4 points chauds autour de l’enseignement des maths au Québec

Des mathématiques plus concrètes ; des ordinateurs pour des simulations ; les examens à l’heure de la technologie ; et l’arrimage avec les cégeps.

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Photo : Getty Images

1. Des maths plus concrètes : un mirage ?

Un nouveau programme devait aider les élèves du secondaire à mieux réussir en mathématiques. Sauf que, faute de ressources, bien des écoles ne le donnent pas !

Tout avait pourtant bien commencé, il y a 10 ans. Le ministère de l’Éducation profitait de la réforme de l’éducation pour moderniser les cours de mathématiques de 4e et 5e secondaire, question de mieux ancrer la matière enseignée dans la réalité.

Tout n’a pas changé : la séquence Sciences naturelles, jadis les maths « fortes », ouvre encore la porte de tous les programmes collégiaux. La séquence Culture, société et technique, elle, est destinée aux élèves qui se diri­gent vers les sciences humaines ou les arts et lettres.

La grande nouveauté, c’était la création de la séquence Technico-sciences (TS), conçue pour les jeunes férus de technologie et d’applications concrètes de la science qui choisissent une formation technique au cégep. Elle permet aussi d’être admis dans n’importe quel programme.

« C’est parfait pour les élèves qui s’interrogent sur l’utilité des concepts mathématiques », dit Pierre Couillard, conseiller pédagogique pour le RÉCIT, un regroupement d’experts en techno et en pédagogie financé par le Ministère, au service des enseignants qui souhaitent utiliser la technologie en classe.

Mais la séquence TS n’a pas connu le succès escompté. Ainsi, aucune école de la commission scolaire Marie-Victorin, sur la Rive-Sud, ne la donne. Et ce n’est qu’un exemple.

Les commissions scolaires ont pourtant la responsabilité de s’assurer que les établissements appliquent les programmes. « Toutes les écoles doivent offrir les trois séquences », confirme Esther Chouinard, porte-parole du ministère de l’Éducation. Elles ont l’obligation de les « offrir », mais pas de les « mettre en place », précise-t-elle…

Sur le plan logistique, ce n’est pas si simple d’enseigner les trois séquences. Certaines écoles les offrent donc, en se gardant de faire la promotion de la séquence TS ; elles évoquent ensuite une demande insuffisante de la part des élèves. D’autres se plaignent d’un manque de ressources : dans un monde idéal, la séquence TS se donne dans un laboratoire, pour que les élèves puissent manipuler du matériel avant de passer aux explications théoriques. Par exemple, ils observent la courbe décrite par un projectile en fonction de l’angle de lancement avant d’en faire la modélisation mathématique.

« On peut se débrouiller autrement, en présentant la démonstration de façon virtuelle sur le tableau blanc interactif. Mais il faut surtout un enseignant motivé ! » affirme Marie Auger, qui enseigne la séquence TS en 5e secondaire à l’académie Les Estacades, une école publique de Trois-Rivières. Le Ministère l’a recrutée pour donner de la formation à des collègues.

2. Des ordis, s’il vous plaît

Dans l’enseignement des maths, la technologie est « d’une grande utilité ». C’est écrit noir sur blanc dans le Programme de formation de l’école québécoise, la bible des enseignants, qui précise que la techno permet « de faire des apprentissages en explorant des situations complexes [et] d’effectuer des simulations ou des calculs qui autrement seraient fastidieux ». On croirait entendre Conrad Wolfram, mathématicien anglais qui juge que le calcul manuel est dépassé !

L’école québécoise peine cependant à réellement passer à l’ère numérique. Certes, l’achat de tableaux blancs interactifs se poursuit — il y en a maintenant 36 000 dans les écoles, ce qui équivaut à un tableau pour 28 élèves. On n’est plus très loin de la proportion d’un tableau par classe.

Pour que les élèves s’investissent réellement dans la résolution d’un problème, comme le préconise Conrad Wolfram, il faudrait que chacun dispose d’un ordinateur.

Des enseignants débrouillards s’en sortent avec quatre ou cinq portables, que les jeunes utilisent en équipe ou à tour de rôle. D’autres mettent à profit la technologie que les élèves ont dans leur poche ! Jocelyn Dagenais, prof de maths de 3e secondaire à l’école André-Laurendeau, à Saint-Hubert, sur la Rive-Sud, leur permet d’utiliser leur téléphone intelligent en classe, même si le règlement l’interdit…

3. Les examens sur la sellette

Au Québec, les examens de fin d’année du ministère de l’Éducation se font sur papier. Ainsi, un élève qui emploie la technologie avec brio durant l’année risque de ne pas être bien préparé pour l’évaluation. « C’est comme s’il utilisait une scie circulaire toute l’année et qu’il avait seulement droit à une égoïne à l’examen », illustre Jocelyn Dagenais, prof à l’école André-Laurendeau et président du Groupe des responsables en mathématique au secondaire (GRMS), une association d’enseignants et de conseillers pédagogiques qui travaillent à l’amélioration de l’enseignement de cette matière.

Le GRMS n’a pas pris de position officielle sur ce sujet délicat ; mais quand Jocelyn Dagenais enlève sa casquette de président pour mettre celle d’enseignant, il lui semble logique de permettre la « scie circulaire » à l’examen, de la même façon que le Ministère a autorisé l’utilisation de la calculatrice il y a des années…

Bien sûr, il faudra évaluer autrement, prévenir la tricherie, etc. Le GRMS souhaite inviter le Ministère à débattre de la question avec ses membres au congrès de l’organisme, en octobre.

4. L’arrimage avec le cégep

Impossible de modifier le contenu des cours au secondaire sans répercussions directes sur ceux du cégep… Les professeurs du collégial s’inquiétaient d’ailleurs des performances des élèves issus de la réforme avant même qu’ils arrivent au cégep.

Un comité d’arrimage secondaire-collégial, formé d’enseignants des deux ordres d’enseignement et d’un représentant du Ministère, notait dans un rapport produit en 2009 que les réformes précédentes avaient engendré des taux d’échec importants dans le premier cours de maths du collégial, le calcul différentiel. Il soulignait que « plusieurs concepts [avaient] été éliminés des programmes de maths du secondaire ou abordés de façon plus superficielle ».

Le cégep a dû s’adapter : certaines notions d’algèbre et de trigonométrie doivent être approfondies et des centres de rattrapage ont été mis en place. Le comité s’inquiétait en outre des difficultés « de conceptualisation et d’abstraction » de la jeune génération, habituée à voir pour comprendre.

Jocelyn Dagenais, de l’école André-Laurendeau, avance une idée audacieuse : au lieu d’en demander plus aux élèves, le cégep devrait peut-être s’adapter en en demandant… moins ! « Même les ingénieurs qui utilisent les équations différentielles et intégrales dans leur travail se servent d’un ordina­teur pour leurs calculs. On dirait que certains profs de cégep accordent des vertus à la souffrance associée à la résolution de problèmes », dit-il en boutade.

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