3 mythes sur la neuroéducation

Les concepteurs de matériel pédagogique sont nombreux à utiliser le vocabulaire des neurosciences pour ajouter un vernis de crédibilité à leurs produits. Steve Masson présente les principaux «neuromythes» dont il faut se méfier.

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«Les enseignants ont souvent de fausses conceptions sur le fonctionnement du cerveau, ce qui les oriente vers des pratiques inefficaces», dit le chercheur Steve Masson, directeur du Laboratoire de recherche en neuroéducation à l’UQAM. (Photo: UQAM/Emilie Tournevache)

1. Les élèves apprennent mieux lorsqu’ils reçoivent l’information dans leur style d’apprentissage préféré, soit auditif, visuel ou kinesthésique — FAUX

Pas moins de 93 % des enseignants du Royaume-Uni et 96 % de ceux des Pays-Bas croient en ce mythe ; la proportion est probablement semblable au Québec. Or, les seules études favorables à cette théorie ont été menées… par ses inventeurs. « Certains élèves peuvent avoir des préférences visuelles ou auditives, reconnaît Steve Masson, mais aucune donnée crédible ne montre que d’adapter l’enseignement à cette préférence a un effet bénéfique sur les apprentissages des élèves. » Étiqueter ainsi les élèves peut même avoir un effet réducteur, dit-il. Il n’est pas impossible que l’on découvre bel et bien des styles d’apprentissage un jour, mais on n’y est pas encore.

2. Certains élèves ont un hémisphère dominant — FAUX

Selon cette fausse conception, les élèves de type « cerveau gauche » auraient un mode de fonctionnement logico-mathématique, alors que les élèves de type « cerveau droit » seraient plus créatifs. Certaines approches pédagogiques prétendent tenir compte de l’hémisphère dominant des élèves ou prônent un rééquilibrage entre les deux. « Il est vrai que certaines fonctions cognitives sont davantage associées à un hémisphère plutôt qu’à un autre, mais la réalité est beaucoup plus complexe que ça. Si j’avais à situer la logique dans le cerveau, ce serait plutôt dans le cortex préfrontal ! » illustre Steve Masson. Bref, il est faux de prétendre qu’il existe deux types de cerveau nécessitant des approches différentes.

3. De courts exercices de coordination améliorent la communication entre les hémisphères — FAUX

Toucher sa cheville gauche avec sa main droite, puis sa cheville droite avec sa main gauche : dans de nombreuses classes, les élèves sont invités à faire de tels exercices avant de se mettre au travail. Le plus populaire de ces programmes, Brain Gym, a été fortement critiqué par la communauté scientifique, puisque ses prétentions reposent sur des études dont la validité est mise en doute. Les exercices de coordination ont peut-être des vertus, mais pas celle d’améliorer les résultats scolaires.

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