50 ans, l’âge du changement?

Courageux, motivés, travailleurs, mais surtout heureux: rencontre avec des quinquagénaires qui se sont réinventés.

«On a tous une plus grande aptitude au changement qu'on pense», dit Sylvain Duhamel, ex-financier. (Photo: Rodolphe Beaulieu)
«On a tous une plus grande aptitude au changement qu’on pense», dit Sylvain Duhamel, ex-financier. (Photo: Rodolphe Beaulieu)

«Qu’est-ce que je fais ici?» Cette question a tourmenté Carole Ouimet durant sa première semaine au Centre de formation Compétences 2000, à Laval. À 51 ans, cette ex-directrice de production dans l’édition était l’étudiante la plus âgée du DEP en santé, assistance et soins infirmiers. « Ça n’a pas été facile, mais j’ai étudié fort et je n’ai jamais manqué un cours », raconte cette grande brune joviale. Un an plus tard, elle est l’infirmière auxiliaire la plus heureuse de l’hôpital Marie-Clarac, à Montréal. « Tous les matins, je pousse mon chariot de médicaments en chantonnant. » Alors qu’elle craignait que son âge ne lui nuise, c’est tout le contraire. « J’ai élevé une famille et longtemps travaillé sous pression, alors j’en ai vu d’autres ! »

Changer de carrière après 40 ou 50 ans, beaucoup en rêvent. « Avec le prolongement de la vie au travail jusqu’à 65-70 ans, les gens se questionnent davantage sur leur vie professionnelle », observe Claire Savoie, conseillère en gestion de carrière. « De plus en plus de gens envisagent une réorientation, ont des carrières multiples, deviennent tra­vailleurs autonomes ou se lancent dans les affaires », renché­rit le conseiller d’orientation Mathieu Guénette, directeur des services professionnels chez Brisson Legris, à Montréal. Difficile toutefois d’avoir des données sur ceux qui passent à l’acte : ni Emploi Québec, ni l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation, ni celui des Conseillers en ressources humaines agréés (CRHA) ne les comptabilisent.


TQcBP

Ne manquez pas l’émission Banc Public, le 25 octobre à 21 h, à Télé-Québec.
Guylaine Tremblay rencontre la journaliste culturelle Marie-Christine Blais, qui a choisi de changer de carrière à 50 ans pour devenir… mécanicienne.

Ex-formatrice en produits financiers, Isabelle Quinn s'est lancée dans la pâtisserie en 2009. «Ma job,, j'en mange!» (Photo: Rodolphe Beaulieu)
Ex-formatrice en produits financiers, Isabelle Quinn s’est lancée dans la pâtisserie en 2009. «Ma job,, j’en mange!» (Photo: Rodolphe Beaulieu)

Trouver des témoignages pour cet article n’a pas été difficile. Une directrice de garderie devenue massothérapeute, un ex-journaliste mué en copropriétaire de boutique de vélo, un designer graphique reconverti en ébéniste… j’ai reçu une avalanche de contacts. La bougeotte touche tous les milieux ! Parmi les lauréates du concours annuel Chapeau, les filles ! (qu’organise le ministère de l’Éducation pour récompenser les femmes inscrites à des formations menant à des métiers « traditionnellement masculins »), par exemple, beaucoup entament une deuxième carrière, tro­quant un job « féminin » contre un métier « d’homme » mieux rémunéré. Le profil hétéroclite des chauffeurs d’autobus du Réseau de transport de la Capitale, à Québec, reflète la même envie de virage. « Muséologue, soudeur, coiffeuse, enseignant, depuis que nous privilégions le savoir-être et non la seule capacité de conduire, nos conducteurs viennent de tous les horizons », dit Rémy Normand, président du RTC.

Les Québécois seraient-ils moins frileux que d’autres, côté changement de carrière ? Sylvain Duhamel le croit. « L’hiver, on modifie notre comportement, nos vêtements, et on s’adapte ! » dit ce paysagiste certifié, qui a d’abord boulonné en finance pendant 25 ans. « On a tous une plus grande aptitude au changement qu’on pense. » À la suite d’une dépression qui l’a tenu cloîtré pendant un an, lui-même n’est jamais retourné à son ancienne vie. Il s’est inscrit au Centre de formation horticole de Laval, puis a créé son entreprise d’aménagement paysager en 2005. « Vive le travail dehors, en culottes courtes et les mains dans la terre ! » Et au diable le salaire à six chiffres, le grand bureau au centre-ville et la collection de complets-cravates ! « C’était une prison dorée, dit-il. Je n’ai plus la super belle voiture, j’ai freiné côté voyages, mais j’ai un plus beau sourire le matin. »

Le déclencheur du changement est très variable. Licenciement, épuisement professionnel, « écœurantite » aiguë du milieu ou des collègues… « La plupart des gens ne se déci­dent qu’une fois au pied du mur, dit Claire Savoie. Par peur de perdre leurs avantages, ils endu­rent des situations plus longtemps qu’ils ne devraient. » Soulignant qu’un changement de carrière exige courage, discipline, détermination et soutien, la spécialiste insiste aussi sur l’importance d’une bonne préparation. « Il faut prendre le temps de cerner ses centres d’intérêt, ses valeurs, de comprendre les exigences du marché, de participer aux journées “élève d’un jour”. » Bref, ne pas s’aventurer à l’aveuglette.


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« Il faut aussi une part d’insouciance ! » ajoute Isabelle Quinn. Ex-formatrice en produits financiers, elle a fondé Sweet Isabelle en 2009 après avoir perdu ses contrats avec Desjardins. Entre petits gâteaux, fêtes d’enfants et partys de bureau, sa petite entreprise fait recette, employant aujourd’hui 20 personnes dans deux boutiques. Chef de famille monoparentale, elle a vendu son condo et vécu chez sa mère avec ses trois ados durant six mois pour pouvoir se lancer. « Quand tu es dans l’action, tu n’as pas le temps d’avoir peur et de te demander si ça va marcher : tu regardes vers l’avant, dit l’entrepreneure de 51 ans. Je n’ai jamais autant travaillé de ma vie, mais ma job, j’en mange ! »

La peur ne fait pas partie non plus du vocabulaire de Charles Mony, 50 ans. Né en Provence, débarqué au Canada avec femme et enfants en 1994, il est rompu aux changements de cap, chutes de revenus et autres redémarrages. Ingénieur mécanique de métier, il a été salarié à Paris, Ottawa et Montréal avant de créer diverses entreprises technologiques. Revendue en 2014, la dernière (Creaform, spécialisée dans la numérisation 3D) lui a rapporté une petite fortune, qu’il a investie dans une entre­prise d’innovation sociale : Village Monde, qui vise à favoriser un tourisme éco­citoyen dans de petites collectivités. Une idée qui lui est venue durant… une année sabbatique : un tour du monde en famille à la voile, en 2006. « Ce n’est pas toujours facile de lâcher la rive, mais ça vaut mieux que de passer sa vie à regretter ! »

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Je suis retournée sur les bancs d’école à près de 50 ans pour réaliser le rêve de ma vie: devenir avocate. Et oui, après une belle carrière en gestion immobilière, j’étais vraiment blasée. Depuis mon changement de carrière, je suis tellement plus épanouie et toujours heureuse de me rendre à mon bureau, d’y rencontre des gens extraordinaires et de faire ce que j’aime vraiment! Il n’y a pas d’âge pour accomplir son rêve et les obstacles que l’on croit insurmontables ne le sont pas à force de détermination et de volonté.

Il n’y a pas d’âge pour changer de carrière, mais dans la cinquantaine et même la soixantaine, on sait vraiment mieux ce qui nous convient. J’ai terminé une 2e maitrise à 65 ans, je travaille comme consultante à temps partiel, cela me convient parfaitement.. Je me réalise à tous points de vue, j’utilise mes compétences et expériences, en toute liberté. Et je m’implique beaucoup bénévolement aussi.

Nous offrons à notre centre de formation (CFP Maurice-Barbeau, CS des Découvreurs), ce qui est unique au Québec, la formation Lancement d’une entreprise avec la thématique « Entreprendre à 50 ans » . Beaucoup de personnes à partir de la cinquantaine veulent redéfinir leur carrière et l’entrepreneuriat est une belle avenue. Notre formation les aide à structurer leur projet d’affaires et à réaliser leur rêve. Formation très en demande. Belle clientèle. On a un beau succès jusqu’à présent!

Très bel article, et si encourageant surtout pour nous, Français, souvent si rapides à voir immédiatement les obstacles (et à s’y arrêter…) dans chaque opportunité qui se présente.. J’ai moi-même repris des études d’informatique à 45 ans après une carrière d’infirmière et, malgré « l’âge », les doutes envenimés par les réactions de mon entourage, j’ai trouvé un emploi dans une SSII dont le recruteur m’a avoué rechercher les profils « atypiques » comme le mien, preuve pour lui d’une ouverture d’esprit et d’une capacité d’adaptation pas toujours très répandue dans ce domaine… A ce propos, je conseille la lecture d’un livre qui m’a beaucoup regonflée dans les moments de doute : « En finir avec la crainte de changer » d’Alain Orsot , qui met le doigt sur toutes les « mauvaises » raisons (mais si bien ancrées) qui nous empêchent de nous jeter à l’eau, en nous aidant à y faire face de façon pratique.