À qui appartient l’Histoire ?

La question qu’il faut se poser, bien au-delà de la valeur intrinsèque de chaque statue qui tombe, est : mais à qui revient-il de juger de la valeur de l’Histoire ?

Photo : Daphné Caron

Samedi, la statue de John A. Macdonald est tombée sous les coups de manifestants, place du Canada à Montréal. On a déjà tout raconté à ce sujet, mais cet événement est l’arbre qui cache la forêt, la statue qui cache l’Histoire…

Ce n’était pas la première fois qu’on s’attaquait à l’effigie du père fondateur du Canada, l’inventeur des pensionnats autochtones, l’assimilateur, celui qui aura eu la peau du chef métis Louis Riel. Ces derniers mois, elle avait reçu des litres de peinture. Elle avait été déboulonnée à l’époque du Front de libération du Québec, décapitée en 1992 pour l’anniversaire de la pendaison de Riel.

Tous ces gestes dépassent la figure détestable, mais indiscutablement historique et importante de Macdo. On a récemment rebaptisé la rue Amherst à Montréal, on renomme les livres comprenant le mot nègre dans leur titre, on repasse le passé colonial à la moulinette. Ici comme ailleurs, ce n’est pas fini. Car en cette époque post-confinement, partout, nous assistons à une accélération de l’Histoire. Avec la campagne présidentielle chaotique aux États-Unis, les suites des manifestations liées au mouvement Black Lives Matter, les protestations conspirationnistes, un peu partout, des certitudes sont bousculées, des évidences chahutées par plusieurs groupes au sein des sociétés. L’Histoire s’emballe, des bouleversements surviennent, pour le meilleur et pour le pire. Bien des choses changeront, durablement.

La question qu’il faut se poser, bien au-delà de la valeur intrinsèque de chaque statue qui tombe, bien plus loin que ce qu’il convient de faire avec ses restes — la restaurer à l’identique ou la contextualiser au musée — est : mais à qui revient-il de juger de la valeur de l’Histoire ? Est-ce aux franges les plus crinquées de la « wokitude » ou aux politiciens bien assis ? Est-ce à des vandales ou à des gouvernants élus temporairement de l’interpréter ?

Il n’y a plus aucun doute : l’Histoire s’écrit en ce moment sous nos yeux ébahis. Mais avec quelle encre voulons-nous la lire ? En typographie classique ou en lettres de feu ? Statu quo ou table rase ? Voulons-nous qu’elle soit privatisée, ou étatisée, ou rien de cela ? C’est de tout ça dont il est question ces temps-ci.

En ce moment, on voit, on vit les avancées, les reculs, les flamboyances, les exagérations, dans tous les camps idéologiques. L’Histoire est mise à mal, parce que peu perméable, par essence, aux relectures. Mais l’Histoire est aussi nécessaire. Mieux vaut la connaître, car c’est elle qui structure le présent, en bien ou en mal, quoi qu’on en pense. Pas un passé mythifié, une construction idéologique au goût du jour ou de l’époque, mais la vraie affaire.

Et l’Histoire, ça se sédimente, ça prend… du temps. Des discussions, de l’éducation collective, du temps, encore. Des inflexions données par les institutions, des discussions avec la rue. L’Histoire est ben maudite. Si on n’apprend pas d’elle, elle engendre de l’insatisfaction sociale périlleuse. Si on l’oublie, on peut tout faire avaler à un peuple. Si on l’abandonne aux extrémistes, ça peut virer au fascisme. L’Histoire doit être un socle à partir duquel discuter en permanence, mesurer le chemin parcouru, auquel on se fiera pour avancer.

Ici, on ne valorise pas le passé. Il est facile de déboulonner les statues. On ne s’étonne même pas qu’après tous les seaux de peinture déversés pendant des années sur la tête de la statue de Macdonald, la Ville n’ait pas réagi, probablement trop occupée par les pistes cyclables. Si on accordait une réelle importance à l’Histoire, on aurait mis sur pied des programmes, on aurait réuni des historiens, des sociologues, des chefs, des citoyens, des philosophes pour voir comment vivre avec les nouvelles réalités de la représentation de l’Histoire, avec dignité, ouverture et sens de la durée. Cent militants énervés ne décideraient pas seuls au nom du bien commun. La fermeture d’esprit boquée ne serait pas non plus de mise.

À qui appartient l’Histoire ?

Déroutés, excités, indignés, nous sommes sans repères face à l’accélération du présent. Ce que cet épisode nous dit, au-delà de tout, c’est à quel point il est important de remettre durablement, avec compassion, ferveur et équité, l’Histoire et le Savoir au cœur de nos apprentissages, de nos villes, de nos vies. Sinon, c’est celui qui criera le plus fort qui décidera pour la collectivité.

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L’histoire est toujours complexe car elle déclenche les passions. Elle peut très facilement être dénaturée, sortie de son contexte, pervertie, révisée et politisée. Elle est souvent détournée par celles et ceux qui exercent le pouvoir ou qui visent à l’exercer.

Au sens strict du terme, il ne peut exister d’histoire s’il n’est pas de recherche. On peut appréhender l’histoire de diverses façons. La vision marxiste de l’histoire fondée sur le matérialisme diffère grandement des visions plus classiques qui analysent le passage du temps de manière chronologique selon les évènements.

L’histoire est faite d’une grande variabilité et il y a les oubliés de l’histoire. Souvent l’histoire au moment présent se déconstruit par notre capacité d’oubli puis se reconstruit autrement sur les cendres de ce passé oublié.

Je pense que les actes de vandalisme en général, pas seulement les statues, mais encore les tombes dans les cimetières, les lieux de cultes, la dégradation de sites sacrés, etc. Tout cela relève de cette démarche qui consiste à faire table rase du passé.

Pourquoi ? — Parce que vivre avec son histoire, le bon comme le mauvais, cela agit sur la conscience, cela nous rend responsables de nos actes, cela nous force à porter le fardeau de celles et ceux qui nous ont précédé et cela d’une certaine façon devrait nous obliger autant que faire se peut à mieux agir dans le présent pour avoir un futur plus sain.

Nous vivons actuellement dans une époque qui est aux antipodes de la révolution, lorsque ce qui prévaut c’est l’instantanéité, la recherche constante de jouissances et de plaisir à un moment ou toute forme d’irresponsabilité est la clef pour vivre dans ce présent artificiel qui nous pervertit.

En 1992, je suis passé par Saint-Boniface (Manitoba) me recueillir sur la tombe de Louis Riel. Ce fut une très belle expérience à la fois spirituelle et ésotérique. Pourtant je n’ai jamais eu un seul instant désiré faire tomber la statue de John Alexander Macdonald malgré les traitements injustes réservés aux métisses.

Alors pour répondre à la question faite par Marie-France Bazzo. L’histoire appartient selon moi à celles et ceux qui peuvent vivre dans l’amour et dans l’harmonie avec tout ce que nous enseignent les expériences passées sans devoir jamais les juger.

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Merci à vous deux pour la question ainsi que votre réponse.
Il faut que nous débattions de ces questions nécessaires au grand jour dans un espace télévisuel qui reste à créer…

Monsieur Drouginsky, vous avez tellement raison. Votre texte me touche beaucoup tout comme celui de madame Bazzo. Je ne suis pas historienne mais ma passion est de comprendre le passé et le présent soit en un mot l’Histoire. De l’antiquité à aujourd’hui, l’humanité a vécu une multitude de bouleversements positifs et négatifs. Tout cela nous a amené à ce que nous sommes aujourd’hui. Justement oublier le passé ne permet pas de comprendre pourquoi nous sommes ainsi de nos jours. L’Histoire, l’Antropologie et l’analyse des sociétés sont intimement liés.

En 2010, je suis allée à Berlin. Les Allemands ne veulent pas revivre la période 1933 à 1945. Ils en ont honte. Cependant, quelle a été ma surprise lorsque j’ai vu les pancartes explicatives devant chaque endroit où il y avait un édifice nazi autrefois. Il y a même un musée construit sur les restes des cachots de la Gestapo, nommé la topograhie des terrors. Ce musée explique pourquoi le peuple allemand a suivi le Furher. Il magnifie le courage de ceux qui s’y sont opposé au risque de leur vie. Il y a un mémorial de l’Holocauste où des stèles noires de différentes grandeurs honorent la mémoire de toutes les victimes des camps de concentrations. D’ailleurs dans le musée intérieur, le nom de chaque victime est prononcé un par un sans interruption. Les 6 millions de victimes sont nommées. Pourquoi les Allemands font-ils cela? Parce qu’ils ne veulent pas oublier leur Histoire et ne pas répéter ce qui a été fait dans cette période noire de leur Histoire.

Il y a tellement d’exemples que je pourrais mentionner. Nous ne devrions pas oublier. Il faut mettre l’emphase sur l’éducation. Cependant comme vous le dites nous vivons dans une période où les besoins individuels priment sur la collectivité. Donc si un petit groupe de personnes décident qu’un symbole les agressent, ils agissent en le détruisant sans se poser la question si le reste de la société est d’accord. Cela est triste. Comme vous le dites si bien, l’Histoire appartient à ceux qui sont capables de comprendre avec le coeur et en harmonie avec les autres. Ceux-là peuvent comprendre le passé et ne pas le juger. Ils évoluent dans le présent en se souvenant du bon et du mauvais qu’il y a dans le passé. Ce sont eux qui construirons un société juste et équitable dans les valeurs de notre époque.

@ Merci aux Francine !

À Francine Gélinas pour ses aimables commentaires. À Francine Bélanger qui nous apporte son expérience avec les Berlinois et qui démontre que l’histoire, nous avons aussi la capacité de l’apprivoiser sans devoir obligatoirement faire table rase du passé.

Merci à toutes deux. C’est tellement plus agréable de pouvoir se dire des choses gentilles. Et merci aussi à madame Bazzo de pouvoir nous donner l’opportunité d’échanger sainement sur un sujet d’actualité.

Je n’ai jamais été un admirateur de MacDonald pourtant je me désole de ce déboulonnage. Ces actions ne sont basés que sur l’amertume et on ne construit rien sur l’amertume.

Que je suis d’accord avec ceci: »Ce que cet épisode nous dit, au-delà de tout, c’est à quel point il est important de remettre durablement, avec compassion, ferveur et équité, l’Histoire et le Savoir au cœur de nos apprentissages, de nos villes, de nos vies. Sinon, c’est celui qui criera le plus fort qui décidera pour la collectivité. », et ça demande du temps, de la réflexion, des échanges et des discussions respectueuses, toutes choses inconnues des extrémistes.

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Je vous rappelle qu’il y a au Canada plusieurs lecture de l’histoire.
Celle des peuples autochtones qui mériterait qu’on la fouille et surtout qu’on puisse voir son déroulement historique et p-e comprendrions nous la catastrophe humaine qu’ils ont vécu.
Pour ce qui est de l’histoire des deux peuples envahisseurs au Canada, je vous rappelle que l’histoire enseignée est différent que tu sois Quebecois francophone ou Canadien anglophone. Nous avons deux histoires, et à voir les manifestations de cette fds on voit des jeunes plutôt instruit par la version anglaise manifester contre unes honte canadienne.
Les francos ont depuis longtemps manifesté leur honte de ce personnage de notre histoire.
Bizarrement les anglos semblent enfin avoir compris qu’un des leurs était un raciste dénoncé depuis longtemps par les Québécois, pareil pour Amherst…et autres tristes sirs
Je vous rappelle les gestes racistes …
Le Canada britannique a été à l’origine des réserves ( apartheid ) des peuples amérindiens.
Etc.
Merci pour votre texte, intéressant.

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Je suis d’accord avec vous. Nous ne connaissons malheureusement pas ou très mal l’Histoire des peuples autochtones. Lorsque j’étais jeune, l’Histoire ,que l’on nous enseignait, était empreinte de la Religion catholique. Il y avait les « bons » et les » mauvais » Amérindiens selon leur allégeance aux Français ou aux Anglais. Ces peuples ont beaucoup souffert à cause des colonisateurs. Ils se sont fait dépouiller de leur territoire et de leurs droits. Ce personnage qu’est John A Macdonald leur a causé beaucoup de tort avec les pensionnat. Il faut enseigner l’Histoire à partir des faits objectivement. Malheureusement, il y a trop de subjectivité dans son interprétation.

Excellent texte surtout très pertinent, la question qui me vient à l’esprit chaque fois, à qui profite le crime? Qui a intérêt à laisser se détériorer la société. Ici je ne parle pas de conspiration. Je parle de responsabilité et d’obligation.

La responsabilité d’un gouvernement n’est-elle pas de protéger son histoire en bien ou en mal? N’est-il pas de s’assurer de la sécurité de sa population?

S’il ne le fait pas, il se produit ce à quoi nous assistons le chaos et la répétition de l’histoire. Qui nous contraint d’être témoins de ce que l’être humain a de plus vil en lui, la haine et la convoitise.

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Que veut dire exactement, «wokitude» ?

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Le fait d’être « woke », soit d’être sensibilisé aux enjeux d’injustices sociales et d’oppression systémique. Péché capital et crime de lèse-majesté aux yeux de tous les chroniqueurs qui « ne peuvent plus rien dire ». Terme souvent utilisé avec la morgue et la suffisance d’un Godard dans La Chinoise. Expressions fréquemment concomitantes : « le gauche radicale hallucinée », « les ayatollahs du multiculturalisme », « la gang des gender studies de Concordia ».

Oh my God! On se croirait en pleine révolution et on n’a jamais autant entendu parler de JAM depuis peut-être un siècle. Ah l’Histoire avec un grand H. Déboulonner est une activité propre à l’humain qui ne date pas d’hier. Le successeur du pharaon Akhenaton (ou Amenhotep IV) dont le règne fut autour de 1355 à 1337 avant notre ère a lui aussi « déboulonné » tout ce qu’Akhenaton avait fait sculpter dans la pierre. La pratique a continué mais on continue quand même à parler d’Akhenaton même si ses symboles furent oblitérés. Il est arrivé la même chose à certains dirigeants romains et ça fait partie de l’histoire de l’Histoire.

Revenons au mot « histoire ». Il a plusieurs sens et on peut raconter des histoires aux enfants ou encore se faire raconter des histoires. Ah mais quelle histoire ! Puis il y a l’Histoire et c’est curieux qu’on utilise le même mot pour des concepts plutôt opposés… Mais en fait ce n’est pas si bizarre car l’Histoire est souvent écrite ou raconté avec les lorgnettes de ceux qui l’écrivent ou la racontent. Exemple parfait : la cession du Canada à l’Angleterre. Pour les restants de Canadiens qui ne sont pas partis en France entre 1760 et 1763 lors du traité de Paris, c’était une catastrophe et leur version des batailles de la guerre de Sept Ans est colorée selon leur perspective. Les Anglais ont vu la chose bien différemment, et pour eux ils étaient des libérateurs non seulement des Canadiens qu’on soustraiyait au joug de la monarchie absolue de France mais aussi des Anglais de la Nouvelle-Angleterre qui étouffaient dans leur réduit qui était devenu trop petit pour leur population. Alors vint l’expansion vers l’ouest et les peuples autochtones qui vaquaient à leurs occupations habituelles, furent très surpris de se voir dépossédés de tout.

On voit bien qu’à la question « à qui appartient l’Histoire », la réponse est à tout un chacun ! Les francophones au Canada ont leur histoire, les anglophones aussi puis il y a les autres, les invisibles, les peuples autochtones. Mais pour les savants historiens, les autochtones ne font que raconter des histoires. C’est vrai, ce sont des cultures orales qui n’avaient pas l’habitude d’écrire et leur savoir était transmis oralement de génération en génération. Pour les Européens, ce n’était pas suffisant et on les a oubliés dans des « réserves ».

Sauf que dans les dernières décennies, dans les dossiers de revendications territoriales devant les tribunaux, un juge a dit que les témoignages des aînés n’étaient que des histoires… La Cour suprême du Canada ne l’entendit pas ainsi et constata que ces témoignages étaient valables et que dans leurs cultures c’est la manière de transmettre la connaissance historique (Delgamuukw c. Canada et BC). Qui plus est, avec les recherches archéologiques, on s’est rendu compte que ces « histoires » étaient vraies, plusieurs événements rapportés pouvaient être vérifiés sur le terrain (conflits entre nations, occupation du territoire, éruptions volcaniques, inondations, tremblements de terre etc.).

Alors, on peut respirer par le nez et passer à autre chose. JAM est un sinistre individu et il n’y a rien de sacré dans une statue qui a été érigée par son parti politique pour l’honorer. Le tort qu’il a causé aux peuples autochtones est indéniable et les francophones ont aussi l’honneur de partager son opprobre et on pourrait conclure que si JAM traitait les francophones du Québec de chiens, nous pourrions aussi dire de sa statue : les chiens aboient, la caravane passe…

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A qui appartient l’Histoire? Trop souvent aux idéologues qui la détournent pour faire avancer leur « Vérité ».. Alors que l’Histoire devrait plutôt être un socle « fiable » ..
Les « oubliés » de l’Histoire il en existe dans le récit mythique que nos historiens en ont fait..
Qui peut juger d’en exclure certaines figures?
Qui peut juger que des historiens rigoureux, tels les Marcel Trudel ou, encore aujourd’hui, Yves Lavertu, ne puissent récolter que du mépris de la bien-pensance nationaliste?
Qui peut juger que déboulonner certains mythes soit considéré comme condamnable??
En ce moment, l’histoire du FLQ est revisitée traitant sous un angle « sympathique » un épisode pas très glorieux de notre Histoire. Et la campagne de promotion du documentaire est, à mon avis, d’un goût douteux.
Pendant ce temps, l’Historien Yves Lavertu vient d’éditer un nouveau livre des plus éclairant sur le climat qui régnait dans le Montréal occupé par les forces armées canadiennes via la comédie musicale HAIR 70 « traduite pour le Québec », la tribu métissée du Québec.
Cette comédie qui réunissait des artistes diversifiés lève le voile sur la difficulté de l’intégration toujours très actuelle pour les « racisés ».
Pourquoi ce silence? Qui juge de taire la sortie de ce livre qui décrit un passage délibérément ignoré de notre histoire??
Les Québécois ne seraient pas assez intelligents pour se faire leur propre opinion?
Vivre avec son histoire c’est aussi en connaître le bon ou le mauvais.
Je trouve quelque peu ironique quand je vois certains idéologues s’offusquer du geste de vandalisme posé envers la statue d’un oppresseur! Un jour, c’était envers Wolfe, un autre jour on cachait la statue de Duplessis …
Et si on cessait d’ériger les statues de personnages historiques dans les lieux publics et qu’on les réservaient exclusivement pour les musées?

De l’utilité d’une statue honnie de tous
La vérité c’est qu’il y a autant de points de vue sur l’histoire que de témoins de cette histoire, que d’archives forcément biaisées par les témoignages, leur mise en forme et l’interprétation qu’en donnent les chercheurs, comme l’explique l’historienne Arlette Farge, ancienne collaboratrice de Michel Bourdieu et de Michel Foucault, l’a bien démontré dans son oeuvre. Il n’y a donc pas de vérité absolue en histoire mais des traces d’histoire et aucun texte, aucune commémoration ni aucun musée ne peut prétendre à la vérité qui évolue en fonction de la progression des recherches archéologiques et documentaires et aussi en fonction de l’évolution des valeurs de la société. Ceux qui détruisent les monuments s’imaginent s’inscrire dans l’histoire, alors qu’ils tentent plutôt d’arrêter l’histoire selon les valeurs de leur époque. Ils se trompent en ne faisant qu’effacer l’histoire qui est l’outil essentiel de la création de l’avenir. En ce sens ils se comportent comme les colonisateurs qui ont effacé l’histoire des occupants précédant leur installation.
Lorsqu’on abandonna en 1855, à cause de son insalubrité le cimetière Saint-Antoine de Montréal où environ 55 000 de nos ancêtres catholiques avaient été enterrés depuis 1799, l’emplacement stratégique de ce terrain adjacent au nouveau centre-ville alors en pleine expansion immobilière, avait suscité l’envie des promoteurs immobiliers – quoi de neuf ? Malheureusement pour eux, seulement une fraction minime des restes humains et des monuments put être transportée au nouveau cimetière de la Côte des Neiges, faute de descendants pour défrayer le coût des translations ou à cause du scandale causé par le spectacle lugubre et de la puanteur des restes transportés à travers la ville dans des charrettes. On se rendit bientôt compte que le site demeurerait inconstructible. La constitution du Dominium du Canada est signée en 1867. Les exhumation sur le site de l’ancien cimetière cessent vers 1870. Comme on ne peut y construire des maisons, il sera transformé en parc, lieu de représentation du Dominium du Canada ce qui explique la présence dans ce square d’iimobrables monuments à la gloire du Canada et de l’Empire britannique et le silence absolu à propos des dizaines de milliers de sépultures de nos ancêtres francophones catholiques qui y reposent toujours dans l’anonymat. Ce lieu qui symbolise l’occupation de Montréal par les le pouvoir du Dominium canadien n’était-il pas l’endroit évident pour ériger en 1895 la statue de Sir John considéré avec George-Étienne Cartier comme père de la Confédération. C’est aussi là qu’eut lieu en 1995 le Love in du camp du NON, un cheval de Troie qui contribua à la défaite du second référendum sur l’indépendance du Québec. Les lieux publics ne sont pas neutres. Pour ce qui est de l’avenir de la statue de Sir John, je propose qu’on la remette en place, sous son portique et que l’on installe entre les quatre paires de colonnes autant de volets de barreaux qui protégeront Sir John des outrages récurrents qu’il provoque et par la même occasion protégera la société de l’influence de cette fripouille, orangiste, assassin de Louis Riel, serviteur de l’Empire britannique et raciste notoire. Un fois par année, le Jour du Dominium et des déménagements, on ouvrira les grilles du portique afin de permettre à la foule d’instruire le procès de Sir John pour décider si on le laisse ou pas derrière les barreaux pour une autre année.

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Que désigne exactement le terme wokinote? Marie France Bazzo y fait référence dans sa chronique. On trouve le terme à quelques reprises sur le web désignant aussi bien les adeptes du wok que les partisans de ce concept. J’ai vu également sur le web l’expression « badge de wokitude » J’aimerais bien comprendre le concept.

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Lorsque tout le système éducatif n’a pour seul but de former de futur travailleur et que seul compte les compétences techniques faut-il s’étonner de se retrouver dans la situation actuelle.

« Si on l’abandonne aux extrémistes, ça peut virer au fascisme. » Et j’ai bien peur que se soit la tendance mondiale actuelle.

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