À l’école du «nous»

La commission scolaire la plus multiethnique du Québec n’a pas attendu la Charte des valeurs québécoises pour réfléchir au «vivre-ensemble».

La commission scolaire la plus multiethnique du Québec n’a pas attendu la Charte des valeurs québécoises du gouvernement Marois pour réfléchir au «vivre-ensemble». À la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), à Montréal, dont les 50 000 élèves proviennent de 175 pays et sont allophones dans une proportion de 60 %, des balises encadrant les demandes d’accommodement religieux existent déjà. Et de nouvelles propositions sont à l’étude pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants, résultat d’un vaste remue-méninges collectif que la CSMB mène depuis un an sur la question : «comment vivre ensemble en français?». «Ça fait au moins 20 ans qu’on gère la multiethnicité. C’est dans nos mœurs, dit la présidente de la CSMB, Diane Lamarche-Venne. Mais la mosaïque change. Alors pendant qu’on n’est pas en crise, on a décidé de consulter notre monde sur le terrain pour voir ce qu’on pouvait faire de mieux.»

Au cours des derniers mois, lors d’ateliers de discussion animés par l’Institut du nouveau monde, des enseignants, éducateurs de garderie, directeurs et autres intervenants se sont retrouvés à la même table pour échanger sur les écueils de l’intégration et imaginer des pistes de solutions. Près de 400 membres du personnel ont ainsi été sondés. Les dizaines de propositions qui en sont ressorties inspireront le nouveau «plan stratégique» de la Commission scolaire, qui sera dévoilé l’été prochain.

Le port des signes religieux? Le sujet n’a même jamais été soulevé durant la consultation, rapporte Diane Lamarche-Venne, qui s’explique mal pourquoi le gouvernement lui accorde autant d’importance dans sa Charte.

Les préoccupations du personnel de la CSMB sont tout autres. L’implication des familles étant cruciale pour la réussite des enfants, on veut notamment multiplier les efforts pour se rapprocher des parents (en favorisant le recours à des agents de liaison, par exemple) et améliorer l’accès aux cours de francisation pour Papa et Maman. Le personnel se dit aussi particulièrement démuni devant la tâche de transmettre aux nouveaux arrivants un sentiment d’appartenance à la société québécoise et une connaissance de sa culture qui ne soit pas figée dans le folklore. «Ce qu’on a entendu, c’est qu’il faut des balises pour les guider vers notre culture québécoise. On va accompagner des projets spéciaux pour aller chercher une culture du « nous », où ce n’est pas « eux et nous », mais « nous tous », ensemble.» Cette année, plusieurs établissements scolaires auront leur comité du «nous», formé d’élèves et d’enseignants, responsable d’organiser des activités qui mettent en valeur le caractère à la fois métissé et rassembleur de la société québécoise.

Quant aux demandes d’accommodements religieux du personnel – que la Charte des valeurs propose également d’encadrer – la CSMB a déjà sa marche à suivre pour y répondre, guidée par la jurisprudence. Si elles exigent une contrainte excessive, elles sont refusées. Si un employé demande un local de prière sur son lieu de travail, par exemple, on consentira si l’espace le permet (ce qui n’est pas le cas dans certaines écoles surpeuplées), et c’est une salle de recueillement au sens large qui sera aménagée. En ce qui concerne les congés religieux, ils ont disparu du vocabulaire depuis la négociation d’une nouvelle convention locale avec le syndicat, le printemps dernier. «Lors de certaines fêtes religieuses, on pouvait perdre jusqu’à 10 enseignants à la fois dans une école. Cette notion n’existe plus chez nous. On a remis ces congés dans la banque des congés pour affaires personnelles accessibles à tous les employés.»

Vivre ensemble en français? En cas de doute, copiez sur les enfants, conseille la présidente. «Pour moi, c’est le bel exemple à suivre. Écoutez nos jeunes qui, eux, ont grandi dans la diversité et ne voient pas de problème.»

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Radio-Canada nous a montré récemment un reportage sur cette CS.
On y voyait une Russe, parlant avec un fort accent russe, qui enseignait aux enfants d’une classe d’accueil!
Est-ce qu’il y a d’autres pays au monde où on demande à des immigrants d’enseigner aux enfants immigrants la langue nationale?

Tout à fait! Nous pouvons penser aux États-Unis, à la France et tout autre pays industrialisé où une politique d’accueil pour les nouveaux immigrants est bien implantée. Plusieurs immigrants ont appris la langue française bien avant de s’installer au Québec. Ces gens diplômés et bien intégrés parlent souvent mieux le français que plusieurs québécois qui enseignant leur langue maternelle. Il n’est donc pas surprenant et même plutôt encourageant de constater cet apport des néo-québécois à la culture québécoise.

Dont la Turquie, pays à grande majorité musulmane. C’était une décision constitutionnelle prise par les fondateurs de la République. C’est seulement depuis que le Président actuel à commencé à démanteler cette séparation rigoureuse de l’État et de la religion que les troubles ne cessent de croître en Turquie.

J’espère qu’on invitera de plus en plus de maghrébins à enseigner le français à nos enfants: ceux-ci maîtrisent mieux la langue française que nos disciples du « quand qu’on ou du çà l’a… ».

Contraintes excessive , si l’espace le permet etc etc
C’est ça le problème dans une établissement on dit oui dans l’autre ont dit nom dépendant de la personne qui décide ,celle qui dit nom devient une raciste parce que ça se fait ailleurs et que le précédent a été créé
Il faut éviter ça a tout prix , la religion a la maison

La Charte ne met aucunement l’emphase sur le port des signes religieux. Elle met simplement des balises afin de ne pas heurter la sensibilité de la majorité. Cependant, elle peut être amendée afin de n’assujettir cette obligation qu’aux personnes ayant un pouvoir de coercition.

En France, les signes religieux sont interdits dans les établissement scolaires afin de donner une chance à tous les enfants de sortir de leur communauté et d’apprendre en premier ce qu’être un Français émancipé et moderne. Copier des enfants? Ils ne font que suivres les règles des adultes…

Il semble qu’il s’est fait beaucoup plus de travail de réflexion dans cette école que dans l’ensemble du gouvernement québécois. C’est sans doute normal, un gouvernement qui dispose d’une fonction publique qui ne reflète pas la diversité de sa population ne peut pas apprécier les enjeux qui s’y manifestent. Il est vrai qu’on aurait pu avant de proposer la charte aux valeurs indigènes et une chasse aux sorcières, des études poussées pour bien cerner la situation, mais à l’évidence, le PQ ne l’a pas fait. « Don’t bother me with facts, my mind is made up ». Je traduis pour madame Marois, qui se reconnaîtra dans cette phrase: « Ne me dérangez pas avec des données d’enquête, mon idée est bien arrêtée! »

La charte a justement pour objet de mettre des balises pour les accomodements en « codifiant » les critères décisionnels de la jurisprudence pour aider tous les décideurs, comme cette commission scolaire l’a fait, en les adoptant.

On n’a pas besoin d’une charte pour cela, mais d’un simple vade-mecum à l’usage des fonctionnaires. Mais on préfère apparemment donner beaucoup d’ampleur à une politique qui sent l’électoralisme à plein nez.

J’ai travaillé dans 3 commissions scolaires dont quelques années à la CSMB, jusqu’en juin dernier. J’ai été ébahie par le dynamisme de ses écoles et le professionnalisme du personnel, toutes catégories. Les enfants, une vraie société des nations, sont très motivés à apprendre et poursuivre de bonnes études. Ils parlent français ou l’apprennent dès leur arrivée grâce aux moyens mis en place par la CSMB. Les parents coopèrent activement avec le milieu scolaire. Je rêve en couleur, penserez-vous? Non. Pas du tout. Je l’ai vu, je l’ai vécu. Parmi tous ces gens, j’ai croisé régulièrement des femmes portant le foulard, que ce soit parmi le corps professoral, celui du service de garde, du personnel de soutien et aussi chez les parents. Sincèrement, je n’ai jamais senti aucune tension. C’est la compétence des unes et des autres qui prime à la CSMB.

Je les salue bien bas.

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