre d’attaque, rumeurs et fausses informations circulent allègrement sur les réseaux sociaux. Camille Lopez démêle le vrai du faux et nous invite à y voir plus clair.

Attention : cet article sera mis à jour chaque fois que les autorités confirmeront ou démentiront officiellement les informations liées à la fusillade de Toronto. Pour signaler une rumeur ou une nouvelle qui vous semble erronée, écrivez-moi !

MISE À JOUR (25 juillet, 12 h 30) —

  1. Ajout à la liste d’une photo publiée sur Facebook qui prétend montrer Faisal Hussain.
  2. IMPORTANT — Le groupe armé État islamique (EI) a revendiqué l’attaque à Toronto. J’attends toutefois que les autorités confirment l’information avant de mettre ma liste à jour. 

MISE À JOUR (24 juillet, 16 h 30) — Ajout à la liste d’une publication et d’une photo faussement identifiée comme représentant Faisal Hussain, qui circulent abondamment sur Facebook et Twitter. 

MISE À JOUR (23 juillet, 17 h 50) — Le suspect a été formellement identifié, il s’agit de Faisal Hussain. Ses motivations sont toujours inconnues, mais dans un communiqué, sa famille a déclaré qu’il avait souffert de problèmes mentaux toute sa vie.

Si la fusillade de dimanche soir fait couler moins d’encre que l’attaque au camion-bélier survenue dans la même ville en avril dernier, des suppositions, rumeurs et fausses informations circulent tout de même sur les réseaux sociaux.

Voici celles qui risquent de gagner en popularité au cours des prochaines heures.

Faux : cet homme est le tueur

Une publication Facebook tentant d’illustrer le double standard entre les traitements réservés à Alexandre Bissonnette et à Faisal Hussain continue de gagner en popularité sur le Web.

La photo identifiée au nom de Faisal Hussain a vraisemblablement été trouvée sur le compte Twitter d’un homme portant le même nom que le responsable de la tuerie à Toronto. Ce n’est pas la même personne.

Quand je l’ai contacté, M. Hussain m’a confirmé qu’il vivait au Royaume-Uni et qu’il allait mettre son compte Twitter en mode privé.

« Honnêtement, ça ne m’ébranle pas trop, les réseaux sociaux sont bordéliques et remplis de bêtises », m’a-t-il écrit.

Faux : cet homme est Faisal Hussain

Une publication sur la page Facebook HELP CANADIANS FIRST… prétend montrer la photo du suspect de l’attaque, Faisal Hussain. L’homme sur le cliché se tient fièrement devant le drapeau de l’État islamique (EI).

Selon l’usager qui a publié le statut, Hussain consultait fréquemment des sites Web djihadistes, avait des maisons en Afghanistan et au Pakistan, et avait souvent montré son soutien envers l’EI.

La publication gagne en popularité au moment d’écrire ces lignes. Des captures d’écran de celle-ci circulent d’ailleurs sur Twitter.

L’homme sur la photo n’est pas Faisal Hussain (écrit Faisel Hussain dans la publication originale). Il s’agit de Talha Asmal, un djihadiste de 17 ans et l’un des quatre responsables d’une attaque kamikaze en Irak en 2015. La photo en question a été partagée par l’EI après la tragédie.

Voici une autre photo d’Asmal publiée par la BBC :

Tout ça a pu être confirmé en deux minutes (même pas), grâce à une recherche Google d’image inversée.

Non confirmé : le tireur est musulman

À 12 h 30, lors du point de presse officiel de la police de Toronto, le chef de police Mark Saunders a déclaré aux journalistes que l’identité du tireur ne serait pas dévoilée et que ses motivations demeuraient inconnues. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il s’agit d’un homme de 29 ans.

Pourtant, pendant la nuit et tout au long de la matinée, plusieurs internautes ont partagé un article intitulé Terreur à Toronto : un terroriste musulman ouvre le feu dans un restaurant, tue une personne et en blesse 13 .

L’« article » n’est pas signé et les heures de publication et de mise à jour — un détail important pour les textes qui doivent constamment être modifiés — ne sont pas précisées. Votre détecteur de bullshit devrait clignoter à la vitesse de la lumière.

Autre signe que cet article a été écrit pour collectionner les clics : le titre n’a pas été mis à jour. Le bilan des victimes a malheureusement augmenté, mais l’(ou les) auteur(s) du texte a tout laissé tel quel. Plusieurs autres articles ont d’ailleurs été publiés depuis celui-ci, signe que les personnes derrière ce texte sont probablement déjà passées à autre chose.

D’après la première publication concernant l’attaque sur sa page Facebook, Behind the News a écrit l’article peu de temps après l’événement, vers 1 h du matin. Aucune modification ne semble avoir été apportée depuis.

Un simple coup d’œil à la page Facebook (Stand With Israel) et aux autres publications sur son site nous donne d’ailleurs une bonne idée de la « ligne éditoriale » du site.

Et le temps d’écrire ce billet, les partages sur Facebook sont passés de 9 000 à plus de 13 000.

Non confirmé : le suspect est un homme blanc / un homme blanc misogyne

Source de l’image : Kikigist, un site douteux qui partage surtout des articles sur des filles sexy qui twerkent.

Même chose ici : la police n’a toujours rien confirmé.

Mais puisque la dernière attaque hautement médiatisée à Toronto visait les femmes, quelques internautes ont fait des liens qui n’ont pas été confirmés par les autorités.

Ce type de rumeur nous indique surtout que les suppositions vont dans tous les sens et qu’il est très rare qu’on puisse se fier aux autres internautes pour dresser un portrait exact d’une situation.

Faux : l’attaque ne s’est jamais produite

Ça ne vaut peut-être pas la peine d’être mentionné, mais puisque ces rumeurs reviennent après chaque attaque en Amérique du Nord, parlons-en brièvement.

Comme je l’expliquais en février, les amoureux des complots adhèrent particulièrement à la théorie des false flags : « Ce ne serait pas une tragédie d’envergure si plusieurs conspirationnistes ne tentaient pas de prouver qu’il s’agit d’une mise en scène pour promouvoir une ligne d’action “anti-armes”. » Surnommées les « false flag attacks », ces théories du complot inondent Twitter en temps de crise.

Et l’attaque de dimanche ne fait pas exception à la règle.

On pointe du doigt le manque de sang sur la scène du crime pour prouver qu’il s’agit d’une mise en scène et que les victimes sont des acteurs. Une « preuve » appuyée, j’imagine, par les quelques vidéos de l’événement disponibles sur le Web. Mais aux dernières nouvelles (confirmées par les autorités), le suspect s’est déplacé le long de l’avenue Danforth en tirant.

Aucun extrait ne montre l’étendue de la scène. Impossible, donc, pour un internaute, de déterminer ce qu’il s’est réellement produit.

EN PRIME : des bilans inexacts ne sont pas nécessairement des fausses nouvelles

Je suis tombée sur ce petit bijou de perspicacité pendant mes recherches : « Lesquels de ces 4 articles sont des fausses nouvelles ? Ou peut-être que les journalistes ne savent pas compter ? L’explication la plus probable serait qu’on s’est hâté de publier avant de vérifier les faits avancés », avance un usager de Twitter.

Avant de crier aux « FAKE NEWS » (il y en a déjà assez comme ça, merci), il faut comprendre qu’après une attaque le bilan des victimes change rapidement, selon la nature de la scène du crime et l’état des blessés. Sur place, les policiers divulguent ce qu’ils peuvent aux médias et révisent les informations précédemment communiquées, au besoin. Avec les heures, les informations partagées sont plus justes et prennent un peu plus de temps à arriver.

Encore une fois, tout ce qu’on peut faire, c’est patienter, attendre que les autorités fassent leur travail et espérer que le bilan ne s’alourdisse pas.