À quoi nous servent les Français ?

On les a tous invités, pour le 400e anniversaire de Québec, et ils sont tous venus ou sur le point d’arriver. Qui ? Les dignitaires français : maires, ministres, premier ministre et même M. le président, avec Mme Carla, qui seront parmi nous en octobre.

Et comme à chacune de leurs visites chez nous — ou de visites de nos élus chez eux —, une lancinante question sera posée : que nous rapportent vraiment, en espèces sonnantes et trébuchantes, tous ces billets d’avion de première classe, discours fleuris, mondanités empressées et tapis bleu-blanc-rouge ? Ne sommes-nous pas « obsédés » — j’ai lu parfois les termes « colonisés » et « quêteurs » dans un grand quotidien montréalais dont je tairai le nom pour ne pas nuire à la réputation d’Alain Dubuc… Zut, j’ai perdu le fil ! Non, le voilà : n’avons-nous pas tort, donc, de prêter tant d’attention à notre relation avec la France ? Ce n’est, au fond, que la quatrième puissance économique et nucléaire mondiale et le deuxième investisseur au Québec.

Le sous-entendu : think big. Concentrons notre énergie sur ceux qui comptent vraiment, les Américains. Il tombe sous le sens que le Québec doit cultiver activement ses deux relations essentielles (les États-Unis et la France) tout en étendant son réseau plus loin, ce que nos premiers ministres Parizeau, Bouchard, Landry et Charest font depuis 13 ans dans une belle continuité. Mais je me suis amusé à poser la question à l’envers.

Que se passerait-il si les Américains s’intéressaient autant à nous que le font les Français ? Par exemple, certains déplorent que les Français n’achètent chaque année que pour 1,2 milliard de dollars de nos produits, alors que nos voisins du Sud nous ont commandé pour 54 milliards de trucs et de machins. Du sérieux. Les Français nous consacrent ainsi un demi-point de pourcentage de toute leur richesse nationale annuelle, le PIB. Mais si les Américains nous consacraient exactement le même pourcentage de leur richesse, ils devraient augmenter de moitié leurs achats chez nous. (En fait, davantage. J’exécute ici de bêtes règles de trois. Les économistes appliqueraient ce qu’ils appellent doctement des « modèles de gravité » et donneraient aux Français une prime d’éloignement, comme on donne un handicap au golf).

De même, nos voisins ont investi chez nous cinq beaux milliards de dollars en 2006, contre les chiches 300 millions venus de France. Mais s’ils avaient investi chez nous la même proportion de leur richesse nationale que l’ont fait les Français, ils auraient dû multiplier leur mise par presque quatre. Dit autrement, compte tenu de la taille de leur population, les Gaulois font pour nous un effort économique de 150 % à 400 % plus important que celui déployé par les Yankees. (Et davantage que les Britanniques, soit dit en passant.) Il est vrai qu’ils ont la potion magique.

Mais rien ne vaut les rapports interpersonnels. Le contact humain, chair contre chair. Et là, comme disait le regretté Sylvain Lelièvre au sujet des Américains : « Les Anglais, y a rien à faire, ils l’ont ! » Ils l’ont au point qu’ils étaient, en 2006, plus de 2,1 millions à franchir la frontière pour dévaler nos pentes de ski, assister à notre Festival de jazz, taquiner nos saumons. Les Français ? À peine 300 000. Une misère. Cela signifie tout de même qu’un demi de un pour cent des Français sont passés nous voir. Je sais que vous me voyez venir. Si un demi de un pour cent d’Américains étaient venus ? Ils auraient été… moins nombreux, soit 1,5 million au lieu de deux. Remarquez, ils n’ont pas d’océan à traverser.

La vraie mesure de l’amitié, de l’adhésion, de l’abandon même, n’est-elle pas la décision de venir planter ici ses propres racines : l’immigration, cet enrichissement entre tous ? En 2006, 3 500 Français ont pris pays chez nous, contre seulement 850 Américains. Si nos voisins nous aimaient autant que nos cousins, ils auraient été 15 500 à s’installer dans nos villes et villages. Combien ? 15 500 immigrants américains ? Par an ? Hum. À bien y penser, ne changeons rien. L’intensité de notre relation avec les Américains est parfaite telle qu’elle est. Car, comme le chantait Gilbert Bécaud : « Quand on aime, on ne compte pas ! »

ET ENCORE…

Une des implantations françaises les plus importantes à Montréal, Ubisoft, a subi une légère transformation. Appelée en France Ubisoft Entertainment, elle s’est rebaptisée au Québec Ubisoft Divertissement.

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