22 Québécois à surveiller


Publié dans L’actualité du 15 décembre 2007  



 

Publié dans L’actualité du 15 décembre 2007

Ils sont les héritiers de Samuel de Champlain, de Pierre Du Gua de Monts et de Louis de Buade, comte de Frontenac.

Les canons avec lesquels ils répondent aux défis que leur lancent le continent et le monde d’aujourd’hui ne sont toutefois pas faits de fonte et de bois, mais de haute technologie, de géomatique et de recherche scientifique, de culture, d’affaires et de solidarité.

Leur ténacité, leur détermination feraient la fierté d’un Louis Hébert ou d’une Marie Guyart.

Ils ne sont pas encore aussi connus que les Robert Lepage, Marie Laberge, Peter Simons ou Ann Bourget.

Mais leurs réalisations tonnent déjà comme un orage sur le cap Diamant.

VEUILLEZ SÉLECTIONNER UN NOM REINHARD PIENITZ MICHEL MAZIADE KARINE LEDOYEN GENEVIÈVE MARCON ET JEAN CAMPEAU SÉBASTIEN VACHON STÉPHANE MODAT GILLES PARENT FRÉDÉRIC GOURDEAU DAVID GILL SIMON RAINVILLE BARBARA PAPADOPOULOU DOMINIQUE BROWN ALEXANDRA LAROCHELLE LES FRÈRES BLAISE ET MATHIEU FORTIER ÉRIC BERGERON MAXIM BERNARD FRÉDÉRIC DUBOIS SOPHIE D’AMOURS BGL CROFT PELLETIER ARCHITECTES CHANTAL GILBERT TAHA OUARDA

REINHARD PIENITZ – Le génie du lac

Après 100 heures de forage, Reinhard Pienitz a rapporté du Grand Nord toute une page de l’histoire de la Terre.

par Louise Gendron

Bien sûr, comme ça, ça n’a pas grand sex-appeal : une carotte de boue et d’argile, longue de neuf mètres et tirée d’un lac perdu aux confins du Nunavik.

Mais c’est un véritable trésor scientifique, qui pourrait permettre de reconstituer le climat qui régnait dans le nord du continent au cours des 200 000 dernières années. Et donc de mieux comprendre les causes et les effets potentiels des changements climatiques actuels. C’est aussi le résultat d’un exploit, réalisé sous la direction du géographe et biologiste Reinhard Pienitz, 46 ans, professeur au Centre d’études nordiques de l’Université Laval.

Car n’approche pas le lac Pingualuk qui veut. D’abord, il se cache dans le parc national des Pingualuit, à 400 km au nord-ouest de Kuujjuaq. Ensuite, il est interdit de le survoler ou même de s’en approcher avec des véhicules polluants. Parce que le lac (connu aussi sous le nom de « l’œil de cristal du Nunavik » ou de lac Cratère), né de la chute d’une météorite de 120 m de diamètre il y a plus de 1,4 million d’années, est un joyau naturel d’une grande rareté… et d’une grande fragilité. Il n’est relié à aucun cours d’eau et n’est alimenté que par l’eau venue du ciel. Et il est si profond (près de 260 m) que même les glaciers qui ont raclé toute la surface du continent n’en ont jamais atteint le fond. D’où la valeur des sédiments qui le tapissent.

C’est donc à pied — en tirant eux-mêmes les traîneaux contenant tout le matériel scientifique ! — que des chercheurs québécois, américains, autrichiens et finlandais ont gravi, au printemps, la pente de 30° qui mène à la rive du lac. Il leur a fallu près de 100 heures de forage pour extraire du fond les neuf mètres de sédiments. Une récolte inespérée : la seule autre expédition du genre, en 1988, avait réussi à en ramener… 14 cm.

Découpé en tronçons, le précieux matériau fait présentement le bonheur de biologistes, de climatologistes et de géologues d’un peu partout sur la planète. Une grande satisfaction pour Reinhard Pienitz. Et un drôle de destin pour cet étudiant géographe qui avait quitté son Allemagne natale, en 1986, pour venir étudier quelques mois à l’Université Laval. Il y a rencontré un professeur (Guy Lortie, aujourd’hui disparu) qui lui a inoculé le virus de l’amour du Nord. Une maladie chronique : à la fin de son doctorat obtenu à l’Université Queen’s de Kingston, c’est à Québec que Reinhard Pienitz a choisi de s’installer. Pour le Centre d’études nordiques, pour la ville de Québec — « un milieu de vie exceptionnel », dit-il — et pour le Nord.

MICHEL MAZIADE – L’homme de la NeuroCité

Au pied d’un immense hôpital psychiatrique, Michel Maziade veut créer un parc technologique consacré exclusivement aux maladies du cerveau.

par Valérie Borde

Ces dernières années, la recherche en neurosciences a fait des bonds spectaculaires. Mais entre les découvertes des chercheurs et la pharmacie du coin, il reste un énorme pas à franchir — un pas qui coûte aux Canadiens 35 milliards de dollars par an, car les maladies du cerveau sont une des principales causes d’invalidité.

Le psychiatre Michel Maziade a donc décidé de prendre le taureau par les cornes en convainquant la ville de Québec de mettre sur pied la NeuroCité, technopole de recherche et d’affaires destinée à introduire des innovations qui aideront vraiment les malades. « On a tout ce qu’il faut pour générer, dans la prochaine décennie, des investissements de 250 millions ainsi que 2 000 emplois », affirme le psychiatre de 53 ans, qui est déjà directeur scientifique du Centre de recherche Université Laval Robert-Giffard. Mis sur pied par le médecin en 1987, ce laboratoire consacré à la santé mentale est l’un des plus grands du genre au Canada, avec ses 400 employés et son budget de recherche de 10 millions de dollars par an.

Grâce à la NeuroCité, qui devrait voir le jour d’ici deux ans, Michel Maziade espère attirer à Québec des entreprises pharmaceutiques et de haute technologie, qui pourront tirer parti des découvertes, offrir un tremplin aux entreprises dérivées du centre de recherche (il y en a déjà trois) et encourager les étudiants chercheurs — ils sont 170 au doctorat seulement ! — à se lancer dans les affaires.

Le ministre Philippe Couillard et l’ancien maire Jean-Paul L’Allier (président du conseil d’administration de la NeuroCité) ont donné leur appui au projet, qui aura aussi l’avantage de revitaliser un secteur de la ville à l’abandon, à deux pas de la baie de Beauport et au pied de l’énorme Hôpital Robert-Giffard, premier asile du Québec au moment de sa construction, en 1845.

KARINE LEDOYEN – Du front tout le tour des pieds

La chorégraphe Karine Ledoyen n’attend l’aide de personne pour danser et créer.

par Danielle Stanton

Osez ! C’est le nom du spectacle fou concocté à l’été 2002 par la jeune chorégraphe de Québec Karine Ledoyen. Appellation méritée : éparpiller des danseurs sur le quai de Saint-Jean-Port-Joli, au coucher du soleil, pour les faire virevolter sur une chorégraphie improvisée… le jour même, cela commande, avouons-le, un certain culot. Karine Ledoyen n’en manque pas : « Je n’avais pas de boulot, mais je voulais désespérément créer. J’ai convaincu des amis d’embarquer ; pas question de salaire, mais je payais le camping ! » Le très atypique Osez ! a trouvé son public.

Depuis cinq ans, Osez ! a séduit des milliers de spectateurs, non seulement à Saint-Jean-Port-Joli, mais aussi sur les quais de Québec, Montréal, Rimouski et Baie-Saint-Paul. Karine Ledoyen s’apprête même à répondre cet été à une invitation à présenter le spectacle au pays de Galles !

« J’ai fait travailler jusqu’à maintenant une bonne trentaine de musiciens et de danseurs de la relève, sous la direction de différents chorégraphes invités », indique avec une fierté légitime la dynamo platine, âgée maintenant de 31 ans. Ginette Laurin, directrice artistique de la réputée troupe montréalaise O Vertigo, s’est entre autres prêtée au jeu d’Osez !

En 2006, le Conseil de la culture de Québec et de Chaudière-Appalaches décernait à Karine Ledoyen son prix Rayonnement culturel pour cette « initiative artistique dont l’impact sur le développement de la danse contemporaine est indéniable ». Et dire qu’elle a dû se battre pour être acceptée à l’École de danse de Québec, en 1995 ! « J’ai donné du fil à retordre à mes professeurs, mais rien ne m’aurait arrêtée ! »

Directrice de sa propre compagnie (K par K), porte-parole du volet danse au Grand Théâtre de Québec, membre active de tout ce qui grouille en danse dans sa ville et interprète pour d’autres chorégraphes à ses heures, Karine Ledoyen ne se laisse intimider par personne quand il est question de sa passion. « Des Montréalais m’ont dit jadis qu’à Québec il ne se passait rien en danse. J’ai répondu : “Alors tant mieux ! Si la place est libre, je l’occuperai.” »

Parole tenue. Elle peaufine actuellement sa prochaine création, Cibler, ainsi qu’un spectacle d’envergure qui sera présenté cette année à l’occasion du 400e de Québec.

Une obsession hante la chorégraphe allumée : démocratiser la danse. « Un fermier âgé est un jour venu me voir après le spectacle et m’a dit : “Merci, madame. J’espère avoir ces belles images en tête à l’heure de ma mort.” À de tels moments, je me sens utile. »

GENEVIÈVE MARCON ET JEAN CAMPEAU – Les revitaliseurs urbains

Les promoteurs Geneviève Marcon et Jean Campeau ont embelli le quartier Saint-Roch, mais se défendent bien de l’avoir embourgeoisé.

par Danielle Stanton

Ils ont réussi l’impossible : faire émerger d’une zone sinistrée de la Basse-Ville de Québec un lieu hautement tendance ! Bistrots et restos, boutiques hip, librairieet épicerie fine — grâce au couple de promoteurs immobiliers Geneviève Marcon et Jean Campeau, la rue Saint-Joseph est désormais le cœur du « Nouvo Saint-Roch » (voir « Québec en 10 lieux », p. xx).

Nouvo avec un « o », comme dans SoHo, le quartier branché de New York, explique Jean Campeau, bourgeois bohème de 62 ans, à la tête, avec sa femme, de GM Développement, le promoteur principal du périmètre central de Saint-Roch. « Nous voulons recréer la même ambiance : un mélange de commerces, de résidences et de bureaux où il fait bon vivre 24 heures sur 24. »

En 1997, Saint-Roch est en pleine revitalisation. Forts de leur expérience et de leur enthousiasme, les deux promoteurs acquièrent leur premier immeuble (l’ancien édifice de l’entreprise Paquet), rue Saint-Joseph. De justesse : ils auront une misère folle à trouver enfin une institution bancaire prête à les épauler, toutes étant mortes de peur à l’idée d’investir dans ce secteur que l’on dit mal famé ! « Nous percevions le potentiel du coin, se rappelle Geneviève Marcon, belle brune de 39 ans. Nous avions le goût de tenter le coup. » Les débuts ne furent pas de tout repos.

Pas question d’installer des Aldo et autres enseignes habituelles dans leur immeuble. Les Marcon-Campeau misent sur l’originalité pour donner une âme au lieu. Mais laisser des locaux vides coûte cher, au propre comme au figuré. « Beaucoup de gens nous reprochaient de bloquer le développement de la rue Saint-Joseph », se rappelle la promotrice. Ils tiennent bon, s’accrochent à leur vision. Allant jusqu’à investir de leur poche dans Baltazar, boutique de décoration avant-gardiste et premier commerce « nouvo genre » à ouvrir ses portes. « Nous voulions donner le ton pour attirer les bons acteurs », dit Jean Campeau.

C’est maintenant fait. Coopérative de plein air, magasin de sous-vêtements chics, resto-bar cool, le Nouvo Saint-Roch affiche sa personnalité. Les deux promoteurs ont aussi à leur actif un coup de maître : la seule boutique de vêtements griffés Hugo Boss au Canada a maintenant pignon sur la rue Saint-Joseph !

Autre étoile de la rue : Benjo, un féerique magasin de jouets, propriété du tandem. « Une bien belle folie, dit en souriant Geneviève Marcon. Notre but n’était pas de faire de l’argent, mais de casser l’image de dureté qui hante encore ce quartier longtemps défavorisé. »

Que certains leur reprochent de contribuer à l’embourgeoisement du quartier les désole. « Nous n’embourgeoisons pas, nous embellissons », s’impatiente Jean Campeau en levant les yeux au ciel. « Et ça, tout le monde en profite. »

Cet été, une tour de bureaux d’une dizaine d’étages s’élèvera à proximité, sur le boulevard Charest. De nouveaux résidants pourront aussi s’installer d’ici peu dans des condos milieu de gamme aménagés dans les rues adjacentes à Saint-Joseph. « Nous voulons densifier le secteur, le rendre encore plus dynamique, plus vivant ! » s’enflamme Geneviève Marcon.

Les rapports de GM Développement avec la Ville de Québec n’ont pas toujours été au beau fixe du temps de Jean-Paul L’Allier. Question de vision. Mais au printemps dernier, le téléphone a sonné : l’ex-maire désirait rencontrer les promoteurs pour les remercier de leurs efforts. « Il considérait que nous avions vraiment compris l’esprit du développement de Saint-Roch », dit Jean Marcon. Rien ne pouvait leur faire plus plaisir.

SÉBASTIEN VACHON – Cartes gagnantes

Sébastien Vachon a mis la géomatique au service des entreprises. Il veut maintenant en faire profiter sa région.

par Louise Gendron

Sébastien Vachon, 38 ans, l’admet simplement : il n’était pas bon à l’école. Pour faire plaisir à ses parents, il s’est tout de même inscrit à l’université, en géographie. « Parce que ce n’était pas contingenté », dit-il. Une très bonne décision.

C’était au début des années 1990 et la géomatique n’était encore utilisée que dans des secteurs bien pointus, comme la gestion des ressources ou les activités cadastrales. Le soi-disant cancre a tout de suite vu les services que la jeune technologie pourrait rendre dans d’autres secteurs. Coupler une carte géographique avec la liste des clients d’un distributeur, pour l’aider à optimiser ses routes de livraison, par exemple. Ou créer pour une entreprise de marketing, histoire de lui permettre de mieux cibler ses efforts, la carte d’une ville avec le revenu des ménages et leurs dépenses annuelles en loisirs.

En 1993 (deux ans avant d’obtenir son bac !), Sébastien Vachon fondait Korem, dans le sous-sol de ses parents. L’entreprise qu’il préside toujours emploie aujourd’hui 35 personnes. Elle est devenue une incontournable dans son domaine et une proche alliée des géants internationaux comme Oracle, NAVTEQ et PB MapInfo, au Québec et au Canada, mais aussi, de plus en plus, aux États-Unis, au Mexique et en Europe.

Le jeune président est content de son coup. Mais n’entend pas en rester là. Il travaille activement, dans le cadre du projet ACCORD (Action concertée de coopération régionale de développement) Capitale-Nationale, à faire de la région de Québec un pôle d’excellence pour les technologies géospatiales.

STÉPHANE MODAT – L’utopiste de la cuisine

Saumon en torsade, laitue en tube : Stéphane Modat pourrait bientôt faire de Québec une destination obligée pour les gastronomes du monde.

par Danielle Stanton

Il sert le foie gras glacé et enveloppe son crabe d’Alaska d’une gelée de kombus, algues qu’il travaille exactement comme une pellicule plastique : le mot « classique » ne fait pas partie du vocabulaire culinaire de Stéphane Modat, 30 ans, le jeune chef de toutes les audaces à Québec.

La recette lui réussit. En 2004, année où il a ouvert L’Utopie avec ses associés dans un quartier Saint-Roch en pleine explosion, le magazine enRoute a classé d’office l’établissement parmi les 10 meilleurs nouveaux restaurants au Canada. Depuis, les critiques enthousiastes pleuvent.

La carrure terrienne de Stéphane Modat, natif du sud de la France, contraste avec son approche cérébrale du métier. Attablé dans la très belle salle aux murs grenat où des troncs de bouleau fichés dans le sol invitent au calme, le toqué explique : « Ma transformation extrême des aliments a un but précis : obtenir dans chaque bouchée la texture parfaite et le punch de saveurs maximal. Mon trip ? Faire vivre à chaque client une expérience gustative totale. »

Son « Menu Architecture », élaboré à partir de propositions en 3D d’un architecte, a fait sa renommée. Et lui a donné en prime de sérieux maux de tête ! « Travailler un saumon en torsade ou une laitue en tube demande une bonne dose de recherche. J’ai mis plus de six mois à tout mettre au point. »

Il mijote maintenant un « Menu Anthropologie » (chaque assiette symboliserait une époque de Québec) ou « Monochrome ». « J’ai même flirté avec l’idée d’un repas “Attraction-Répulsion”, où je proposerais des huîtres crues dans une éprouvette, par exemple ! Ces pistes aboutiront un jour, c’est certain. J’aurai plus de temps pour expérimenter quand tous les enfants feront leur nuit ! » indique le fier père de quatre loupiots. C’est pour les beaux yeux de leur mère, Jasmine, qu’il est venu s’établir au Québec, au tournant des années 2000.

« Je ne pourrais plus vivre en France. Ici, tout est tellement plus simple. J’adore particulièrement vivre à Québec. Je travaille très dur, mais mon avenir est ici. » Il nourrit de grandes ambitions pour sa ville : « Je rêve qu’un jour L’Utopie fasse de Québec une destination obligée pour les gastronomes du monde, lance-t-il sur un ton de défi. On verra, mais je pense que nous sommes sur la bonne track, comme on dit ici. »

GILLES PARENT – Le roi des ondes

Gilles Parent règne sur la radio de Québec sans insulter personne. Alors ne lui parlez surtout pas de radio-poubelle…

par Isabelle Grégoire

Sourire fendu jusqu’aux écouteurs, Gilles Parent jubile dans son nouveau studio du centre-ville de Québec, avec vue jusqu’aux Laurentides. « J’ai retrouvé le plaisir de faire de la radio », dit l’animateur de l’émission d’affaires publiques Le retour, ravi d’avoir rejoint la famille Cogeco sur les ondes du 93,3 FM après six années à CHOI Radio X. Avec sa voix sympathique, un brin railleuse, il continue toutefois de faire comme avant « son show » quotidien, traitant d’actualité en mélangeant infos et divertissement. Et il garde l’objectif de rester le numéro un de la radio de Québec, comme il l’est depuis 24 ans (à part les quelques années où il a cédé la place à Jeff Fillion). Ses quelque 50 000 auditeurs assurent en effet au Retour une part de marché de 30 % à 35 %, soit un auditeur sur trois à l’heure du retour à la maison.

L’homme de 47 ans, un costaud aux yeux verts pétillants et au crâne rasé, a de l’humour, un rire contagieux et un franc-parler qui plaît. Mais il refuse de verser dans la vulgarité, de détruire des réputations ou de mépriser les auditeurs. Ce qu’il privilégie ? Les intervenants intéressants. Généralement cordial envers eux, il aime « la joute verbale et intellectuelle, mais pas l’affrontement à tout prix ». Il préfère laisser l’auditeur juger. « En 30 ans de carrière, j’ai été cité une seule fois dans une poursuite, dit-il. Et je n’ai jamais été condamné. C’est ma plus grande fierté : avoir réussi à performer très fort sans dénigrer quiconque ni sacrer pour rien. »

S’il se démarque dans le paysage radiophonique de la capitale, Gilles Parent n’en récuse pas moins le qualificatif de « poubelle » que les médias montréalais accolent à la radio de Québec. « C’est vrai qu’on dérange, mais on est d’abord des avant-gardistes. Avec Le zoo du matin, dans les années 1980, on a ouvert la voie à de nombreux humoristes, et on a été les précurseurs, notamment, des Grandes Gueules et de François Pérusse. On a même fait une émission entièrement sous l’eau en 1988 ! »

Il est régulièrement sollicité pour travailler à Montréal, mais pas question pour lui de succomber à la tentation. Aux yeux de ce père de trois enfants, la vie de famille et la qualité de vie de Québec valent mieux que tous les ponts d’or montréalais. Et ne lui demandez surtout pas de vous expliquer le soi-disant « mystère Québec » (expression utilisée pour dénoncer la montée de la droite dans la capitale). « Après le scandale des commandites, nous, on a “switché” pour les conservateurs et l’ADQ — les seuls qui proposent un vrai changement, dit-il. Les Montréalais, eux, ont voté pour les libéraux. C’est qui, qui est mêlé ? Le mystère, il est à Montréal ! »

FRÉDÉRIC GOURDEAU – Le mathématicien idéaliste

Frédéric Gourdeau enseigne les maths pour aider les autres à mieux comprendre le monde.

par Danielle Stanton

À six ans, Frédéric Gourdeau projetait de devenir un savant fou. Objectif : faire sauter la planète et tout reprendre à zéro. À 44 ans, il est effectivement devenu un scientifique qui rêve de refaire le monde. « Plus de bombe au programme, toutefois », indique le cool mathématicien diplômé de Cambridge, assis à son bureau de la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval. Les mathématiques lui tiennent aujourd’hui lieu d’arme fatale.

« Les maths me permettent de stimuler la logique et l’esprit critique des étudiants », dit ce pédagogue à la tignasse frisée, toute la fougue du monde dans ses yeux bleu clair. « Ils seront ainsi mieux outillés pour comprendre les projections de la Banque mondiale ou se faire leur propre idée sur la viabilité économique d’un Québec indépendant. » À temps perdu, Frédéric Gourdeau est aussi, entre autres, président du Groupe canadien d’études en didactique des mathématiques et de l’Association québécoise des jeux mathématiques, qu’il a lui-même fondée, en 1997, pour intéresser un maximum de jeunes aux maths.

Engagé dans son métier, Frédéric Gourdeau ? Corps et âme. Suffisamment pour remporter, en 2006, le Prix d’excellence en enseignement de la Société mathématique du Canada et le Prix 3M Canada pour l’excellence de l’enseignement, décerné chaque année à 10 professeurs du pays. Sans oublier le Prix d’excellence en enseignement de l’Université Laval, en 2005. Normal : ses étudiants, composés en majorité de futurs professeurs de mathématiques du secondaire, l’adorent.

Comment résister à un prof qui a le culot d’intituler une conférence « Les maths, c’est plate, c’est rien que pour les bollés pis y’a rien à comprendre. C’tu assez clair ? » Surtout, le dynamique enseignant maîtrise avec brio l’art de donner vie aux maths et n’a pas peur de renouveler le genre. En demandant à ses étudiants, par exemple, de rédiger un essai sur les motifs qui les poussent à vouloir enseigner les maths ou en leur faisant lire un texte de réflexion sur la place des femmes en mathématiques.

À prof créatif, parcours inusité. Avant de devenir professeur, Frédéric Gourdeau a mis les maths entre parenthèses : de 1991 à 1995, il a travaillé comme coordonnateur régional Québec-Ontario pour le Carrefour canadien international. « La coopération m’a toujours attiré. Mon travail se situe d’ailleurs dans ce droit fil : je suis un humain qui est là pour en aider d’autres. » Est-il d’abord mathématicien ou humaniste ? Il sourit. « Si je me réincarnais en personnage de bande dessinée, je serais davantage Mafalda [l’héroïne d’une célèbre BD argentine à saveur politique] que le distrait physicien Tournesol, ami de Tintin ; sa critique sociale, son obsession de vouloir refaire le monde, c’est tout moi. »

DAVID GILL – Cours, David, cours !

L’athlète montagnais David Gill entraîne dans sa course tous les jeunes autochtones qui veulent réussir.

par Isabelle Grégoire

Autour de son cou, David Gill porte une tortue. Drôle d’emblème pour un coureur de demi-fond ? « C’est un aîné algonquin qui me l’a donnée, dit ce Montagnais de 29 ans. La tortue regarde toujours vers l’avant et progresse à petits pas vers son but. »

Si les sportifs sont souvent laconiques, ce n’est pas le cas de David Gill. Ses mots courent aussi facilement que lui sur la piste ! Et pas pour dire des futilités : l’athlète est aussi brillant qu’entreprenant. En plus de collectionner les honneurs (triple médaillé d’or au Championnat canadien universitaire d’athlétisme en 2005, il a participé aux Jeux du Commonwealth à Melbourne, en 2006, et a été nommé athlète universitaire sur piste de l’année au Canada en 2005, entre autres) et de s’entraîner pour les Jeux olympiques de Pékin, auxquels il espère participer (il est membre de l’équipe nationale d’athlétisme), ce bachelier en enseignement de l’anglais bouillonne d’idées. Depuis l’âge de 18 ans, il a lancé plusieurs sociétés, spécialisées notamment dans l’organisation de concerts de musique techno.

Sa dernière entreprise : Totalcoaching, un site Internet qui permet au commun des mortels de bénéficier, à partir de 14 dollars par mois, d’un programme de mise en forme personnalisé, avec les conseils d’une équipe de pros de l’activité physique et de la nutrition. Quelque 750 personnes de 30 pays se sont inscrites depuis l’ouverture du site, en mai, sans compter les écoles et les entreprises qui sont venues s’y ajouter.

Pommettes hautes et regard noir vif, David Gill est né d’un père amérindien et d’une mère québécoise. Élevé dans la réserve de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean, il a été l’un des rares résidants de sa localité de 2 200 habitants à faire des études postsecondaires. S’il ne vit plus dans son village, aujourd’hui, il y est toujours attaché. Et vice versa : là-bas, sa photo est affichée partout ! « Je suis conscient d’être un modèle pour plusieurs jeunes de ma communauté », reconnaît sans fausse modestie ce papa d’une fillette de six ans. « Et je veux les aider à travailler pour qu’ils réussissent. »

Ce n’est pas un vœu pieux. David a été l’un des lauréats du gala Forces Avenir en 2006, en reconnaissance de son engagement à l’égard des jeunes autochtones, qu’il rencontre régulièrement pour les motiver. Il sillonne le Québec avec sa conférence « Un rêve et beaucoup de travail » depuis 2004, en plus de travailler pour le Conseil en éducation des Premières Nations (il vient de l’aider à produire des fiches pratiques sur l’activité physique et espère faciliter l’accès des écoles autochtones à son site Totalcoaching). « De plus en plus de jeunes autochtones ont de grands objectifs, dit-il. Mon ambition est de leur permettre de mettre sur pied des actions concrètes pour qu’ils puissent se rapprocher de leurs rêves. » À pas de tortue…

SIMON RAINVILLE – D’Einstein à E. coli

Maintenant que la masse de l’atome n’a plus de secrets pour lui, Simon Rainville s’attaque au moteur des bactéries.

par Valérie Borde

À 33 ans, Simon Rainville n’a rien perdu de la curiosité qui, enfant, l’amenait à se demander ce qui fait qu’un tas de sable s’écroule ou tient debout. Mais après un baccalauréat en physique à l’Université McGill, un doctorat au Massachusetts Institute of Technology et un postdoc à Harvard, ce natif de Métabetchouan, au Lac-Saint-Jean, est maintenant bien outillé pour explorer les lois physiques qui gouvernent le monde. L’an dernier, il s’est illustré en publiant, dans la prestigieuse revue Nature, un article qui décrivait une manière originale de vérifier la célèbre équation d’Einstein, E = mc2. Il s’agit de mesurer la masse d’un atome avec une précision inégalée, équivalente à l’épaisseur d’un cheveu, sur la distance entre Québec et Vancouver. Professeur à l’Université Laval depuis 2005, Simon Rainville, qui s’intéresse aussi à la biologie, s’est attelé à la tâche de résoudre une nouvelle énigme : comprendre comment les bactéries peuvent se déplacer, en décortiquant le fonctionnement du moteur qui anime leur flagelle. Tout un défi !

BARBARA PAPADOPOULOU – Pas de pitié pour les parasites

Barbara Papadopoulou a découvert chez le lézard la source d’un vaccin qui pourrait prévenir une terrible maladie.

par Valérie Borde

Les recherches de Barbara Papadopoulou l’amènent à collaborer étroitement avec des laboratoires d’Amérique latine, d’Afrique, d’Inde et du Moyen-Orient. Cette spécialiste en génomique, professeure au Centre de recherche en infectiologie de l’Université Laval, a réussi en 2005 une première mondiale : vacciner des souris contre la fièvre noire, une forme de leishmaniose souvent mortelle. Transmise par une piqûre d’insecte, la leishmaniose est une grave maladie parasitaire qui atteint la peau ou, pour la fièvre noire, le système digestif, et contre laquelle il n’existe aucun vaccin. Elle touche déjà 12 millions de personnes dans le monde et fait 80 000 morts par an dans les régions où elle est endémique, notamment en Inde et au Soudan.

La chercheuse de 49 ans a fabriqué son vaccin à partir d’un parasite des lézards inoffensif pour les mammifères. Sa découverte suscite de grands espoirs, car le vaccin humain qui pourrait en résulter, en plus d’être sécuritaire, serait peu coûteux à produire. Dans un premier temps, on espère en arriver à prévenir l’infection chez les chiens, qui, souvent, sont à l’origine de la transmission du parasite aux humains.

Avec son conjoint et collègue Marc Ouellette, Barbara Papadopoulou cherche aussi à comprendre la résistance du parasite aux rares traitements existants, ainsi que les mécanismes biologiques qui rendent les personnes atteintes de leishmaniose plus susceptibles de contracter le VIH, et vice versa. « Avec la mondialisation et les changements climatiques, même les Canadiens ne sont pas à l’abri de la leishmaniose, prévient-elle. Mais au Canada, il est difficile de trouver des fonds pour poursuivre ces travaux au-delà de la recherche fondamentale. »

DOMINIQUE BROWN – Le superhéros de la console

Mauvais élève reconverti en brillant homme d’affaires, Dominique Brown aide maintenant les jeunes à acquérir une expertise en création de jeux vidéo.

par Valérie Borde

Shrek, Spiderman, James Bond… Tous ces héros du grand écran ont trouvé une seconde vie virtuelle dans les studios de Beenox, entreprise qui conçoit des jeux vidéo dérivés, pour la plupart, des succès de Hollywood. Fondée par Dominique Brown, autodidacte de 29 ans muni d’un solide plan d’affaires, Beenox a percé dans le milieu du jeu vidéo en étant l’une des premières à répondre à un besoin criant de l’industrie : celui de pouvoir convertir en deux temps, trois mouvements un jeu conçu pour un type de matériel — une console Wii de Nintendo, par exemple — de manière à ce qu’il puisse être utilisé sur un autre type d’appareil — un simple PC ou une console Xbox de Microsoft.

« Au début de Beenox, en 2000, la conversion représentait 90 % de nos activités, tandis que la création de jeux ne comptait que pour 10  %. Maintenant, c’est l’inverse », explique Dominique Brown, qui a vendu son entreprise en 2005 au géant américain Activision, numéro deux mondial du jeu vidéo, mais garde la haute main sur ses activités. Beenox et ses 85 employés, tous installés à Québec, ont déjà mis au point une trentaine de jeux. Depuis l’an dernier, ils assurent aussi une partie du contrôle de la qualité des jeux d’Activision.

Dominique Brown a imaginé Beenox alors qu’il n’était encore qu’un adolescent sur le point d’être renvoyé du cégep de Sainte-Foy pour cause de piteux résultats scolaires. Il en a d’ailleurs inventé le nom pendant qu’il s’ennuyait dans un cours de chimie. « Maintenant, le cégep offre une formation en programmation de jeux vidéo que Beenox a aidé à mettre sur pied pour combler ses besoins de main-d’œuvre », constate, tout sourire, le chef d’entreprise, qui s’apprête à embaucher 200 nouveaux employés d’ici 2009. Plutôt que de les recruter un peu partout dans le monde, Dominique Brown a choisi d’investir dans la formation des jeunes de Québec, en passant des ententes avec des cégeps et l’Université Laval. Presque toutes ses recrues sont des débutants ! « Chez nous, tout se passe en français. La plupart de nos employés sont originaires de Québec ou des régions, et ils apprécient la qualité de vie ici », affirme Dominique Brown, qui, même s’il voyage souvent, ne déménagerait ailleurs pour rien au monde.

ALEXANDRA LAROCHELLE – Une œuvre de jeunesse

À 14 ans, Alexandra Larochelle est déjà l’auteure-vedette de six romans — mais elle ne s’empêche pas de vivre sa vie pour autant…

par André Ducharme

Elle a séché un cours de religion pour venir à notre rencontre. C’est probablement sa 201e entrevue en quatre ans. Cela explique quelques réponses mécaniques : « J’aime écrire… », « Tout m’inspire… », etc. Alexandra Larochelle se présente : « 14 ans, fille unique avec chien. » Et esprit ! Maman Estelle enseigne la musique, papa Robert, ingénieur du son, joue ces temps-ci à l’agent d’adolescente, tandis que leur fille est auteure-vedette des Éditions du Trécarré et idole de nombreux lecteurs de 10-12 ans.

Avec Lorafil : L’avenir à l’agonie (en librairie depuis le 31 octobre), sixième et ultime tome, elle boucle Au-delà de l’univers, série dans laquelle elle se glisse dans la peau d’un garçon — « dans celle d’une fille, cela aurait été trop facile », ironise-t-elle — pour relater les aventures fantastiques de trois amis au pays d’Erianigami (« imaginaire », à l’envers). « Tout est possible à partir du moment qu’on y croit », dit-elle en sage. Ce n’est pas de la grande littérature, mais un bouquet de fraîcheur et d’humour. Et puis, une jeune qui écrit pour des jeunes, ce n’est pas si courant.

Ce qui est encore moins courant, ce sont les chiffres de vente. Quelque 80 000 exemplaires des cinq premiers romans ont trouvé preneurs. Un succès de librairie tel qu’il a excité Christian Larouche, de Christal Films : il prévoit produire un long métrage en 2008. Alexandra verrait bien Daniel Radcliffe (Harry Potter) dans le rôle principal !

Porte-parole du club de lecture Jeunes lecteurs des librairies Archambault, l’auteure participe à trois ou quatre salons du livre par année. « Des jeunes qui ne lisaient pas me disent qu’ils se sont mis à aimer la lecture avec mes livres, ou que je leur ai donné le goût d’écrire. »

Mlle Larochelle écoute du hip-hop, joue de la trompette, pratique l’escalade — même si elle a le vertige —, étudie l’espagnol, parle anglais avec son chum… de Toronto. « Il faut qu’elle ait le temps de vivre sa jeunesse, affirme son père. Sinon, elle va passer le reste de sa vie à écrire sur son enfance manquée. » Présentement, elle rédige un roman dramatique où pointe une histoire d’amour. Ce qu’elle fera plus tard ? « Je voudrais être écrivaine, animatrice et actrice. » À partir du moment qu’on y croit…

LES FRÈRES BLAISE ET MATHIEU FORTIER – Le chant du monde

Faire découvrir aux jeunes défavorisés la musique traditionnelle de leur pays : si Blaise et Mathieu Fortier ont réussi cet exploit en Inde et ici, pourquoi pas au Brésil et au Mali ?

par Isabelle Porter

« C’est un cliché, dit Mathieu Fortier, mais l’Inde a vraiment le pouvoir de te changer. » Parti là-bas à l’âge de 19 ans, ce fils d’un restaurateur prospère de Québec se découvre une passion pour la culture du pays. Il y multiplie les séjours, rencontre sur une plage celle qui deviendra sa femme — une Française du nom d’Agathe — et apprend la musique classique indienne (chant et percussions), le yoga ainsi que trois langues (hindi, bengali et kannara). En 2000, son frère Blaise prend congé du restaurant familial et de la sommellerie pour aller lui rendre visite. C’est alors que naît dans l’esprit des deux frères le projet de créer un lieu où on enseignerait gratuitement à des jeunes la musique indienne traditionnelle, grâce à la générosité des gens du Québec. Jeunes musiciens du monde (JMM) s’installe deux ans plus tard dans une école de l’État du Karnataka, dans le sud de l’Inde.

Aujourd’hui, 115 jeunes vivent et étudient à l’école Kalkeri Sangeet Vidyalaya, sous la supervision de sept professeurs indiens. « Les Indiens n’en reviennent pas d’entendre ces jeunes chanter si bien des chansons religieuses en langue locale, explique Mathieu. Ils s’étonnent que des Québécois s’intéressent à ça, alors qu’eux-mêmes ne le font pas. » Car là-bas comme ici, le patrimoine peine à survivre au rouleau compresseur de la mondialisation.

Mais rien n’a été facile, souligne Blaise. « Au début, les gens ne nous faisaient pas confiance. Imagine deux hindous avec leurs turbans qui débarqueraient à Joliette pour lancer une école de musique traditionnelle québécoise ! Les Indiens se demandaient ce qu’on avait derrière la tête. » Mais cinq ans ont passé, les frères Fortier sont fidèles à la cause, et les jeunes réussissent fort bien. « Maintenant, les gens disent qu’on était hindous dans une vie antérieure ! »

Entre-temps, deux autres programmes de musique ont poussé, au Québec cette fois. JMM finance en effet des cours gratuits de musique dans les quartiers populaires de Saint-Sauveur (Québec) et Hochelaga-Maisonneuve (Montréal). Sous les auspices de musiciens aguerris, une centaine de jeunes âgés de 5 à 17 ans reçoivent ainsi des cours de musique traditionnelle, de danse, de conte. Pour financer ces cours, JMM recueille des dons privés et organise chaque année deux spectacles-bénéfice, à Québec et à Montréal. Les artistes ne se font pas prier pour y participer : Daniel Bélanger, Pierre Lapointe, Ariane Moffatt, DJ Champion, Loco Locass… Et la rumeur se répand. « Imagine ! Manu Chao répond aux courriels de Blaise ! » L’été prochain, les frères Fortier voudraient faire venir un groupe d’élèves indiens au Festival d’été de Québec.

Ils discutent aussi avec des amis pour ouvrir des écoles au Saguenay, à Joliette, dans le quartier Saint-Roch, à Québec, ainsi qu’au Mali et au Brésil. « Dans le fond, nous, ce qu’on aimerait, résume Mathieu, ce serait de faire de JMM un bel organisme international dont les Québécois seraient fiers en raison de son respect pour les cultures des pays où il s’installe. »

ÉRIC BERGERON – L’œil de lynx des bagages

Grâce au détecteur d’armes et de liquides dangereux mis au point par l’entreprise d’Éric Bergeron, le contrôle de sécurité dans les aéroports ne mettra plus notre patience à l’épreuve.

par Isabelle Grégoire

Les files d’attente interminables à l’aéroport. L’interdiction de transporter des contenants de liquide de plus de 100 ml. L’obligation d’exhiber votre démaquillant et votre dentifrice dans un Ziploc. Grâce à Éric Bergeron, 40 ans, président fondateur d’Optosecurity, tout cela ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Cette société de Québec a mis au point une technologie révolutionnaire qui permet d’analyser les liquides et de détecter instantanément les produits dangereux, sans avoir à ouvrir une valise ! L’appareil peut différencier, par exemple, le sirop d’érable du peroxyde d’hydrogène — un explosif qui a la même densité que notre nectar national.

À la fois ingénieur (physique et électrique) et expert en campagnes de financement (notamment pour la société de capital de risque Innovatech Québec), Éric Bergeron a eu du nez. En 2003, il a eu l’idée de commercialiser le « corrélateur optique », appareil capable de reconnaître des formes à haute vitesse, mis au point par l’Institut national d’optique (INO), à Québec, pour la Défense nationale. « J’ai su instinctivement que cet appareil avait du potentiel en matière de sécurité et de lutte antiterroriste », dit l’entrepreneur, cheveux très courts, air de premier de classe et regard allumé.

C’est pourtant une autre technologie, élaborée à l’interne, celle-là, qui va propulser Optosecurity dans la cour des grands : il s’agit d’un dispositif capable de détecter non seulement les armes (même en pièces détachées), mais aussi les liquides prohibés. La chose se présente sous la forme d’une boîte rectangulaire, équipée d’un écran tactile, qui se greffe aux appareils à rayons X existants — comme si on leur ajoutait un cerveau, dit Éric Bergeron. « Le but n’est pas de remplacer les agents de contrôle, mais de les aider, souligne-t-il. Ils n’ont que quelques secondes pour examiner chaque bagage et des erreurs peuvent survenir. »

Actuellement testé en Amérique du Nord et en Europe, l’Optoscreener devrait être mis en service à partir de 2008 au Canada et ailleurs dans le monde. Dans des aéroports, mais aussi des gares maritimes, des ambassades, des prisons, des gratte-ciel, des casinos, etc. S’il rêve de réintroduire la simplicité de voyager, Éric Bergeron a d’autres cibles. Car l’Optoscreener peut aussi distinguer le super de l’essence ordinaire, déterminer si une boisson gazeuse est sucrée ou non et repérer le vin bouchonné ou aigre. Pas de doute, Éric Bergeron a du pif !

MAXIM BERNARD – Le Harry Potter du piano

Le pianiste Maxim Bernard n’a découvert son don qu’à 13 ans, mais il apprend depuis à enchanter les spectateurs.

par Isabelle Porter

« C’est la plus grande école de musique en Amérique, c’est très, très inspirant ! » Lorsque Maxim Bernard, 28 ans, parle de l’Université de Bloomington, en Indiana, où il étudie depuis trois ans, on croirait entendre Harry Potter fraîchement débarqué à Poudlard. Mais si l’un des pianistes les plus prometteurs au pays, gagnant en 2006 du Tremplin international du Concours de musique du Canada, est parti étudier si loin, c’est d’abord pour suivre les enseignements d’un grand maître, le pianiste Menahim Pressler, du Trio Beaux-Arts. « C’est une légende vivante, dit Maxim. Ce que j’ai appris de lui est vraiment miraculeux. » Entre autres, une certaine forme d’abandon dans l’interprétation. « Il faut savoir mettre toutes ses joies, toutes ses peines dans le piano. »

Contrairement à la plupart de ses confrères, ce jeune homme de Cap-Rouge n’est pas tombé dans la potion magique musicale dès l’enfance. Il avait 13 ans et s’intéressait surtout au sport quand sa mère a fait l’acquisition d’un petit piano portatif. « Mon amour de la musique s’est développé en même temps que mon apprentissage du piano. » Depuis, c’est l’amour fou. « Je ne me verrais pas faire autre chose. Il y a tellement d’œuvres à connaître, à interpréter ! »

Il s’en est fallu de peu pour qu’il joue avec l’Orchestre symphonique de Québec cette année, mais le projet a avorté par manque de fonds. « J’espère qu’on pourra se reprendre. » Son plus grand rêve ? « Jouer avec un orchestre à Carnegie Hall, à New York, pour sentir l’énergie des 70 musiciens sur scène mêlée à celle du public. »

En attendant, Maxim se prépare à de nouveaux concours internationaux. Dont la cuvée 2009 du très prestigieux concours Van Cliburn, au Texas. « Je suis quand même assez fonceur, je n’ai pas peur d’essayer des choses, au risque de faire des erreurs. Il faut être prêt à mettre son orgueil de côté pour avancer. »

FRÉDÉRIC DUBOIS – Metteur en fête

Le directeur artistique du Théâtre des Fonds de Tiroirs, Frédéric Dubois, s’apprête à célébrer les fêtes du 400e à sa façon : avec ludisme, rigueur et paroles fortes.

par André Ducharme

Il résiste. Alors que plusieurs de ses amis comédiens, et même son frère (Patrice, auteur, acteur et metteur en scène), se sont « exilés » à Montréal, Frédéric Dubois, 30 ans, porte le flambeau du théâtre à Québec. Avec quelques autres, soyons justes, Robert Lepage en tête. « Si on veut rayonner ailleurs, commençons par nous enraciner quelque part. Québec, c’est la ville pour ça, car c’est une bonne partenaire des arts. »

Formé en interprétation au Conservatoire d’art dramatique de Québec (« J’en suis sorti épuisé, on était juste deux gars dans notre classe, imaginez tous les rôles qu’on a tenus ! »), le comédien bifurque rapidement vers la mise en scène. « Pour pouvoir apprendre sur moi-même et sur les autres. »

Il travaille dans tous les théâtres de Québec et dans quelques-uns de Montréal, mais son truc en plumes, sa madeleine, c’est le Théâtre des Fonds de Tiroirs, créé en 1997, l’une des compagnies les plus vives de Québec. L’été dernier, pour ses 10 ans, le TFT reprenait son spectacle fondateur, La cantatrice chauve, d’Ionesco, avec la distribution originale, à laquelle se greffaient chaque soir, dans le rôle de la cantatrice, des personnalités aussi inattendues que Daniel Boucher et Yann Perreau. Succès fou. C’est, en 2004, avec Vie et mort du roi boiteux, de Jean-Pierre Ronfard — une délirante saga de huit heures en plein air —, que le TFT et Frédéric Dubois, son directeur artistique, ont laissé leur marque. « Dans l’esprit de Ronfard, justement, soit la rencontre et la fête du théâtre. »

Actif, engagé, Frédéric Dubois a dénoncé, en novembre 2006, dans une lettre d’opinion au Soleil, le peu de place que la Société du 400e anniversaire de Québec accordait aux artistes de la capitale dans la programmation de ses festivités d’envergure. « Je ne vois aucun problème à ce qu’un metteur en scène de Montréal vienne travailler à Québec, mais qu’une ville ne mette pas à l’avant-plan ses créateurs lors d’une grande fête qui la célèbre, ça me dépasse. » Aux dernières nouvelles, il dirigera les Cabarets, qui animeront la place du 400e tous les lundis de l’été. Avec sa famille de comédiens du TFT, il va aussi planter, à la belle étoile, La cerisaie, de Tchekhov. Sa façon de célébrer Québec.

SOPHIE D’AMOURS – Dénoueuse de crise !

Grâce aux recherches en gestion de Sophie D’Amours, l’industrie du bois québécois peut concurrencer les Chinois.

par Valérie Borde

Le bois, une industrie d’avenir ? Sophie D’Amours, directrice du consortium de recherche FORAC, à l’Université Laval, y croit dur comme chêne. « Si les gens qui disent que l’industrie est finie voyaient les innovations de certaines entreprises, autant dans les machines qu’elles utilisent que dans les produits qu’elles sont capables de fabriquer, ils comprendraient que cette crise peut être une occasion de rebondir », explique la professeure de 41 ans, citant les machines forestières intelligentes bardées d’électronique ou le sciage du bois optimisé grâce à des outils optiques dernier cri.

Avec son équipe d’une cinquantaine de chercheurs, Sophie D’Amours conçoit de nouveaux modèles d’entreprise pour les compagnies forestières, les scieries ou les fabricants de meubles, et les aide à en tirer profit. La plupart des grandes compagnies actives au Québec collaborent à ses travaux, de même que nombre de petites entreprises, qui ont compris qu’elles avaient tout à gagner à investir dans la recherche opérationnelle.

Le cœur du problème, bien sûr, c’est le manque flagrant de compétitivité des entreprises. « On sait transformer la forêt et la gérer, même si les lois sont très exigeantes, mais il y a d’énormes économies à faire en augmentant le niveau de compétence des industriels dans la gestion des affaires et de la technologie. On n’est plus au temps où il suffisait d’une scie à chaîne, d’un crayon et d’une calculette pour exploiter correctement son entreprise » dit Sophie D’Amours.

Sa fougue et son expertise réussissent à convertir les industriels les plus récalcitrants aux vertus des affaires électroniques, des chaînes de création de valeur, du flux tiré et autres concepts de gestion avancés. Et les gains sont parfois spectaculaires. En inventant un logiciel qui permet aux scieries de collaborer sur le Web pour optimiser les déplacements de leurs camions, Sophie D’Amours et ses collègues sont parvenus à leur faire économiser la bagatelle de 15 % des coûts de transport ! De quoi rester dans la course contre leurs concurrents chinois…

BGL – L’art en trio

Individualistes, les artistes ? Pas Jasmin Bilodeau, Sébastien Giguère et Nicolas Laverdière, en tout cas : ils créent leurs installations en partenariat !

par Isabelle Porter

Un quatre-roues percé de flèches, des tableaux dotés d’un mécanisme pour les faire tomber par terre, une maison transparente au beau milieu d’un champ, un casque de Darth Vader à demi fondu… Ces œuvres sont celles de BGL, phénomène unique dans le paysage des arts visuels au pays. BGL est un trio d’artistes dans la trentaine — Bilodeau (Jasmin), Giguère (Sébastien) et Laverdière (Nicolas) — qui s’amusent comme des gamins dans leur atelier, un capharnaüm indescriptible, tapi dans une petite rue du quartier Saint-Roch, à Québec. « Moi, c’est le jeu avec mes amis qui m’intéresse », dit B.

Leur travail, où dominent la sculpture et le recyclage de produits de consommation, séduit et se fait voir de plus en plus dans le monde. Ils ont exposé en Pologne, à Cuba, en Argentine. Ils viennent de présenter une importante exposition solo à la galerie Koffler, à Toronto. Leurs œuvres font partie des collections des plus grands musées canadiens. Et ça continue : une installation pour le 400e, des projets d’expositions à Reims, à Paris et peut-être à Liverpool.

Ils se sont connus à l’École des arts visuels de l’Université Laval, il y a 11 ans. « À l’expo des finissants, se rappelle G, on a présenté des œuvres réalisées en solo, et aussi une de nous trois. C’est notre œuvre commune qui était la plus tripante. » Depuis, une complicité fascinante les unit. La méthode est simple et éprouvée : l’un des trois a une idée, il la teste, puis les deux autres la corrigent, l’adaptent. « On est touchés par les mêmes choses », poursuit G. Et B renchérit : « Oui, on vit la même réalité à Québec, dans ce quartier. On est de la même génération, on a les mêmes références télévisuelles. Et malgré tout, on arrive à se surprendre les uns les autres ! »

Et à se laisser étonner par les bizarreries de leur environnement. Comme lorsqu’ils ont découvert avec émoi une moto complètement carbonisée à l’arrière d’un magasin. Par hasard. « Nicolas la trouvait superbe, se rappelle G. On aurait dit des ossements. » Et c’est ainsi que la vieille moto est devenue la base d’une œuvre…

L’inspiration ne manque pas. « Ça pleut, concède G. En fait, on n’a pas le choix : il faut qu’on soit inspirés, on a plein de commandes ! » Ils n’en demandent pas plus. « Pourvu que ça avance, qu’on voyage, qu’on fasse connaître notre travail ailleurs. C’est bien assez ! »

CROFT PELLETIER ARCHITECTES – Bâtisseurs de présent

Une épave stylisée, une prairie sur un toit : les architectes Marie-Chantal Croft et Éric Pelletier laissent leur marque dans les lieux historiques.

par Louise Gendron

Oui, il est habillé de bois rond. Oui, il veut rappeler une épave oubliée sur la grève qui s’éroderait tranquillement sous les assauts combinés de la mer et du vent. Mais le pôle d’accueil touristique de Natashquan, construit en 2005, est surtout un bâtiment résolument contemporain et qui tranche tout de même sur ses voisins. Il est signé Croft Pelletier architectes, de Québec.

« L’architecture n’est pas là pour reproduire le passé, dit Éric Pelletier, mais pour ajouter au paysage l’empreinte du temps présent. »

Il avait 27 ans et sa complice, Marie-Chantal Croft, en avait 25 quand ils ont fondé Croft Pelletier architectes, en 1995. Depuis, ils ont semé bon nombre de maisons ici et là au Québec, participé à quelques réalisations d’envergure (dont la Grande Bibliothèque du Québec, à Montréal) et gagné quantité de concours d’architecture.

Leur préoccupation : créer des édifices stimulants pour le visiteur ou le résidant, mais qui s’intègrent à leur environnement. « Le défi, surtout quand on travaille dans un cadre historique aussi riche que celui de Québec, c’est de garder vivante l’histoire d’un lieu en l’enrichissant de la signature du 21e siècle », dit Éric Pelletier.

Le dernier bébé du tandem : l’agrandissement de la bibliothèque de Charlesbourg, sise dans le Trait-Carré, véritable cœur de l’ancienne ville depuis 1665. À l’immeuble existant (à l’origine, une école de brique construite en 1910), les deux jeunes architectes ont ajouté une aile résolument contemporaine, habillée de bois et de pierre (pour rappeler l’église et les maisons environnantes), mais aussi de verre (pour la lumière) et de vert : le toit est une prairie de graminées qui descend en pente douce jusqu’à la rue. Un rappel du passé agricole de l’endroit. Et une aubaine pour le citadin, qui profite, en pleine ville, d’une prairie accessible.

CHANTAL GILBERT – Ses lames font mouche

Venue à la sculpture par la voie de la coutellerie d’art, Chantal Gilbert transforme le métal, les cornes de zébu, les vertèbres de serpent en objets qui font le bonheur des collectionneurs.

par André Ducharme

Un coin d’artistes au cœur du quartier Saint-Roch revitalisé. Dans son atelier-appartement, qui fut un garage dans une autre vie, Chantal Gilbert fignole un diptyque — constitué de plumes, de bronze, d’acier damassé, d’ivoire de mammouth fossilisé et de quoi encore — pour Guy Laliberté, patron du Cirque du Soleil, l’un de ses fidèles collectionneurs.

Joaillière de formation, elle a commencé par créer des bijoux, dont la vocation, un jour, lui a paru futile. Elle s’est alors tournée vers la coutellerie d’art, qui lui a apporté une reconnaissance internationale. Elle détournait la fonction utilitaire de l’ustensile ménager pour en éprouver le contenu métaphorique, en explorer le rôle et l’effet psychologique dans l’histoire de l’humanité. Rien de moins. La voici aujourd’hui du côté de la sculpture, mais restant attachée à la symbolique de la lame. Croyez-le ou non, ses œuvres affûtées arrivent à parler de relations humaines, de cicatrices, de liens et de ruptures. Et même à émouvoir.

Aux métaux précieux (or, argent) et à l’acier des lames, elle adjoint des matériaux rares, porteurs de sens et d’histoire : dents de morse, cornes noires de zébu, vertèbres de serpent, plumes de coq de Sonnerat. « Quand j’entame une production, c’est incroyable les sommes que je dois investir. » Mais il y a toujours un amateur fortuné quelque part sur la planète qui attend ses créations. Chantal Gilbert ne signe que des pièces uniques, dont les prix varient entre 400 et 18 000 dollars.

« Je ne serais pas capable de gagner ma vie à Québec si je n’avais pas une carrière à l’étranger. » Elle expose à Tokyo, New York, Paris, Milan, Barcelone, d’où elle ramène prix et bonnes critiques. « Mais le vrai pouls, pour moi qui prétends vivre de mon travail, c’est la vente. » Sans agent, elle assure sa propre promotion. Elle est douée, cela se sent ; flambante, rieuse, trilingue. Et sans chichi. « Transformer la matière, ça garde humble. » Celle qui revendique ses racines d’artisane et qui est d’ailleurs présidente du Conseil des métiers d’arts du Québec chérit une passion insoupçonnée : le canot de rivière sportive. « J’aime quand une rivière est tourmentée. » Tentant de faire le rapprochement avec son travail, où elle se lance toujours jusqu’aux limites de sa tolérance. « Le métal est rébarbatif, il ne se laisse pas facilement faire. Sincèrement, je ne saurais dire pourquoi je pratique ce métier, il y en a de moins durs, il me semble. »

À l’agenda de Chantal Gilbert, une exposition individuelle au siège social du Cirque du Soleil, en 2009.

TAHA OUARDA – Il prédit la météo de 2050 !

C’est en faisant parler des déluges de statistiques que Taha Ouarda peut prédire à long terme les précipitations là où l’on construit des barrages.

par Valérie Borde

Comment savoir quels sont, n’importe où sur terre, les risques de crues ou de sécheresses dans les décennies à venir, alors même que le climat est en train de changer ? Pour les compagnies hydroélectriques ou les sociétés de génie-conseil, la réponse vaut de l’or, puisque c’est d’elle que dépend la possibilité de construire et de gérer réservoirs et barrages en minimisant durablement le risque de débordement ou de panne sèche.

Taha Ouarda, professeur au centre Eau, Terre et Environnement de l’Institut national de la recherche scientifique depuis 1997, est un des meilleurs experts au monde en hydrologie statistique, la science qui permet de répondre à ce genre de question au moyen de modèles informatiques extrêmement complexes. Passé maître dans l’art de régionaliser les données — ce qui rend possible la prédiction des précipitations à venir même dans un endroit pour lequel on ne possède aucune donnée météorologique —, l’ingénieur de 45 ans participe à des études dans d’innombrables pays, du Japon au Mexique en passant par la Chine, l’Égypte, l’Allemagne ou les États-Unis. « J’ai d’anciens étudiants en poste sur quatre continents », se réjouit ce citoyen du monde, l’un des rares scientifiques au Canada qui soit titulaire simultanément de deux chaires de recherche — l’une du gouvernement fédéral, l’autre d’Hydro-Québec.

 

Les plus populaires