À la chasse aux fossiles cet été ? Pas si vite !

Au cours d’une promenade, vous tomberez peut-être sur un fossile. Avez-vous le droit de le cueillir ? A-t-il une valeur ? Petits rappels pour éviter les pépins.

Découverte de fossiles lors d’une randonnée dans la carrière Walcott, située dans les Rocheuses canadiennes en Colombie-Britannique. Photo : Mary Caperton Morton

Le 27 avril dernier, un collectionneur de fossiles de Chambly a écopé d’une amende de 20 000 dollars et s’est vu imposer un couvre-feu d’une durée de cinq mois. Ses délits : collecte de fossiles dans un parc national et trafic de fossiles.

Deux ans plus tôt, le collectionneur s’était rendu dans les Rocheuses, au parc national Kootenay, à cheval sur l’Alberta et la Colombie-Britannique. Il avait marché jusqu’à une formation géologique appelée schistes de Burgess et y avait prélevé au moins 45 fossiles. Lorsqu’un témoin a dénoncé l’acte, des gardes de Parcs Canada, la GRC et la police de Longueuil ont été alertés : ils ont mené l’enquête, dépisté l’homme, saisi ses trouvailles et lancé des procédures judiciaires. L’homme a plaidé coupable ce printemps.

Cela signifie-t-il qu’il faille s’abstenir de toucher tout fossile qu’on peut trouver ? Pas nécessairement. Dans ce cas-ci, les sanctions sévères s’expliquent par le fait que les fossiles ont été cueillis dans un parc national (et qu’il ne s’agit pas de fossiles banals — voir encadré). Les parcs sont voués à la conservation. Pour les parcs fédéraux par exemple, l’article 10 du Règlement général sur les parcs nationaux est clair : « Sauf sur permis, nul ne peut enlever, mutiler, endommager ou détruire les matières naturelles ou la flore, même s’il s’agit de plantes mortes. » Ici, « matières naturelles » désigne autant la terre, le gravier, le sable, la pierre et les minéraux que les fossiles. Même chose pour les parcs de la Sépaq. Bref, dans un parc national, ou dans tout autre lieu protégé comme un géoparc, vous ne pouvez rien prélever. Ne prenez donc aucun risque.

Mais si vous tombez sur un fossile ailleurs que dans un parc ? « Tout dépend de l’endroit où vous le découvrez, explique Jean-Marc Éthier, collectionneur de fossiles et paléontologue amateur très érudit. Des fossiles trouvés sur un terrain public qui ne fait pas l’objet d’une protection spéciale, par exemple une plage municipale, peuvent très bien être cueillis et gardés. » Un renseignement que confirme Richard Cloutier, paléontologue et professeur à l’Université du Québec à Rimouski.

« Sur un terrain privé, comme une carrière, il faut demander l’autorisation au propriétaire, car légalement, les fossiles lui appartiennent », poursuit Jean-Marc Éthier. Ici, c’est la Loi sur les mines qui prévaut et qui stipule que les « ressources minérales » (dont les fossiles devraient faire partie, puisqu’ils se forment dans la roche) du sous-sol appartiennent à l’État, alors que celles qui sont en surface et dans les roches sédimentaires de surface sont incluses dans la propriété privée. Aucun prélèvement n’est toutefois permis sur les sites géologiques classés exceptionnels par le gouvernement.

Une fois votre petit trésor cueilli légalement, vous pourrez le préserver comme souvenir de voyage. À moins que des questions ne vous assaillent : et si c’était un fossile très rare ? Et s’il s’agissait d’une nouvelle espèce de trilobite encore inconnue de la science ? Vaut-il la peine de l’apporter dans un musée ou un institut pour contribuer à la recherche ? Comment savoir ?

En règle générale, le Québec a été largement fouillé et les gisements fossilifères de grande importance scientifique ont déjà été trouvés, et bien souvent protégés. Les probabilités que, dans un endroit fréquenté, vous ayez déniché LE fossile qui va révolutionner la paléontologie sont minimes. Mais rêvons un peu…

« Si votre fossile peut être facilement prélevé, par exemple s’il se trouve sur un galet sur une plage, ramassez-le, prenez le plus de notes possible sur le lieu de la découverte, et montrez-le à des gens qui s’y connaissent, explique Jean-Marc Éthier. Il existe des pages Facebook où des collectionneurs d’expérience se font un plaisir d’identifier les fossiles. Il suffit de publier quelques photos. » Il y a notamment le groupe Société de paléontologie du Québec, ou encore le Musée de paléontologie et de l’évolution. Pour aider les identificateurs, précisez où vous avez fait la découverte et incluez sur les photos un objet du quotidien — clé, pièce de monnaie, crayon —, ce qui permettra d’avoir une idée des dimensions du fossile.

Si les amateurs ne parviennent pas à savoir de quoi il s’agit, ou s’ils vous disent que vous avez quelque chose de rare entre les mains, tournez-vous vers un professionnel dans une université ou un musée. « Scientifiquement parlant, un fossile perd beaucoup de ses informations lorsqu’il est retiré de la formation rocheuse où il a été formé, explique Richard Cloutier. La position dans laquelle il a été fossilisé, les autres spécimens de son espèce et les autres espèces fossilisées à proximité, l’allure des dépôts sédimentaires dans ce secteur, les coordonnées géographiques précises : toutes ces informations peuvent aider à reconstituer l’écosystème et le mode de vie de l’animal. Sur le terrain, quand on fait des fouilles et qu’on prélève des fossiles, on enregistre tout méthodiquement. On note la position de l’animal, sa hauteur dans les strates rocheuses, son orientation spatiale… On le met dans notre sac accompagné de plusieurs notes pour faciliter les analyses futures. Pour la paléontologie, un fossile sans toutes ces informations est un fossile incomplet. Mais c’est mieux que rien. »

Analyser un fossile sorti de son contexte géologique, c’est comme enquêter sur la victime d’un meurtre sans avoir accès à la scène de crime : de nombreux indices importants demeurent inconnus, ce qui peut empêcher de résoudre l’affaire. Bref, si votre trouvaille est encore coincée dans la pierre d’une falaise, il est préférable de la laisser sur place et de prendre des photos. Si elle a une valeur scientifique, les chercheurs seront bien contents d’y revenir et d’accéder à toutes les données secondaires. Sans compter que tenter de casser la pierre au marteau pour extraire un fossile, c’est risquer d’endommager le fossile.

Et si vous trouvez une pièce lors d’un voyage à l’étranger, pouvez-vous la rapporter ? « Il faut essentiellement s’assurer de connaître et de respecter les lois des pays visités, explique Jean-Marc Éthier. Si certains n’en ont à peu près pas, d’autres ont des règles très strictes. Vous risquez de graves problèmes au moment de quitter le pays si on découvre des fossiles en votre possession. » Même ici, à votre retour, les agents sont conscientisés au sujet des importations de fossiles et peuvent sonner l’alarme auprès des pays concernés s’ils repèrent des choses suspectes dans vos bagages.

Le Québec est riche en fossiles. La Côte-Nord, par exemple, abonde en coquillages et autres animaux qui vivaient à la fin de la dernière glaciation, il y a environ 10 000 ans. La Gaspésie compte de nombreuses formations géologiques de quelques centaines de millions d’années remplies de trilobites, de coraux et de brachiopodes. Même le roc sous Montréal est fossilifère. Cet été, ouvrez l’œil : vous pourriez faire quelques belles découvertes… en toute légalité !

L’unicité des schistes de Burgess

Dans le monde de la paléontologie, les schistes argileux de Burgess sont un lieu quasi sacré. Les archéologues ont leurs grandes pyramides d’Égypte et Pompéi, les paléoanthropologues ont la grotte de Lascaux, et les paléontologues ont Burgess. La formation rocheuse renferme des fossiles d’une importance capitale. Ces animaux ont été fossilisés il y a 508 millions d’années, ce qui est deux fois plus vieux que les plus anciens dinosaures. Ce sont parmi les premiers êtres vivants composés de plusieurs cellules. Ces fossiles sont donc les témoins d’une étape majeure de l’évolution de la vie sur terre. On trouve à Burgess plein d’espèces différentes, avec des formes corporelles étranges et parfois difficiles à interpréter. Ce sont les ancêtres des grands groupes d’animaux qui existent aujourd’hui et de quelques groupes disparus.

Déjà protégés dans des parcs fédéraux comme Kootenay et Yoho, les schistes de Burgess ont une telle importance scientifique que l’UNESCO a inscrit le site sur la liste du patrimoine mondial en 1980.