Jusqu'où iront les véganes ?
Société

Jusqu’où iront les véganes ?

Arrêter de consommer des produits d’origine animale semblait une hérésie il y a peu d’années. Aujourd’hui, on trouve des livres de recettes véganes à l’épicerie. Les jours de la viande sont-ils comptés ?

Passer de chasseur à végane : c’est le virage à 180 degrés fait par Jean Bissonnette il y a six ans. Cet ex-amateur de gibier de 51 ans a vendu ses armes et n’a plus avalé une bouchée de viande, de fromage ou d’œuf ni mangé de miel.

Il a aussi cessé de porter son manteau de cuir. Du jour au lendemain.

Ce n’est pas l’entourage de ce résidant de Chambly, gestionnaire d’Hydro-Québec, qui l’a influencé : à peu près personne autour de lui ne se souciait alors du sort des animaux d’élevage. C’est à force de se renseigner sur les conditions de vie et de mort des bovins de boucherie, des vaches laitières et des poules pondeuses que sa conjointe, Lucie Goyette, et lui ont commencé à se poser des questions. « Un soir, après avoir vu le documentaire La face cachée de la viande, on s’est regardés et on s’est dit : on ne peut plus encourager ça », relate-t-il. « Ça », c’est la surconsommation de viande et ses conséquences sur la santé, l’environnement, l’éthique, des thèmes abordés par Érik Cimon dans son film en 2012. Le lendemain, le couple était végane.

Jean Bissonnette voit maintenant les porcs et les vaches d’un autre œil. Et il visite régulièrement le Sanctuaire pour animaux de ferme de l’Estrie (SAFE), niché dans un vallon de Mansonville, pour donner un coup de main à la propriétaire. C’est dans cette sorte de SPCA pour animaux de ferme que je l’ai rencontré, devant l’enclos de Calvin, un jeune bœuf à la robe blanche tachetée de noir, qui aurait fini dans une assiette si un voisin de l’éleveur n’avait pas convaincu ce dernier d’en épargner « au moins un ». En ce frisquet après-midi de novembre, l’animal se délecte plutôt des pommes et des carottes que lui tendent des visiteurs. En ouvrant son refuge au public plusieurs fois par an, la propriétaire, Catherine Gagnieux, espère changer les perceptions.

Dans l’entourage de Jean Bissonnette et sa conjointe, certains n’ont pas compris leur démarche et ont arrêté de les inviter à souper. « On a perdu des amis, mais on s’en est fait d’autres », me raconte-t-il. Au travail, des collègues curieux lui demandent des recettes pour apprendre à apprêter les légumineuses.

Bien qu’il s’agisse encore d’un phénomène marginal, le véganisme suscite la curiosité. Et il dérange, parce qu’il remet en question la façon de vivre de la majorité, bien au-delà du « que vais-je servir au souper de samedi maintenant que deux de nos amis sont véganes ? ». Car ces derniers ne s’attardent pas qu’à leur assiette et dénoncent toute forme d’exploitation des animaux par les humains, que ce soit pour faire des steaks, des manteaux, des chaussures ou des canapés en cuir, pour tester des cosmétiques ou pour alimenter des rodéos. Du coup, ce sont des industries entières qu’ils contestent.