À chaque génération un peuple nouveau?

En cette ère de mondialisation, les différentes générations ne partagent pas nécessairement la même vision des choses.

Pour les jeunes Britanniques, et pour les politiciens qui incarnaient leur vision, il y aura bien des leçons autres qu'économiques à tirer de ce référendum. (Photo: Dylan Martinez/Reuters)
Pour les jeunes Britanniques, et pour les politiciens qui incarnaient leur vision, il y aura bien des leçons autres qu’économiques à tirer de ce référendum. (Photo: Dylan Martinez/Reuters)

«Le peuple a parlé.» On a beaucoup entendu cette phrase dans la foulée du référendum du 23 juin sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne. Mais bien des jeunes Britanniques ont dû se demander de quel peuple on parlait.

Leur «peuple» à eux est cosmopolite, urbain, européen, hyper-branché… Le «peuple» qui a voté pour la sortie est plus âgé, plus pauvre, plus rural, moins multiculturel.

Que voilà une manifestation claire de la célèbre phrase du penseur français Alexis de Tocqueville, qui date pourtant du XIXe siècle: «Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau.»

Bien sûr, les jeunes vivent sur le même territoire que leurs aînés. Bien sûr, ils sont soumis aux mêmes lois et partagent une langue commune. Mais forment-ils encore un «peuple» avec eux? Partagent-ils une civilisation commune? Une communauté de destins? Une même origine ethnique? Une même religion? Tous ces éléments qui faisaient partie hier encore de la définition d’un peuple sont aujourd’hui mis à mal par les transformations démographiques et l’explosion des modes de communication.


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Les jeunes Anglais urbains ont souvent plus en commun avec les jeunes de Milan ou de Francfort qu’avec leurs concitoyens des zones rurales touchés par le chômage et effrayés de ne plus se sentir chez eux dans leur pays.

Ce peuple qui a rejeté l’Union, les jeunes le connaissent peu, ou mal. Et parfois, ils le méprisent. Les algorithmes qui leur transmettent sur Internet toujours plus d’opinions avec lesquelles ils sont d’accord leur enlèvent-ils l’occasion de comprendre cet «autre» aux côtés de qui ils vivent et qui ne pense pas comme eux? La démocratie référendaire vient de leur rappeler qu’ils ont eu tort de négliger l’opinion de ces gens attachés à leur identité.

Les jeunes Britanniques ne sont toutefois pas les seuls dont le pays est déchiré par des tensions similaires. Les prochains mois seront riches en manifestations de cette fracture, qu’il s’agisse de l’élection présidentielle états-unienne — traversée par des tentations protectionnistes — ou de la perspective que l’Écosse quitte le Royaume-Uni pour rester dans l’Union.

Les fêtes nationales — Canada le 1er juillet, États-Unis le 4, France le 14 — alimenteront bien des conversations entre jeunes et moins jeunes.


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Les souverainistes du Québec ne le savent que trop bien, eux qui peinent à susciter chez les nouvelles générations de l’enthousiasme pour leur projet d’indépendance.

Les plus jeunes n’ont pas connu l’oppression linguistique et économique. Ils n’ont pas vu leurs parents être humiliés par le contremaître unilingue anglais. Ils n’ont pas vibré à 20 ans dans les grands rassemblements de la Fête nationale. La diversité culturelle ne les effraie pas. Leurs expériences formatrices à l’adolescence ont peu à voir avec la survie du peuple francophone d’Amérique… et beaucoup avec une hyper-connectivité mondiale. Ils sont un peuple nouveau.

Justin Trudeau incarne pour eux nombre des valeurs auxquelles il fait bon s’associer: le bilinguisme, l’égalité des sexes, la défense de l’environnement, l’internationalisme, l’ouverture à l’autre, la diversité culturelle et sexuelle, même la famille nombreuse! Le Canada, à bien des égards, a le vent dans les voiles. Même si sa loi C-20 — qui ne reconnaîtrait pas automatiquement la validité d’un référendum gagné à 50 % + 1 — semble aujourd’hui bien peu démocratique en comparaison de l’expérience britannique. Dure, dure, la démocratie.

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“Partagent-ils une civilisation commune? Une communauté de destins? Une même origine ethnique? Une même religion? Tous ces éléments qui faisaient partie hier encore de la définition d’un peuple sont aujourd’hui mis à mal par les transformations démographiques et l’explosion des modes de communication.”

Selon cette définition il s’agit plutôt de deux générations et certes beaucoup plus lointaine qu’un simple “hier”. Les années 70 ont marqué au fer rouge, tout ce qui prévalait auparavant. La conception de l’individu, de la famille, du travail, de la soi disant appartenance, le taux de natalité, l’indifférence envers l’éducation des jeunes, du respect d’autrui et de ses biens et tant d’autres éléments se sont manifestés durant le cours des 30 à 40 années suivantes.

Malheureusement, sans préceptes solides ni vision à long terme, la grande majorité des jeunes d’aujourd’hui furent immerger dans la supercherie d’un “star system” qui s’applique aujourd’hui à tous les domaines et non seulement au simple domaine des arts.

Nous aurions cru que les individus qui étaient reconnus pour les personnes qu’ils connaissaient, était une chose de passé, c’est tout à fait le contraire, mais la réalité de “bourgeoisie” d’après guerre fut remplacée par une réalité de “nouveaux riches” (parvenus) assise sur une fortune de dettes luxueuse dont “conserver les apparences” n’a jamais été aussi authentique.

Je vous rappelle, madame Beaulieu que votre assertion comme suit : “Les plus jeunes n’ont pas connu l’oppression linguistique et économique. Ils n’ont pas vu leurs parents être humiliés par le contremaître unilingue anglais.” est fausse, il s’agit de leur grand-père et arrière-grand-père puisque les jeunes de moins de 20 ans ont comme père, des adultes de 40 à 50 ans.

Votre mot “humilié” est très fort, il s’agit plutôt d’un détachement de la part des personnes de langue anglaise beaucoup mieux scolarisées pour une populace francophone qui ne savait à peine écrire.

Ce n’est que lorsque monsieur Jean Lesage fut au pouvoir que les études primaires furent accessibles et obligatoires en 1962 et deux années de secondaires en 1966 quoique gratuite demeura volontaire.

Comment voulez-vous accéder à des postes plus importants si vous ne savez pas écrire ? Le secondaire pour tous fut réalité qu’en 1968 sous monsieur Jean Jacques Bertrand. Les seuls à pouvoir contempler des études secondaires auparavant devaient faire leur cour “classique” mais il était réservé aux “premiers” du primaire et dont les parents pouvaient payer les études sous l’emprise du clergé.

Pendant ce temps, le secondaire (5 années) était obligatoire dès 1953 pour les anglophones de confession Anglicane ou Protestante. De fait, deux mondes qui ne se ressemblaient pas.

Natif de Ottawa, j’ai débuté mes études primaires à l’âge de 5 ans alors que la norme chez les francophones était 6 ans.

Lorsque vous crachez sur les anglophones, ayez à tout le moins des faits pour prouver le contenu de votre diatribe et non de répéter les longues et lancinantes faussetés véhiculées par les péquoistes dont les jeunes et moins jeunes ne veulent pas suivre car s’ils sont mal instruits, ils ne sont pas dupes.

J’imagine qu’avec les répercussions du Brexit, les Québécois y penseront par deux fois avant de se séparer du Canada et rester avec leur dette faramineuse et une économie chancellante depuis trois décennies basée sur la foresterie alors qu’il n’y a plus un arbre à couper, la pêcherie où les poissons sont aux couches et l’industrie minière qui a de plus en plus de concurrent et dont les mines Québécoises sont de toutes façons entre les mains de puissances étrangères.

« La faiblesse des démocraties, c’est qu’il leur faille, trop souvent, se renier pour survivre. » — Jean Rostand

Les récents évènements qui se sont produits encore ces dernières heures à l’encontre de la communauté noire aux États-Unis, démontrent une fois de plus le genre de fractures auxquelles sont confrontées ces « modèles » misérables que sont devenues les démocraties.

La fracture est non seulement raciale, elle est aussi sociale, religieuse, même sexuée et sexuelle.

Le vote sur le Brexit, ne démontre pas qu’il y ait une fracture entre les jeunes et les vieux, les urbains et les campagnards, pas plus que cela ne démontre que les britanniques en général toutes générations confondues, qu’ils veulent quitter l’Europe. Ce sont des européens et ce sont nos frères d’armes.

Tout ce que cela démontre, c’est qu’il existe exactement les mêmes tensions au RU qu’elles existent aux USA. Simplement nos voisins du Sud privilégient la violence, lorsque les politiciens britanniques choisissent les bonnes vieilles méthodes des « wedge politics ». Encore que lors de ce référendum qui carrément fait honte à la démocratie, du sang innocent, celui de Jo Cox aura été inutilement versé. Il crime qu’il faut bien attribuer aux fascistes de UKIP.

Ces politiques de la division, nous les pratiquons ici aussi allègrement au Canada, lorsque Justin Trudeau n’a pas été long pour en faire l’emploi. Preuve que son intelligence politique était tout aussi innée que celle de son père.

Ainsi pour continuer d’exercer le pouvoir aveuglément sans le moindre discernement, on se sert même chez nous, de la démocratie — au lieu de servir et de se mettre au service de la démocratie -, en divisant les gens. Ces politiques qui consistent à manipuler la population tout en la tassant dans les coins. Ce qui donne plus de place à celles et ceux qui désormais ont tout et n’ont besoin de rien.

Les jeunes évidemment achètent cela parce qu’ils sont jeunes, parce qu’ils voient du neuf dans ce recyclage, parce qu’il sont passés par le philtre de l’oubli qui donne l’ignorance de son ancien karma. Surtout parce que les politiciens ne veulent pas que les jeunes et les moins jeunes méditent sur leurs existences charnelles passées. Après tout, le corps ce n’est encore qu’un objet.

L’Europe d’aujourd’hui a largement contribué à rendre possible au 1% de la population de disposer de plus de richesse que la planète toute entière à toutes fins pratiques n’en détient. Elle a rendue socialement acceptable le nouvel esclavage des temps modernes, la soumission à l’ordre absolu de ceux qui détiennent les cordons de la bourse, lesquels ne sont pas des élus.

J’aimerais qu’on m’explique en quoi cette Europe 2016 est cette Europe des peuples dans laquelle toutes les européennes et les européens se donnent la main, pour vivre dans l’amour, dans le respect, dans la paix, dans un vaste espace économique dédié qui aurait dû éradiquer toutes formes de chômage et discriminations sociales depuis près de 30 ans. Une Europe dans laquelle les chances seraient égales pour tous les européens.

Mais bien sûr grâce à twitter, facebook, uber-x et quelques autres trouvailles virtuelles, la jeunesse du monde devrait bientôt vivre le bonheur parfait d’autant plus aisément qu’elle pourrait prochainement se voir distribuée toutes les drogues gratuitement (on commence avec la Marie et le reste suivra). Tout cela au grand damne d’ailleurs de Wall Street qui pourrait dans ce cas ne pas prendre sa « commission » pour engranger de « nouveaux » profits.

Le beau rêve de Timothy Leary de verser des milliards de litres de LSD dans les aqueducs de toutes les municipalités devrait avant peu pouvoir être réalisé ; pour ainsi rendre la vie atroce ou supportable (c’est selon) aux 99% restants de damnés qui peuplent cette petite planète sale, nauséabonde, en permanente décomposition qu’est à toute fins pratique notre mère nourricière : la Terre.

Quant à moi, je dois bien l’admettre, j’ai bien hâte de pouvoir en finir vite, de préférence « dans la dignité » sous supervision médicale tout aux bons frais des largesses qui de la naissance jusqu’à la mort nous sont ainsi prodiguées en toute probité par l’État. Pourquoi vouloir se forcer à vivre dans un monde dans lequel on ne se retrouve décidément pas ?

À chaque génération un peuple nouveau ? Tu parles d’une découverte de l’eau bouillante ! Benedetto Croce expliquait déjà cette évidence dans ‘L’HISTOIRE COMME PENSÉE ET COMME ACTION’ (1938). Le peuple italien de 1890 n’est plus le même peuple italien qu’en 1860, pas le même peuple en 1920 qu’en 1890, et ainsi de suite, et il en va de même de tous les peuples depuis que le monde est monde, puisque un peuple est « un fait spirituel et historique, donc perpétuellement en devenir ».