9 choses qui sont devenues des religions

L’une des meilleures manières de tuer un débat est de qualifier les idées et les faits d’autrui de religion. Incroyable à quel point c’est efficace. 

Paul Ducharme / montage : L’actualité

Olivier Niquet a étudié en urbanisme avant de devenir animateur à la radio de Radio-Canada en 2009 dans les émissions Le Sportnographe et La soirée est (encore) jeune. Il est aussi chroniqueur, auteur, conférencier, scénariste et toutes sortes d’autres choses. Il s’intéresse particulièrement aux médias mais se définit comme un expert en polyvalence.

La visite fort médiatisée du pape François remet en évidence la foi catholique de plusieurs de nos concitoyens. Je ne m’étendrai pas là-dessus parce que c’est un domaine que je connais peu. Si ce n’était l’influence souvent négative qu’a encore la religion dans nos vies, ça me laisserait indifférent. Mon analyse se bute au fait que je trouve absurde le concept de religion, mais qui sommes-nous pour juger de la vie des gens, comme le chantaient Rudy Caya et Vilain Pingouin ?

Il reste qu’en ce moment, les religions se multiplient. Et je ne parle pas des religions traditionnelles qui vénèrent un Dieu imaginaire et son messie qui marche sur l’eau et qui condamne l’avortement. Je parle plutôt de tout ce que tout le monde compare à des religions. 

Dans un texte d’opinion publié dans Le Devoir, Frédéric Dejean, professeur au Département de sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal, explique que comparer quelque chose à une religion participe d’une logique fallacieuse. « […] la comparaison avec la religion est le symptôme d’une sorte de paresse intellectuelle qui exonère l’observateur de toute approche empirique fine. Par ailleurs, elle remplit une fonction rhétorique où la comparaison avec la religion n’a pas tant pour fonction d’informer que de dénoncer et de condamner. » Selon lui, l’analogie fait que « l’observateur n’est plus en mesure de décrypter le phénomène en lui-même, plaquant sur lui un cadre interprétatif déjà connu ». Il est bien plus facile d’analyser une situation avec un cadre qui nous est familier, même si, dans la réalité, la question est beaucoup plus complexe.

Au fil des dernières années, j’ai noté plusieurs occurrences de ce genre de comparaisons chez nos commentateurs de l’actualité et nos politiciens. Il n’y a donc pas que le hockey qui soit devenu une religion chez nous, si je me fie à ces quelques exemples.

En 2013, Gabriel Nadeau-Dubois a appliqué ce modèle au déficit zéro. Selon lui, « s’il y a une religion de laquelle l’État devrait se séparer, c’est celle-là, la religion du déficit zéro ».

À l’autre extrémité du spectre, en 2013 alors qu’il était chroniqueur à la radio, Éric Duhaime a dénoncé le syndicat de La Ronde qui demandait à ses jeunes employés de prêter serment d’allégeance lorsqu’ils étaient embauchés : « On dit que la religion, c’est la liberté de chacun, et laissez-nous penser comme on veut et c’est des enfants de 16 ans, c’est du lavage de cerveau. Vous êtes des écœurants, vous êtes des endoctrineurs. C’est ça que vous êtes, gang de syndicalistes. » Le syndicalisme aussi serait donc une religion.

L’année 2013 a été prolifique pour ces nouvelles religions. L’animateur Sylvain Bouchard, du FM93 à Québec, a déclaré à l’époque que les péquistes étaient religieux : « N’oubliez pas l’indépendance, c’est aussi une religion. » Une religion dont les adeptes ne sont pas très fidèles, si je me fie à Bernard Drainville.

Pendant ce temps, le politologue Christian Dufour estimait quant à lui que le Canada avait sa religion multiculturaliste : « […] pour un certain nombre de Québécois opposés à la charte, le multiculturalisme à la Canadian est devenu une religion en fait. » Donc, le nationalisme et le multiculturalisme sont des religions.

Parmi les comparaisons que j’ai entendues le plus souvent, il y a celle entre l’écologie et la religion. Mario Dumont est l’un de ceux qui l’ont répétée à plusieurs reprises, dont en 2015 : « Ce qu’on oublie souvent, c’est que l’écologie, c’est devenu une religion où une grosse partie des pratiquants sont devenus des intégristes. »

Son collègue de LCN Luc Lavoie a abondé dans le même sens en 2018, disant que la science des changements climatiques, « ce n’est plus une science, mais une religion justement, une sorte d’intégrisme écologique ». Ce genre de discours continue de polluer nos ondes aux heures de grande écoute.

Ça fonctionne aussi de l’autre côté. Catherine Dorion parlait ainsi du capitalisme en 2019 : « S’il y a une laïcité dont on doit être obsédés en ce moment, c’est celle qui détacherait le pouvoir de l’État du clergé de l’argent et de la croissance à tout prix. La religion dont il faut se défendre à tout prix, c’est celle qui dit penser à l’économie d’abord alors qu’elle est en train de procéder au plus grand gaspillage de l’histoire de l’humanité. » Vous croyiez que c’était une guerre entre les scientifiques du climat et les pétrolières, mais c’est une guerre entre la religion verte et la religion capitaliste.

Parfois, les comparaisons avec la religion renvoient directement à la religion. L’une de mes déclarations préférées revient à Denis Coderre, qui nous disait en 2019 que « tsé, la laïcité devient une religion, là ». Ne pas être religieux est devenu religieux. Le pape pourra réfléchir à tout ça en lisant le livre de Denis Coderre… que Denis Coderre lui a offert.

Bien sûr, depuis 2020, pour plusieurs dont le chroniqueur Jérôme Blanchet-Gravel, les mesures sanitaires imposées au Québec relevaient aussi de la religion : « On est un peu dans ce qu’on pourrait appeler la religion sanitaire. »

Enfin, la nouvelle mode en matière de comparaison à une religion ? Le wokisme, évidemment. Joseph Facal, entre autres, nous rappelait en 2021 que « le wokisme est une nouvelle religion ». Tout simplement.

Dans tous ces cas, on veut appliquer les balises de la religion pour attaquer certaines idées, même si, ce faisant, on met bien des éléments de côté, dont certaines nuances qui nous permettraient de mieux comprendre ces phénomènes. C’est la voie facile et, malheureusement, de plus en plus de gens l’empruntent. Si vous voulez mon avis, comparer quelque chose à une religion est devenu une religion.

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L’article demeure superficiel, faute de place sans doute. Mais fort intéressant d’avoir recensé cette métaphore « c’est de la religion ».

Une religion est une conviction, mais toute conviction n’est pas une religion.

Ceux qui n’ont pas fait d’études avancées peuvent-ils faire la distinction entre une conviction et une religion ?

Une religion est un lien, un culte à l’égard d’une divinité extra-terrestre. À laquelle se sont agglutinés, en confusion et sans rigueur, d’autres éléments (morale, pouvoirs, influences, clergé, capital immobilier, rites, et manipulation des fidèles crédules et endoctrinement des enfants mineurs).

Une conviction est neutre de ce qu’elle porte : c’est l’esprit qui accepte une valeur ou une action après réflexion. Tous ont donc des convictions sur des milliers de choses différentes. Nous vivons de convictions diverses pour bien diriger notre vie à notre convenance.

Une religion, tout au contraire, est une secte totalitaire qui, au fil des siècles, s’est imposée par violences (Constantin, Charlemagne et roi de droit divin). Elle a imposé un carcan très lourd à porter et très difficile à démonter.

Elle a asservi l’esprit humain.

Il s’en libéra que progressivement par la Renaissance et les Lumières. Et la libération est loin d’être terminée, même en Occident.

La démagogie du vocabulaire est une plaie entretenue par les notoriétés. Nous devons interpeler nos notoriétés (élus, vedettes, journalistes, célébrités) à ne pas utiliser cette métaphore « c’est de la religion », même si l’expression illustre bien ce qu’est une religion :

une manipulation des crédules, des ignorants et des fragilisés et un fanatisme sans réflexion.

réf. l’oeuvre complète de notre compatriote, Normand Rousseau.

Jacques Légaré,
ph.d. en philosophie politique.

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MBC est une gloire pour le Québec, car il est un homme de réflexion, de débat et de hauteur par sa formation solide dont il a la force morale de ne pas descendre.

Opposé à lui sur sa position de fond, je tiens pourtant à l’honorer pour son courage à tenir tête aux fascisants qui ont voulu interdire sa parole lors d’un débat public.

Je déplore de MBC sont droitisme chrétien ou catholique. Humaniste sincère, il n’a guère approfondi sa réflexion sur notre « héritage et identité » catholique et française.

Il est souverainiste, partisan même du Parti Québécois, il piétine dans cette option qu’il pourrait renouveler. Moi aussi, péquiste avec René Lévesque durant ma jeunesse, j’ai évolué vers un fédéralisme qui serait construit par tous les souverainistes canadiens !!! Impossible pour toute personne sans imagination qui reste collée aux schèmes anciens.

MBC me connaît, je lui écris souvent (ayant son ad-courriel). Mais il me snobe. Il m’a même interdit de lui écrire. Ce que je refuse à tout personnage public. Si tu montes aux créneaux publics, tu t’exposes, tu t’obliges à débattre avec tous, sous réserve de politique et de qualité argumentaire, respectueuse de la dignité de ton compatriote et opposant.

MBC m’a claqué la porte au nez. Tout comme un prof de Laval, co-auteur avec Charles Taylor d’un mauvais bouquin pour contrer la laïcité en tentant de la manipuler (ils veulent une laïcité inclusive, boîte pleine de trous pour pleine liberté à tous les courants religieux rotant dans l’espace public).

MBC n’est pas de cette farine, mais son droitisme et souverainisme tout respectables demeurent limités.

Jacques Légaré,
ph.d. en philosophie politique.

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Pour moi, une religion c’est un ensemble de croyances fondées sur la foi plutôt que sur des données empiriques. Nous avons tous des croyances qui ne s’appuient pas sur des données empiriques mais ce n’est que lorsque qu’on baillonne ou qu’on punit ceux qui ne les partagent pas qu’elle me rappellent la religion.

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Et si cette utilisation à outrance de la « religion » ne faisait qu’à noyer un lien réel entre religion et nationalisme au Québec?? Beaucoup ont pu relever l’usage d’un vocabulaire religieux par nombre d’idéologues nationalistes québécois.. Nombre d’entre eux ont été formés par des théologiens. La Révolution tranquille et le rejet de la religion ont créé un vide que certains nationalistes se sont activés à combler. De « l’enfer est rouge, le ciel est bleu » (Duplessis) au nouveau cours sur la citoyenneté québécoise à saveur de petit catéchisme (Legault), les relents de la religion sont encore perceptibles. Quand on entend un Lucien Bouchard parler de l’indépendance et faire référence à la « Terre promise », on ne peut être accusés de vouloir tuer le débat quand cette évocation est reprise des textes bibliques. Bock Côté quant à lui utilise un ton dogmatique, tels nos anciens curés du haut de leur chaire. Qui plus est, il est convaincu de posséder la Vérité!! Le nationalisme à la Bock Cöté carbure à la doctrine Lionel Groulx.. Oui, la référence à la religion est malheureusement utilisée à toutes les sauces par les temps qui courent. Bock Côté se sert lui même de ce stratagème … pour tuer dans l’oeuf toute velléité d’introspection sur la connotation religieuse qui ressort de son discours nationaliste, peut-être??

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Monsieur Niquet, ce qui pose problème ici, c’est peut-être essentiellement le manque de vocabulaire des personnes en cause. Dans les interventions susmentionnées, histoire d’en éclairer le sens, remplacez le mot « religion » par le mot « dogme » (beaucoup plus précis et exact) et ses dérivés, au besoin (dogmatisme, dogmatique).

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C’est devenu une «religion».
WOW! Quelle belle expression! Tiens-toi, dans les dents!
Une expression simple, magique qui résume généralement bien une situation où l’on va trop loin. J’y vois plutôt une expression de sagesse populaire et de gros bon sens.
Pas une façon de tuer un débat souvent interminable mais une façon d’exprimer un ras-le-bol de la majorité silencieuse se protégeant des jusqu’au-boutistes de la cause en question?

C’est devenu une «religion»!
Quand on le dit, ça veut dire: Aie! Bonhomme, reviens sur terre!
Ce qui est dénoncé par cette simple expression, c’est aussi l’idéologie extrémiste oppressive, le discours excessif, l’argumentation dogmatique, l’intolérance, le culte, les sermons sans fin à sens unique et la propagande par des bonzes dans leur tour d’ivoire.

C’est devenu une «religion»!
Si on me dit que j’en fait une «religion», c’est un signal qui m’invite à la modération, à l’écoute, à la remise en question et à l’ouverture d’esprit.

Les fervents apôtres des «religions» répandent souvent l’obscurantisme, la haine, la violence et le rejet de ceux qui ne pensent pas comme eux.
Le lobby républicain des armes à feu aux USA, y en font une «religion» de plus en plus irrationnelle!

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