5 manières d’en finir avec la bataille des devoirs

Plutôt que de vous engager dans une partie de bras de fer avec votre enfant chaque soir pour lui faire apprendre des tables de multiplication ou des conjugaisons, essayez d’adapter votre approche à son tempérament.

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Cela fait deux heures que vous êtes assis avec votre enfant. Vous lui parlez uniquement sur un ton apaisant (en vous demandant quel appât pourrait bien fonctionner); tout ce que vous espérez, c’est qu’il arrive miraculeusement à résoudre trois pages supplémentaires de problèmes de mathématiques sans piquer une autre crise. Ou peut-être venez-vous de recevoir un énième message de l’enseignante, qui est désolée d’avoir à vous contacter à nouveau, pour vous dire que votre enfant a oublié de remettre son devoir de compréhension écrite le vendredi dernier. Ou peut-être êtes-vous toujours penché dans le sous-sol avec votre fille, bien après l’heure du dodo, pour construire méticuleusement un modèle de maison longue amérindienne, un cure-dent à la fois.

À moins d’être le parent choyé d’un enfant très organisé, méthodique et toujours motivé, vous devez être profondément familiarisé avec les problèmes et la frustration qu’entraînent les devoirs. N’y a-t-il pas moyen de passer à côté de tout ce cirque?

«Découvrez ce qui les motive», dit Ruth Rumack, une ancienne enseignante et la fondatrice du Ruth Rumack’s Learning Space, un centre d’assistance scolaire à Toronto. Est-ce que votre enfant fait tout à la dernière minute ou a de la difficulté à suivre le fil de ses devoirs? Sa personnalité, son tempérament et sa méthode d’apprentissage sont tous des facteurs importants qui doivent être pris en compte pour gérer la façon dont il accomplira ses travaux. «Si vous êtes capable de déterminer ce qui empêche votre enfant de faire ses devoirs, dit Rumack, vous aurez plus de facilité à bâtir un environnement favorable au succès.»

Voici une liste qui résume les traits de caractère les plus fréquents qui peuvent s’insinuer chez les jeunes et comment gérer chacun d’entre eux.

1. Le procrastinateur

Cela fait maintenant trois semaines que votre enfant a reçu les consignes pour son projet de système solaire, mais il n’y a toujours qu’un Soleil de styromousse à moitié peint au sous-sol. En tant que parents, nous ne connaissons que trop bien la tentation de remettre les choses à plus tard, et il en est de même pour nombre de jeunes.

La première chose à découvrir est si votre enfant a de la difficulté avec la matière ou s’il a un problème d’apprentissage particulier. Une fois que ces deux possibilités sont mises de côté, il est bon de retenir que les enfants trouvent à peu près tout beaucoup plus intéressant que les devoirs. Vanessa Lapointe, une psychologue agréée et une conseillère en éducation des enfants, explique que l’une des parties du cerveau qui aide à gérer la maîtrise de soi ne fonctionne pas nécessairement avant que l’enfant soit bien avancé à l’école primaire, et parfois pas avant l’âge de 12 ans. L’envie de classer des cartes de Pokémon l’emportera donc souvent sur le devoir de science, qui disparaîtra complètement de son esprit.

En plus de tout ça, la plupart des enfants n’ont pas encore une conception claire du temps que certaines tâches nécessitent. «Pourquoi est-ce que je dois commencer à coller cette maison longue maintenant? Ce ne sera pas aussi long à faire que ça!» (Et c’est la raison pour laquelle vous vous retrouvez au sous-sol à 22 h 30, très loin d’avoir terminé.)

Quoi faire?

Insistez sur le fait que les jeux attendront que les devoirs soient terminés. Royan Lee, un enseignant de la région de Toronto et un père de trois enfants, utilise une approche plus stricte: «Tous nos enfants ont une liste de tâches qu’ils doivent compléter chaque jour. Ils ne peuvent pas faire d’activité comme les jeux vidéos avant que les devoirs soient bel et bien terminés.» Une autre façon d’aider votre enfant est de diviser les devoirs en quelques parties plus facilement gérables. Donc s’il faut remettre cinq pages d’additions la semaine suivante, demandez-lui d’en faire une page par jour.

Soutien technique:

Créez des listes de tâches et synchronisez-les avec votre propre horaire en utilisant un calendrier numérique et une application de rappel (comme Google Agenda). Tout point qui n’est pas complété peut automatiquement être transféré au lendemain. Vous pouvez aussi programmer un minuteur sur votre téléphone pour empêcher votre enfant d’être submergé. («Voyons voir combien de numéros tu peux faire dans les 10 prochaines minutes!»)

2. Le perfectionniste

Mis à part la tentation des Pokémon, il pourrait y avoir une autre raison pour laquelle votre enfant remet ses devoirs à plus tard. En effet, si l’idée de ne pas réussir à les faire parfaitement lui est intolérable, il pourrait ne pas les faire du tout.

Les enfants sensibles ou qui sont identifiés comme étant doués sont particulièrement sujets au perfectionnisme, dit Vanessa Lapointe. Les parents qu’elle rencontre dans le cadre de son travail, à Vancouver, lui disent souvent qu’ils savent que leurs enfants ont ce qu’il faut pour réussir, mais comme elle le dit elle-même, «les enfants ne veulent pas s’aventurer dans l’état de vulnérabilité dans lequel faire leurs devoirs les place». Elle ajoute que les perfectionnistes voient cela comme «la chance pour quelqu’un de les mettre sous un projecteur et de prouver qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’ils font, alors que d’autres ont l’impression que le devoir n’est pas à la hauteur de leur potentiel». Certains recommenceront un travail plusieurs fois, parce qu’ils rejettent continuellement leurs propres idées, en espérant que la prochaine sera la bonne.

Quoi faire?

Vaincre le perfectionnisme est tout sauf simple. En fait, votre enfant pourrait toujours avoir à gérer ses problèmes d’anxiété par peur de ne pas bien faire, et c’est la raison pour laquelle il pourrait prendre plus de temps que vous ne le pensez pour faire un devoir.

Tentez de garder l’attention sur le cheminement, plutôt que sur le résultat. Comme Vanessa Lapointe le dit, «le parcours d’apprentissage devrait mettre l’accent sur la façon de faire les choses et sur la manière de régler les problèmes». Par exemple, plutôt que de demander à votre jeune la note qu’il a obtenue, demandez-lui: «As-tu fait de ton mieux? Si oui, quoi qu’il arrive après n’a pas d’importance.»

Pour vous assurer que votre enfant ne reste pas bloqué, disons, à l’étape du remue-méninges, Ruth Rumack recommande de définir des limites de temps pour chaque tâche. Et s’il ne supporte pas l’idée de ne pas écrire un mot correctement, l’instauration d’une règle de «une erreur ne compte pas» — on ne corrige pas les fautes avant que la tâche soit complétée — vaut la peine d’être essayée. Cette technique peut aussi l’aider à éviter la tendance des perfectionnistes à rester dans leur zone de confort par peur de faire une erreur.

Soutien technique:

Les outils de dictée, tels que la dictée vocale de Google ou la transcription intégrée sur Mac, peuvent aider les enfants à mettre leurs pensées à l’écrit sans avoir à se préoccuper de l’orthographe ou de la calligraphie, problèmes qui peuvent en retenir plus d’un.


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3. Le passionné de vitesse

Pour certains, plus les devoirs sont faits rapidement, mieux c’est. Ils arrivent à la maison, sortent la feuille de devoir, écrivent quelques phrases rudimentaires et crient: «Fini!» Ils peuvent, en effet, avoir l’impression qu’il est inutile de rédiger quelque chose au sujet d’un livre qu’ils ont déjà lu et ils veulent passer le moins de temps possible à en parler. Ces problèmes de multiplications de nombres à deux chiffres étaient un jeu d’enfant en classe, pourquoi en faire une autre feuille complète à la maison? Ils ont tellement mieux à faire.

Quoi faire?

Regarder les devoirs avec votre enfant et vérifier que tout est bien fait peut l’aider à comprendre pourquoi il est important d’être méticuleux, dit Vanessa Lapointe. Pour les travaux écrits, Ruth Rumack demande à ses tuteurs d’utiliser une liste de vérification: les enfants révisent leurs devoirs en vérifiant les majuscules, la syntaxe, la ponctuation et l’orthographe. Vous pouvez aussi créer une nouvelle liste basée sur les critères de correction de l’enseignant pour l’aider à diviser la tâche en différentes parties.

Soutien technique:

Ruth Rumack recommande d’utiliser des applications sur tablette ou des logiciels, tels que Google Drawings ou Inspiration, pour encourager la préparation des travaux écrits. Le recours à un logiciel de dictée vocale peut être utile lorsque c’est le processus d’écriture des idées qui pose problème.

4. Le rebelle

Soit votre enfant commence à voir le monde avec un œil plus critique, soit il a des intérêts qui ne concordent pas avec la matière enseignée à l’école. Quoi qu’il en soit, il ne voit tout simplement pas le but du devoir de géométrie et n’a aucun intérêt à découvrir l’histoire de la musique folklorique canadienne-française. Les rebelles contredisent et remettent en question presque tout.

Cela peut, par contre, être un bon trait de personnalité. Comme Royan Lee le dit, il y a de plus en plus de preuves qui convergent pour affirmer que, dans quelques années, la recette d’une vie d’adulte réussie inclura «un raisonnement divergent et créatif, une capacité à sortir des sentiers battus et à travailler sans que quelqu’un ait à nous dire quoi faire». Toutefois, si cette attitude commence à être problématique pour l’enseignant ou si les notes en pâtissent, il pourrait être temps de revenir à une méthode plus traditionnelle.

Quoi faire?

Gardez l’accent sur l’apprentissage: aidez votre enfant à découvrir de nouvelles idées, de nouveaux concepts ou de nouveaux talents qu’il pourrait maîtriser. Analysez s’il n’y aurait pas une façon de faire un lien entre ses passions et le travail qu’il effectue en classe. Si, par exemple, vous arrivez à le persuader que l’apprentissage de l’aire, du périmètre et du volume pourrait l’aider à dessiner et à construire son propre Faucon Millenium, vous pourriez faire du progrès.

Résistez par contre à l’envie d’offrir une récompense, dit Vanessa Lapointe. Même si ce n’est que pour récompenser un effort, cela crée une mauvaise dynamique de travail dans laquelle l’objectif de l’enfant devient la récompense — que ce soit une crème glacée ou plus de temps de télévision —, et non l’expérience en elle-même. Mais comme le dit Royan Lee, parfois le message se résume tout simplement ainsi: «Peu importe le devoir que tu reçois, tu n’as qu’à le faire. Pas besoin de s’y donner corps et âme.»

Soutien technique:

L’apport d’un nouvel appareil technologique ou d’une application peut raviver l’intérêt d’un rebelle. Des outils de motivation comme un minuteur numérique peuvent l’aider à s’asseoir et à travailler. Et si votre enfant est particulièrement réticent à la lecture, Ruth Rumack considère les livres audios comme étant d’une grande aide, mais elle recommande très fortement qu’un exemplaire physique du livre reste aussi une partie de l’expérience.

5. Le distrait

Est-ce que tu as écrit dans ton agenda aujourd’hui? «Ah non… J’ai oublié.» Quelle est la date de remise du diaporama? «Je ne m’en souviens pas.» Où as-tu rangé ta feuille de devoir pour le projet d’arbre généalogique? «Je ne sais pas.»

Une partie de notre rôle de parent est d’aider notre enfant à acquérir des capacités d’organisation, mais certains jeunes nécessitent beaucoup de surveillance, de rappels et de persuasion, dit Vanessa Lapointe. «Certains ne sont tout simplement pas capables de se souvenir ou de s’organiser. Ce n’est pas une question de volonté, mais d’immaturité», dit-elle.

Quoi faire?

Enclenchez le processus avec énormément de structure, de répétitions et de rappels. Au début, ne vous fiez pas à votre enfant pour qu’il fasse tout le processus par lui-même, puisqu’il pourrait ne pas encore avoir les capacités ou la maturité pour gérer les conséquences de ses actions. Aidez-le à prendre de bonnes habitudes en attachant à son sac à dos une étiquette, sur laquelle est inscrit tout ce qu’il doit rapporter à la maison, et en lui demandant de vérifier son agenda à la fin de chaque journée. Une fois que ses capacités d’organisation commencent à s’établir, il est important de vous retirer, explique Vanessa Lapointe. De cette façon, vous n’établirez pas une situation dans laquelle votre enfant s’attendra à ce que vous vous souveniez toujours de tout pour lui. (Vous ne voudriez pas finir par être son assistant personnel permanent.)

Soutien technique:

Plusieurs appareils sont conçus expressément pour les gens distraits et qui oublient tout. Si l’école accepte l’utilisation d’appareils électroniques en classe, prendre une photo du tableau de devoirs pourrait aider les élèves qui ont du mal à se servir de leur agenda. La même astuce peut aussi s’appliquer à la feuille de consignes: une image est beaucoup plus difficile à perdre qu’une feuille toute chiffonnée dans le fond d’un sac d’école. Les agendas électroniques qui permettent aux parents et aux enfants de synchroniser leurs rappels peuvent aussi être des alliés inestimables.

***

Faites-en une habitude

Peu importe la difficulté d’apprentissage à laquelle les parents doivent faire face, l’une des solutions les plus efficaces reste toujours d’aider l’enfant à respecter une routine quotidienne. Cela s’applique aussi aux devoirs: des experts recommandent que les jeunes s’assoient toujours à la même place et à la même heure tous les soirs pour que l’accomplissement des devoirs devienne une habitude tout aussi automatique que d’attacher sa ceinture de sécurité en auto.

Quand prendre du recul

Il n’y a aucun doute que les enfants sont gagnants lorsque leurs parents supervisent leurs devoirs et les aident à acquérir de bonnes habitudes. Mais vous ne devez pas trop vous impliquer non plus. Si vous les aidez trop, vous pourriez masquer un problème plus important. Comme le dit l’enseignant Royan Lee, si un enfant reçoit un devoir qu’il ne peut faire parce qu’il n’a pas les compétences ou les connaissances nécessaires, il n’y a aucun intérêt que le parent comble les manques. Après tout, c’est lorsque les jeunes surmontent un problème par eux-mêmes qu’ils apprennent le plus. Et les enseignants doivent voir lorsqu’un de leurs élèves a de la difficulté avec un travail ou lorsqu’il n’est tout simplement pas prêt sur le plan du développement pour l’entreprendre. La conseillère en éducation Vanessa Lapointe dit que les parents doivent aussi apprendre quand venir à la rescousse de leur enfant et quand le laisser échouer. Si vous croyez qu’il a la maturité et les moyens nécessaires pour gérer l’échec par lui-même, la bonne décision est parfois de ne pas intervenir. Et une fois de temps en temps, une réprimande de la part de l’enseignant pourrait être bien plus efficace qu’une énième remarque de votre part. Certains parents ont du mal à accepter l’idée qu’il faille parfois se retrancher. Le conseil de Royan Lee? «Les enseignants donnent des devoirs parce qu’ils souhaitent que leurs élèves s’exercent à quelque chose. Nous savons que certains ne le feront pas.» Et souvenez-vous que si votre enfant a continuellement du mal à faire ses devoirs, c’est probablement parce qu’ils sont trop difficiles ou qu’il y en a trop. C’est habituellement le bon moment pour contacter l’enseignant et discuter de ce qui se passe.

Cet article a été adapté de Today’s Parents.

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