25 ans dans la vie d’un hôpital

Les hôpitaux font l’objet de toutes les dénonciations. Mais sont-ils vraiment moins efficaces qu’avant ? L’épreuve des faits avec Maisonneuve-Rosemont !

25 ans dans la vie d'un hôpital
Photo : iStockphoto

« C’est un zoo ! » C’est ainsi que l’hématologue Jacques Boileau qualifiait les urgences de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont dans un reportage publié dans L’actualité en janvier… 1983. Quelque 25 ans plus tard, le médecin, toujours en poste, persiste : « C’est encore un zoo. Et il est plus gros ! »

Urgences qui débordent, décès d’une patiente qui a passé quatre jours dans un corridor, éclosion de gastroentérites, cas de bactérie C. difficile, manifestations d’infirmières contre les heures supplémentaires obligatoires… L’établissement fait régulièrement les manchettes. La crise qu’il vit actuellement est-elle pire que celle de 1983 ? Radiographie chiffrée.

NOMBRE DE LITS DE COURTE DURÉE

1983 : 656 (un lit pour 629 habitants)
2009 : 627 (un lit pour 797 habitants)

De nombreux lits ont été fermés lors du virage ambulatoire, dans les années 1990. Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, reconnaît que l’hôpital ne répond plus à la demande et compte en construire un nouveau dans l’est de Montréal d’ici sept ans.

 

POPULATION DU TERRITOIRE DESSERVI

1981 : 412 645 habitants
2009 : 500 000 habitants

La population de l’est de Montréal augmente en nombre et en âge. En 2006, plus de 15 % des résidants étaient âgés de 65 ans et plus. Ce taux grimpera à 20 % en 2026. Il faudra fournir davantage de soins à ces personnes souffrant de problèmes de santé plus complexes.

 

DURÉE MOYENNE D’UN COURT SÉJOUR

1984 : 10,8 jours
2009 : 8,1 jours

C’est le nerf de la guerre : réduire la durée des séjours pour libérer des lits et traiter plus de patients. La mise sur pied de soins à domicile a contribué à cette réduction.

 

BUDGET TOTAL

1983 : 82 756 216 dollars
2009 : 323 892 505 dollars

Cette hausse ne tient pas qu’à l’inflation ! L’établissement, qui accueille des patients d’autres régions du Québec, n’a cessé d’augmenter ses activités.

 

NOMBRE DE PATIENTS EN CONSULTATION EXTERNE

1984 : 187 817
2009 : 356 990

C’est le centre de soins ambulatoires, ouvert en 2005, qui accueille ces patients.Il regroupe le Service de consultation externe de l’hôpital. Des malades chroniques y sont suivis et les interventions en chirurgie d’un jour y sont faites.

 

NOMBRE DE VISITES AUX URGENCES

1983 : 97 915
2009 : 86 678

Ses urgences sont les plus fréquentées de Montréal. Des patients séjournent souvent dans les corridors, ce qui était rare en 1983. « On a « institutionnalisé » les corridors, dit le Dr Boileau. On y isole même des patients qui souffrent de diarrhée, peut-être de C. difficile, en épinglant une affichette « Isolement entérique » sur le rideau ! » Le ministre Bolduc a annoncé l’agrandissement des urgences. Travaux dès 2011.

 

NOMBRE DE MÉDECINS

1983 : 352
2009 : 460

L’hôpital – affilié à l’Université de Montréal – réussit à attirer des médecins hautement spécialisés. Son centre de radio-oncologie, agrandi en 2009, a été équipé de quatre nouveaux accélérateurs linéaires. Ces appareils de radiothérapie produisent des faisceaux de basse, moyenne ou haute énergie ainsi que des faisceaux d’électrons destinés aux thérapies plus superficielles. Grâce à ces appareils, installés à la fin de 2009, quelque 4 000 patients atteints de cancer pourront être traités, contre 2 700 auparavant.

En 2011, l’hôpital ouvrira son centre d’excellence en thérapie cellulaire. Des chercheurs y étudieront les cellules souches afin, notamment, de mettre au point des traitements contre la leucémie et la dégénérescence maculaire.

 

NOMBRE DE LITS DE LONGUE DURÉE

1983 : 239 (un lit pour 1 727 habitants)
2009 : 108 (un lit pour 4 630 habitants)

L’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal veut éliminer les 792 lits de longue durée des hôpitaux que compte la région. Les patients qui nécessitent moins de trois heures de soins par jour seront dirigés vers des « ressources intermédiaires », soit des centres d’hébergement privés rattachés à un établissement public.

 

NOMBRE D’INTERVENTIONS EN CHIRURGIE D’UN JOUR

1983 : 5 357
2009 : 10 752

Les technologies ont évolué. Une opération de la cataracte dure de 30 à 60 minutes et ne nécessite plus d’hospitalisation, comme c’était le cas il y a 25 ans.

 

NOMBRE D’EMPLOYÉS

1983 : 3 839
2009 : 5 000 dont 1 500 infirmiers

L’hôpital est en pénurie d’infirmières. En avril, la direction a organisé une journée portes ouvertes afin d’en recruter. Pour les séduire, l’établissement offre sur les lieux de travail des cours (payants) de yoga, de langues, etc.


(Sources : Hôpital Maisonneuve-Rosemont ; rapport annuel 1985-1986 de l’hôpital ; Denis Goulet, auteur de L’Hôpital Maisonneuve-Rosemont : Une histoire médicale (1954 à 2004) ; Agence de la santé et des services sociaux de Montréal ; Institut de la statistique du Québec ; Ville de Montréal.)

LE DIAGNOSTIC DE DAVID LEVINE >>

LE DIAGNOSTIC DE DAVID LEVINE

 

Le plus gros bobo de Maisonneuve-Rosemont ? « Le Québec n’a pas constitué de réseau de soins de première ligne, dit le PDG de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. C’est pourquoi la population, qui vieillit, va dans les urgences. » L’Agence veut donc créer, d’ici 10 ans, 60 « cliniques-réseau intégrées », qui regrouperont chacune sous un même toit une quinzaine d’omni­praticiens et autant d’autres professionnels de la santé (infirmière, nutritionniste, psychologue, etc.). Ces équipes assureront le suivi d’environ 30 000 patients, en plus de fournir des soins d’urgence mineurs sept jours sur sept et de 8 à 12 heures sur 24 aux patients, inscrits ou non. La première cli­nique de ce genre a été lancée en 2009 dans l’arrondissement de Verdun.

 

 

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie