La nouvelle donne du pouvoir
SociétéL'édito

La nouvelle donne du pouvoir

Le pouvoir ne s’exerce plus en vase clos, et le marché de l’influence est plus ouvert que jamais, souligne Charles Grandmont, qui explique comment a été dressé le palmarès des 100 personnes les plus influentes au Québec.

Le changement politique tant désiré par les Québécois a complètement redessiné la carte du pouvoir cet automne, dont les nouveaux contours n’ont pas fini d’être tracés.

Une énergie fraîche a pris d’assaut la colline Parlementaire. De nouveaux visages sont apparus, les alliés se recherchent, les adversaires se soupèsent. Un moment idéal pour dresser le palmarès des 100 personnes les plus influentes au Québec, une opération périlleuse que L’actualité ose faire dans ce numéro.

Vous trouverez dans la liste un grand nombre de personnalités qu’on ne verrait pas nécessairement siéger à l’Assemblée nationale ou diriger de grands groupes industriels. Hubert Lenoir y côtoie par exemple Marie-Maude Denis, Yoshua Bengio, Nathalie Bondil, Richard Martineau. Elles ne détiennent pas les leviers officiels du pouvoir, mais sont néanmoins capables de créer de puissants courants ou contre-courants par leurs actions et leurs idées.

Les 100 personnalités de L’actualité pourraient aussi se retrouver sur le plateau de Tout le monde en parle, ce rendez-vous dominical qui demeure, même après 15 saisons, le symbole par excellence de cet écosystème de l’influence si particulier au Québec.

Son maître d’œuvre, Guy A. Lepage, est toujours de son temps. Il s’est hissé parmi les grands influenceurs numériques grâce à sa tribune sur Twitter, dont il n’hésite pas à se servir pour soutenir les causes qui lui sont chères ou pourfendre les idées qui lui sont insupportables. Comme plusieurs autres personnalités de notre palmarès, il s’est bien adapté à la nouvelle donne de l’influence à l’ère du numérique, où les coups viennent vite et volent bas.

Ce nouvel environnement a pour conséquence que le pouvoir peut moins que jamais s’exercer en vase clos. Surtout pas au Québec, où la langue, la culture, la géographie et l’histoire s’unissent pour créer une société tissée serrée, capable de s’écouter, de s’emporter et de bouger selon un rythme qui lui est propre. Dans un tel contexte, la bonne dose de charisme, de conviction et de courage peut faire beaucoup.

Dominic Champagne a mobilisé en un rien de temps des centaines de milliers de Québécois grâce à son Pacte pour la transition écologique, et François Legault a eu la sagesse d’en prendre acte. L’influence, même d’un premier ministre, est un capital plus fuyant que jamais, qu’il faut soigneusement gérer. François Legault, en bon comptable, semble l’avoir compris.

Quelles directions prendra son gouvernement ? Quels ponts, au propre comme au figuré, choisira-t-il de bâtir ? La réponse n’appartient pas qu’à ceux qui s’exprimeront autour de la table du Conseil des ministres.

Toute liste est arbitraire, et celle-ci ne fait pas exception. L’équipe de L’actualité a débattu des choix pendant des semaines avant d’en arriver à une version définitive qui se limite à 100 noms.

Vous remarquerez que les femmes s’y trouvent en bien moins grand nombre que les hommes. Les personnalités issues des minorités visibles sont quant à elles presque invisibles. Nous aurions aimé qu’il en soit autrement, mais nous présentons une liste qui reflète le Québec tel qu’il est, et non tel qu’on le rêve.

Si cette réalité déplaît, c’est qu’il nous reste un bon bout de chemin à faire pour que la route vers les sommets soit praticable pour tous. Il faut poursuivre sans relâche les efforts pour faire du Québec une société plus inclusive.

La bonne nouvelle, c’est que le marché de l’influence est plus ouvert que jamais, grâce à la révolution numérique, qui rend accessibles à tous les outils pour influer sur les mentalités et les idées.