Les mensonges des gilets jaunes canadiens
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Les mensonges des gilets jaunes canadiens

Des sympathisants québécois et canadiens s’affichent sur les réseaux sociaux. Mais contrairement aux revendications françaises, ils s’abreuvent surtout aux fausses nouvelles et théories du complot de l’extrême droite. Tour d’horizon.

Plutôt incontournable de passer par Facebook, Twitter et autres réseaux en 2019 pour faire grandir un mouvement social. Quand des Canadiens ont voulu imiter les manifestants français et revêtir des gilets jaunes, leur présence sur ces plateformes a permis de gonfler leurs rangs.

Aux grands dépens de la vérité. L’expression «Free for all», ça vous dit quelque chose?

Au Québec et ailleurs au Canada, quelques protestataires arborant des gilets jaunes sont apparus lors de quelques manifestations. Mais c’est surtout sur les réseaux sociaux qu’ils ont sévi, transformant groupes et pages en véritables nids de fausses nouvelles et de publications haineuses

Des revendications appuyées sur de fausses informations

Ceux qui se réclament des gilets jaunes au Canada avancent de nombreuses revendications: annulation de la taxe carbone, construction de pipelines pour acheminer le pétrole albertain, baisse des impôts, etc.

Les gilets jaunes canadiens exigent aussi à forts cris le retrait du Canada du Pacte sur les migrations de l’ONU. Ce volet trouve particulièrement écho dans les groupes « jaunes » québécois.

Sauf que quelque chose cloche dans l’argumentaire utilisé pour appuyer cette revendication: leur discours est identique à celui tenu dans des articles, memes et publications erronées devenues virales l’an dernier. Comme cette image, abondamment partagée avant la fin de 2018, dont le message est complètement faux :

Ces (centaines de) publications, qui ont circulé à la fin de 2018, arguaient qu’après la signature du Pacte sur les migrations de l’ONU, le Canada devrait accueillir 245 millions « d’immigrés », et que le pays allait, du même coup, céder sa souveraineté aux Nations unies et limiter la liberté d’expression de ses citoyens.

Il est bien sûr absurde que de croire que le Canada pourrait accueillir huit fois sa population actuelle dans la prochaine décennie. Pour l’explication rapide : ce pacte est un accord non contraignant qui ne peut légalement rien imposer aux signataires. L’ONU n’accapare pas la souveraineté du Canada.

Pour les explications détaillées, je vous invite à lire les articles de l’Agence France-Presse ici et du quotidien Le Soleil ici.

Les gilets jaunes s’approprient maintenant le (faux) discours qui émane de certains milieux populistes européens. « Les gens désignés par l’ONU pour venir s’installer au Canada auront plus de droits que nous», déclare Jurgen Vollrath dans une vidéo publiée par le groupe Facebook « Yellow Vest Medecine Hat ». 

Dans les espaces de discussions « jaunes », on accuse Justin Trudeau d’avoir cédé (sans consentement) le Canada à une entité étrangère « non élue ». On prétend qu’en dénonçant l’immigration, un citoyen pourrait être « accusé de délits comme il est prévu dans une certaine loi ».

En résumé : l’ONU gouvernerait le pays et le Canada serait forcé d’accueillir un nombre ridiculement élevé de réfugiés.

Avant les gilets jaunes, ces fausses informations ont largement été partagées dans les groupes identitaires de droite. Permettez-moi d’en déduire que ce n’est pas une coïncidence si le sujet revient aussi souvent dans les revendications des gilets jaunes d’ici.

Un mouvement contre l’immigration musulmane

Remarquons aussi que dans certains groupes, les revendications sont passablement différentes de celles énumérées plus haut. Plusieurs membres des pages « gilets jaunes » semblent croire que leur lutte est plutôt contre l’arrivée de la loi islamique au Canada – voire carrément contre les musulmans. Contre l’immigration point barre.

Elles ressemblent étrangement à celles de groupes identitaires qui ont fait les manchettes au cours des derniers mois. Encore une fois, ces revendications sont basées sur de fausses informations.

Comme celle-ci, qui vise à empêcher l’arrivée de migrants musulmans puisque, sinon, dans « cinq à dix ans, le Canada sera contrôlé par la charia ».

Cette « revendication » s’appuie aussi sur le fait que Justin Trudeau aurait « approuvé » la création d’un parti politique islamique. Ce n’est pas vrai.

En fait, la formation politique en question, le Islamic Party of Ontario, n’est pas encore enregistrée sur le site Élections Ontario. Mais le nom a été réservé.

Le premier ministre du Canada n’a rien à voir là-dedans: n’importe qui peut réserver un nom de parti. Pour que le parti existe réellement, et qu’il ait des chances de faire élire des candidats, c’est un peu moins facile. Parlez-en au Parti de l’Héritage chrétien du Canada…

Théories du complot

Permettez-moi une autre déduction facile : plusieurs individus de l’extrême droite se sont greffés aux groupes dédiés aux gilets jaunes pour y partager des publications haineuses et des fausses informations. La cause importe peu, tant que le message passe.

Et ça passe par toutes les théories du complot, énormités et logiques douteuses auxquelles vous pouvez penser. Comme ce membre, qui croit que la charia permettrait aux enfants… de se questionner sur leur identité sexuelle :

Ou  cet autre membre, qui est convaincu qu’on donne plus d’argent aux réfugiés qu’aux aînés. Seul petit hic? Son information, il l’a prise dans un article de TVA… qui dément l’information. #Oups!

Ou celui-ci, qui protège le groupe en affirmant que tout ce que les médias disent de négatif sur eux est faux, puisqu’ils sont corrompus. C’est pratique.

À noter, le groupe le plus populaire de gilets jaunes québécois et le groupe public de La Meute ont plus de 500 membres en commun. (Oui, j’ai compté.)

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Le mouvement canadien des gilets jaunes ne ressemble pas beaucoup à son inspiration française. Ici, il résonne chez les groupes de droite qu’on connaît déjà très bien. Il trouve écho dans les mêmes sujets polarisants. Et il tombe dans le piège des mêmes fausses informations.

J’ai bien vu quelques membres essayer de modérer les publications haineuses et les informations trompeuses, mais en vain. Elles reviennent le lendemain.