À quoi ressemblerait une ortografe rationèle?

Voici la preuve que les propositions des linguistes pour simplifier l’écriture du français ne sont pas si compliquées… et que vous les comprenez déjà parfaitement.

Montage L'actualité

Cliquez ici pour voir quels mots nous avons écrits selon les règles de l’ortografe rationèle.

Comme vous avez été très nombreus à réagir à ma série de croniques sur les rationalisations ortografiques, il m’a paru nécessaire de répondre publiquement à tous plutôt qu’individuèlement. Plusieurs m’interpèlent : pourquoi je n’écris pas en ortografe rationèle ? La raison est simple : c’est parce que je ne décide pas de la politique langagière de mes éditeurs. Je sais d’ailleurs gré à la chef du pupitre éditorial d’avoir accepté de publier ce texte-ci tel quel, en suivant les règles proposées dans le Dictionnaire de l’orthographe rationalisée du français, de Claude Gruaz. C’est mon veu personel que les grands prescripteurs médiatiques modernisent leur idée de la langue, mais ils ne sont pas si diférents de nous tous : tout le monde redoute de se faire taper sur les doigts et atend qu’un autre fasse le premier pas.

Pour mémoire, je vous rapèle ici les quatre règles universèles proposées :

  1. Élimination des lètres grecques et latines (comme le « ph » de « téléphone ») ;
  2. Élimination des x finaus, dont les pluriels en x ;
  3. Élimination de consones doubles ;
  4. Simplification de la règle du participe passé.

Cette cronique veut donc montrer ce que done la mise en pratique de ces règles, et démontrer par l’exemple que l’opération ne consiste pas à réduire le français à un charabia fonétique. Se nay pat dzu tou de sa kil sagi.

Pour m’assurer que je suis bien lu, je précise que la frase précédente suivait un procédé rétorique apelé « ironie ». Jèspaire ke vou la komprené é ke vou zalé arétez de revenyr kons staman o mèm fo zarguman. L’idée n’est absolument pas d’écrire en fonétique.

Pourquoi ne pas fonétiser au maximum, tant qu’à faire ? Plusieurs lecteurs ont soulevé ce point, qui est excellent.

D’abord, parce que ça ne passerait pas dans le public. Et ça ne passerait pas pour une raison tout à fait logique : il existe déjà des règles fonografiques pour transcrire les 35 sons du français en utilisant les 26 lètres. Ce sistème est globalement assez coérent pour être assimilé dès l’âge de huit ans. Par exemple, certaines consones doubles sont nécessaires. Parce qu’on dit « nécessaire » et pas « nécezaire ». Et pour distinguer « évidemment » d’« évidement » (action d’évider). L’école doit ensuite faire avaler la très longue liste d’incoérences et d’irégularités dues au manque de rigueur de nos aïeux. Pour ce faire, elle assome les enfants avec des centaines d’eures de gramaire et de dictées. Si l’ortografe française était plus transparente et coérente, une grande part des dificultés s’estomperaient. Pas toutes, remarquez, mais les enseignants auraient plus de temps à consacrer aux vrais problèmes, come la sintaxe et la compréension des textes.

La coérence du sistème fonografique du français est aisément démontrable. Si vous demandez de lire un mot compliqué, metons « hippocampéléphantocamélos », 95 % des gens vont l’énoncer corectement. Pourquoi ? Parce que le sistème de transposition des sons est assez logique. Et le mot tel qu’écrit présente les chois ortografiques que le lecteur n’a qu’à lire. À l’inverse, quand on demande à la persone d’écrire le même mot compliqué, on peut s’estimer chanceux si 70 % des gens vont frapper dans le mille du premier coup. Pourquoi ? Parce que le mot comprend quelques ilogismes ortografiques — le double p et le ph. L’idée d’une ortografe plus transparente est que l’on puisse ariver à écrire aussi aisément qu’on lit, comme en finlandais, en allemand ou en espagnol, parmi la longue liste des langues « pauvres » en ortografe boursouflée.

Pas tant de mots

Comme je l’ai dit dans une autre cronique, les quatre règles évoquées plus haut toucheraient environ le quart des 60 000 mots du Robert. En réalité, c’est moins « pire » que c’en a l’air pour la simple raison que le compte inclut une trâlée de termes spécialisés comme « albumineus », « beylicaus » ou « mitocondriaus ». Leur fréquence est rare. En 34 ans de métier, je ne les ai jamais employé, et il y a de grosses chances que vous ne les utilisiez jamais vous-même. (Ce paragraphe contient d’ailleurs un cas rare de participe passé qui ne serait plus acordé si l’on passait à l’ortografe rationèle. Comme je l’avais écrit dans une précédente cronique, les exceptions à la règle générale ne touchent que 8 % des participes passés.) Donc, inutile de monter sur vos grands chevaus et de chercher des pous là où il n’y en a pas. Dans un texte en langue courante, ce serait à peine 5 % des mots. Ici, c’est environ 10 % parce que plusieurs mots se répètent (comme ortografe, fonétique ou rationèle). Et aussi parce que je fais un peu exprès d’en rajouter, pour faire le baveus et l’équeurant.

Qui nivèle ?

Une critique récurente dans vos comentaires concerne le nivèlement par le bas et l’apauvrissement culturel. On m’acuse de plaider pour l’ilétrisme.

Je la trouve un peu forte de café, celle-là. En des temps anciens, j’ai apris l’espagnol, l’allemand et l’arabe, qui ont en commun d’être très fonétiques et de reposer sur des assises culturèles aussi riches que le français ou l’anglais (les deus langues européènes les plus compliquées). Toutes les autres langues latines ont simplifié leur ortografe sans s’apauvrir. D’ailleurs, l’ortografe du français a déjà été rationalisée maintes fois au siècle des Lumières, la chose ayant été voulue par les filosofes les plus éclairés. Les linguistes parlent de rationaliser la langue parce qu’aucune mise à jour sérieuse n’a été entreprise depuis deus siècles.

Le sous-texte de plusieurs comentaires reposait sur la crainte de devoir renoncer à ce qu’il ou èle a apris. Or, il ne s’agit pas d’imposer. On parle de propositions. Un peu comme pour la nouvèle ortografe de 1990 qui n’a rien imposé à persone — et qui a été un échec partiel du fait de son manque de coérence. Persone n’aurait à désaprendre quoi que ce soit. Cela consiste simplement à dire que la nouvèle façon d’écrire n’est plus fautive et que l’anciène est toujours acceptée. Persone n’usurpe quiconque.

Dans la réalité de l’écriture, les deus sistèmes continueraient sans doute de coexister un certain temps, comme ce fut le cas pour toutes les réformes ortografiques passées, y compris celle de 1990.

Cela dit, je dois convenir que l’exercice d’apliquer les quatre règles générales à cète cronique aura été une petite gimnastique intélectuèle — pour moi et pour toute l’équipe de rédaction. D’abord parce qu’une persone qui maîtrise un sistème doit évidemment fournir un éfort pour se conformer totalement à un autre, surtout la première fois. Mais l’éfort reste tout de même modeste, car les règles sont tèlement faciles qu’on déduit la bone ortografe dans 99,5 % des cas. Par acquit de conscience, chaque mot a cependant été vérifié au dictionaire de Claude Gruaz. Toutefois, si vous voulez en faire l’essai, je vous recomande de vous référer au dictionaire plutôt qu’aux fascicules qui l’ont précédé, qui font état de l’avancée des travaux sur plusieurs anées et qui sont incomplets. 

Une dificulté aditionèle est venue de mon corecteur ortografique Antidote : comme il ne comporte pas encore de fonction « ortografe rationèle », il m’indique une faute tous les 10 mots, là où il n’y en a pas. Il y aurait un lobyisme à faire, qui serait d’autant plus facile que L’actualité vient de déménager dans le même imeuble que Druide informatique, le concepteur du logiciel.

Je passe donc le message à nos grands druides voisins : André d’Orsonnens et Éric Brunelle, faut qu’on se parle !

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Je trouve que c’est un début de bonne idée, mais qui manque d’ambition… Pourquoi seulement 4 recommandations? Si on veut réformer l’orthographe, réformons! Voici des suggestions supplémentaires :
– éliminer soit l’accent grave ou l’accent circonflexe, et utiliser celui qu’on garde;
– éliminer les m avant les p et b (ex. : onbre, alanbic, anple, ronpre);
– remplacer le son ai qui fait è par è (balè) et le ai qui fait é par é (je seré);
– éliminer tous les h inutiles (l’iver);
– remplacer le x par son son (tacsi, egzamen, soisante, deuzième);
Et je pourrais continuer comme ça pour quelques dizaines d’idées… mais je ne suis pas encore linguiste, donc je vais laisser les spécialistes débattre entre eux. 😀

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Vous soulevez de bons points qui appelleront sans doute une autre chronique.
Concernant hiver qui deviendrait iver, c’est bien ce qui est proposé. Les mots qui débutent par h comptent pour 32 pages sur 500 du dictionnaire.
Pour le cas des x dans les mots, il y a ceux qui se prononcent en x et ceux qui donnent un s ou un z. Le cas de deusième est réglé. Deus donne deusième. Soixante devrait prendre deux s sinon, comme vous l’avez écrit et en suivant les conventions phonographique, cela donne soizante.
Il y a une bonne raison de ne pas remplacer les «ai» en fin de verbe par un é, comme «je serai». C’est parce que le futur et le conditionnel, en français, suit le verbe avoir. Quand on sait le verbe avoir (tout le monde le sait), on sait faire des futurs et des conditionnels.
Vous avez raison concernant les m devant p et b, sauf que c’est une régle assez simple et bien comprise, et qui est déjà générale, avec très peu d’exceptions.
Vous avez aussi raison concernant les accents circonflexes non nécessaires (dans les cas où il n’y a pas d’homonymie). Par contre, pour l’accent grave, c’est plus compliqué et les linguistes eux-mêmes ne sont pas d’accord.
Ce qui est présenté comme les 4 règles vise à faire un ménage dans un certain nombre d’exceptions à des règles qui auraient dû être simple, mais il ne fait aucun doute que d’autres réformes pourraient faire évoluer la langue à chaque génération.

Moi je vous parie que ceux qui font des fautes maintenant trouveront la manière d’en faire de nouvelles! Et puis franchement je trouve cette novlangue assez moche…

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Le jour où nous passerons à cette forme d’écriture, je me contenterai de lire de « vieux » textes ou les nouveaux dans la forme « audio ». J’aimais bien vous lire, M. Nadeau, jusqu’à cette chronique, mais comme vous n’êtes certainement pas à un lecteur près et que vous aurez de nouveaux lecteurs qui préfèrent sans doute le sport à la gymnastique intellectuelle, aucun dommage à signaler. Comprenez que je ne traite pas les adeptes de cette nouvelle orthographe de paresseux, ils préfèrent simplement un autre sport..!

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Et que fait-on de l’étymologie avec votre réforme ? Philosophie : philo (aimer) sophia (la sagesse, le savoir).
Par ailleurs, en espagnol, il n’est pas exact que l’on prononce uniquement ce que l’on écrit. Par exemple, comprendo se dit comm-prenn-do et non en phonétique conprando.

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De tous les articles que j’ai lus, de vous monsieur Nadeau, dans l’Actualité internet, aucun ne portait sur la défense, la protection et l’encouragement à apprendre le français, à le connaître et à l’aimer. Tout pour le laisser aller à la facilité (insensée dans l’article présent), au nivellement par le bas, à sa détérioration par toutes les attaques possibles venant soit de l’anglicisation effrénée, de la paresse à l’effort et des étudiants et de l’autorité, et à l’à-plat-ventrisme de notre ¨élite¨ qui ne connaît plus ce que c’est que d’avoir une colonne vertébrale.
De plus, je me permets de rapporter le texte de Mme. Ginette Bisaillon ci-haut: ¨Moi je vous parie que ceux qui font des fautes maintenant trouveront la manière d’en faire de nouvelles!¨ en ajoutant -sans même se forcer-.

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J’ai repéré trois « x » en fin de mot, le participe passé qui n’est pas accordé (que vous mentionnez faire partie des exceptions, mais je ne comprends pas bien pourquoi), et le mot « commun » avec sa double consonne…

Faut-il accepter que la nouvelle et l’ancienne orthographe cohabitent dans un même texte?

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