Quand haïr le Québec unit le Canada
SociétéRegard humoristique

Quand haïr le Québec unit le Canada

Au Québec, on ressasse le cliché de l’Alberta. Dans le ROC, on perpétue le cliché du Québec-la-province-fatigante-pas-comme-les-autres. Ce n’est pas l’idéal, mais ça reste mieux que d’être un verre d’eau tiède.

Sortez les mouchoirs, Québécoises et Québécois, parce que le Manitobain moyen ne nous aime pas beaucoup, et l’Albertain moyen encore moins. Dans le ROC, le Québec est vu comme la personne qui amène une salade de légumineuses au pot luck de la Confédération : quelqu’un qui prend beaucoup, sans apporter quoi que ce soit de vraiment utile.

C’est du moins ce que nous révèle un récent sondage de l’Institut Angus Reid, réalisé dans le cadre de sa série « Ces questions dont on connaît déjà la réponse ». Le mois prochain, Angus Reid demandera aux Canadiens s’ils trouvent qu’il fait plus froid en hiver. Les résultats vous surprendront !

On apprend dans le sondage que l’Ontario est la province qui considère le plus les Québécois comme ses amis. Mais encore là… 44 % des Québécois voient l’Ontario comme un allié, tandis qu’il n’y a que 12 % des Ontariens qui acceptent notre bracelet de l’amitié. Le genre de réciprocité qui me rappelle ma vie amoureuse au secondaire.

Les trois quarts des répondants de l’Ouest canadien croient même que le Québec est hostile à leur province. Dans le palmarès des choses populaires à Calgary, le Québec se place quelque part entre marcher sur un clou et le gars saoul au karaoké qui choisit une chanson emo de sept minutes avec pas vraiment de mélodie.

Pendant ce temps-là, le mieux que les Québécois sont capables de faire, c’est d’être 51 % à se méfier de l’Alberta. Pour toutes les autres provinces, l’animosité demeure sous la barre des 25 %.

Je regarde le reste des Canadiens nous détester et, franchement, je les envie un peu d’avoir autant de passion pour le sujet. J’aimerais bien haïr les autres provinces autant qu’elles disent ne pas m’aimer, mais… c’est difficile d’haïr quelque chose qui n’a pas de personnalité. Ne pas aimer la Saskatchewan, ce serait comme avoir des émotions fortes envers l’eau tiède.

Comprenez-moi bien : ce sont sans doute de très chouettes endroits pleins de personnalité. Ce que je dis, c’est que celle-ci ne se rend pas jusqu’au Québec. Vous me dites « Manitoba », et il ne me vient rien en tête.

Amis de la Saskatchewan, vous pouvez bien penser que le Québec vous est hostile si ça vous fait du bien. La vérité plate comme les Prairies, c’est qu’on ne pense pas assez à vous pour ça.

Bien confortable dans sa bulle francophone, le Québécois moyen croise rarement ce qu’on appelle le « Rest of Canada ». Le ROC. D’ailleurs, juste le fait qu’on appelle ça le « ROC », ça en dit long.

Imaginez si le Vermont parlait du « Reste des États-Unis ». Imaginez si le bretzel parlait de la crotte au fromage, du Doritos et du Ringolo comme étant « le reste du sac de Party Mix ». C’est une description qui coupe vraiment les coins ronds.

C’est pourtant ainsi que les Québécois voient le Canada, dans une série de coins coupés extrêmement ronds. Il y a les Rocheuses en Colombie-Britannique. En Alberta, les gens mettent du pétrole dans leurs céréales. L’Ontario, c’est la province qui nous ressemble, mais en anglais. Et à part ça, ben… y a le bout où le monde pêche, le bout où il fait toujours froid et le bout où tout est plat.

Le Québec n’a jamais réussi à faire son indépendance réelle. En lieu et place, il a plutôt fait l’indépendance par l’indifférence. Les Québécois ne sont souvent canadiens que de passeport, et le Ô Canada ne nous émeut que si on a commencé à boire durant l’avant-match.

Le Canada, lui, entend régulièrement parler du Québec. De ce que je comprends, nous sommes le Nickelback des provinces, la cible facile sur laquelle on peut sans fin s’épancher sans avoir besoin de connaître ça pour vrai.

Le Québec se fait haïr en bonne partie parce qu’il est différent et qu’il se fait remarquer. C’est un phénomène que les spécialistes (lire : moi) surnomment l’« effet Catherine Dorion ». Tout le monde a de fortes opinions envers Catherine Dorion, mais personne n’en a contre son collègue solidaire Alexandre Leduc, député d’Hochelaga-Maisonneuve, qu’on surnomme amicalement « Qui ça ? ».

Le sondage d’Angus-Reid se nourrit entièrement de perceptions et d’émotions. Au Québec, on ressasse le cliché de l’Alberta. Dans le ROC, on perpétue le cliché du Québec-la-province-fatigante-pas-comme-les-autres.

Ce n’est pas l’idéal, mais ça reste mieux que d’être un verre d’eau tiède.