Acte terroriste ou crime homophobe? L’un n’empêche pas l’autre

Omar Mateen, l’assaillant, n’est pas entré au Pulse, un bar gai d’Orlando, en plein mois de la fierté gaie, par hasard.

Photo: David Goldman/AP
Photo: David Goldman/AP

Le sang et les larmes ont de nouveau coulé aux États-Unis à la suite de la tuerie la plus meurtrière de l’histoire du pays. Une tragédie en soi, qui ne saurait toutefois occulter cette autre réalité: Omar Mateen, l’assaillant, n’est pas entré au Pulse, un bar gai d’Orlando, en plein mois de la fierté gaie, par hasard. Sa folie meurtrière, qui a fait au moins 49 victimes, visait directement la communauté des lesbiennes, gais, bisexuels et trans (LGBT).

Pourtant, une certaine partie de la presse internationale s’est faite discrète sur le sujet au moment de présenter l’information au public. De l’autre côté de l’Atlantique, France Culture a notamment fait part de son étonnement devant la titraille des quotidiens nationaux, tels que Libération («Orlando: nouvelle plaie béante»), Le Parisien («Terrorisme: nuit d’horreur en Floride») et Le Figaro («Attentat islamiste à Orlando: la terreur et la haine). Leur point commun: l’omission de la dimension homophobe de l’acte, qui prive les victimes d’une certaine reconnaissance.

«Le fait que ce soit la communauté homosexuelle qui ait été visée par cet attentat est donc a priori une information accessoire, pas essentielle, pas de celle que l’on met dans les gros titres […] Cette pratique a un nom, elle est souvent d’ailleurs assez inconsciente: ça s’appelle l’invisibilisation. Un peu comme si, au lendemain des attaques de Charlie Hebdo, la presse avait évoqué des attentats contre des bureaux… ou après l’Hyper Cacher, contre un supermarché. Sans préciser la nature de la cible de l’attaque terroriste», a noté le journaliste Nicolas Martin.

À l’inverse, certaines parutions ont souligné l’évidence. En France, Sud-Ouest n’a pas hésité à titrer «Un massacre homophobe lié à Daesh». Au Québec, La Presse+ affichait «Carnage à Orlando: une fierté attaquée».

La lecture de ces titres laisse entrevoir une dichotomie bien particulière, mais pas forcément malicieuse: la fusillade semble être soit un acte terroriste, soit un crime homophobe, comme si l’un empêchait l’autre.

Cette dichotomie est venue à bout de la patience du journaliste anglais Owen Jones. Invité sur le plateau de la chaîne Sky News, il n’a pu cacher sa frustration quant aux minimisations répétées du caractère homophobe de l’attaque. «C’est l’une des pires atrocités commises contre la communauté LGBT dans le monde occidental», a-t-il lancé avant de se faire interrompre. «C’était dirigé contre des êtres humains, quelle que soit leur [orientation sexuelle]…» a répondu le présentateur, Mark Longhurst. L’échange tendu s’est conclu par le départ brutal d’Owen Jones.

L’homophobie d’Omar Mateen paraît pourtant avérée. Quelques heures à peine après l’attaque, Seddique Mateen, le père du tireur, a affirmé que la fusillade n’était sûrement pas motivée par la religion et le djihad, mais plutôt par l’homophobie latente de son fils. Il en a profité pour confesser une anecdote au réseau NBC.

«Nous étions dans le centre-ville de Miami […] et il a vu deux hommes qui s’embrassaient devant les yeux de sa femme et de son enfant, et il est devenu très énervé. Ils s’embrassaient et se touchaient et il a dit: “Regarde ça. Devant mon fils, ils font ça.”»

Selon James Comey, le directeur du FBI, Omar Mateen a prêté allégeance au groupe armé État islamique lors d’un des trois appels qu’il a faits au 9-1-1 lors de l’attaque. Une enquête pour «acte de terrorisme» a donc été ouverte. D’ailleurs, Omar Mateen se trouvait déjà dans le collimateur du FBI: l’agence fédérale avait interrogé à deux reprises, en 2013 et en 2014, cet Américain de 29 ans, né à New York. Il était alors soupçonné d’entretenir des liens avec des terroristes, mais chaque fois, l’affaire avait été classée sans suite.

À l’instar de Seddique Mateen, l’ex-femme d’Omar Mateen et un de ses amis cité par le Washington Post ont toutefois indiqué qu’il n’avait jamais exprimé aucune sympathie ni pour le groupe armé ni pour l’islamisme radical. Cependant, le président Barack Obama a laissé entendre qu’il s’était vraisemblablement autoradicalisé en ligne.

Comme à l’habitude ou presque, les témoignages de ses proches et des personnes qui l’ont côtoyé donnent à penser que l’homme avait deux visages. L’un poli, discret et sans histoire, l’autre violent et dangereux. Ce père d’un enfant de trois ans, partisan démocrate, semblait mener une vie tranquille en tant qu’agent de sécurité, d’abord dans un centre pour délinquants juvéniles, puis au sein de l’entreprise G4S. Cependant, son ex-femme a évoqué des violences conjugales, alors qu’un ex-collègue a parlé de lui comme d’un être «déséquilibré et instable». Malgré tout, son casier judiciaire était vierge, ce qui lui a permis d’acheter une arme de poing et un fusil semi-automatique quelques jours avant le drame.

Ce fusil, un AR-15, est la même arme qui a été utilisée lors des tueries de San Bernardino, d’Aurora et de Newtown, au cours des dernières années. Avec cette récurrence, c’est toute la question du port des armes à feu qui se pose, de nouveau, aux États-Unis. La fusillade d’Orlando était la dernière des 133 qui se sont produites depuis le 1er janvier 2016 au sud de la frontière, pour un bilan de 207 victimes, selon Gun Violence Archive. Mais maintenant que la communauté LGBT a été ciblée si tragiquement, d’autres questions d’importance devront rapidement trouver des réponses, comme l’a laissé entendre le New York Times.

«Était-ce un crime haineux contre les gais ou simplement la preuve que la violence par armes à feu n’est pas maîtrisée? Ou les deux? Les droits des gais ont progressé à un rythme rapide. Est-ce que cela a réduit l’homophobie? Ou est-ce que cela l’a renforcée? Et surtout: les gais doivent-ils avoir peur?»

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5 commentaires
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Ça a été un peu la même chose avec Charlie hebdo. Les médias anglo-saxons ont été discrets et…respectueux envers la communauté intégriste. Je dis intégriste parce que la grande majorité des musulman s’en balance.

Est-ce par pudeur, manque de courage, autre?

De nombreux témoins ont affirmé que le tueur fréquentait régulièrement ce bar gai.Son ex-femme l’a dépeint comme un être violent et ses collègues l’ont qualifié de déséquilibré et instable. La facilité de se procurer un AR-15 a fait le reste.

Je pense que c’ est les deux ! Il est sans contredit homophobe en plus d’ avoir une attirance pour le même sexe et aussi sa demi-conscience affectée par ses dogmes religieux l’ ont incité à commettre cet acte de terrorisme et en plus; d’ absolument vouloir donner l’ impression qu’ il était membre du Daesh, d’ Al Quaida et s’ il aurait pu , il serait devenu membre des Talibans aussi ! C’ est le genre d ‘ individu qui sont incapable de s’ ajuster à la vie occidentale et qui veulent faire la loi partout ou il habite en occident ! Malheureusement nous en avons tous dans nos pays libres de ce genre de demi-civilisé sectaire qui veulent imposer leur lois au nom d’ Allah !

S’il fréquentait régulièrement ce bar, il est fort possible que ce ne soit pas du tout de l’homophobie. Peut-être avait-il une relation avec un autre homme, et qu’il s’est fait planté là? Peut-être a-t-il été expulsé du bar, ou qu’il a eu une rixe avec un autre habitué?

C’est facile de sauter aux conclusions et de parler d’homophobie. Maintenant, expliquez-nous pourquoi il fréquentait ce bar assidument!

Pour plus de détails sur la forte probabilité d’homosexualité du tueur, voyez http://nypost.com/2016/06/13/shooter-used-to-visit-orlando-gay-club-use-gay-dating-apps/

On dirait bien que la presse, encore une fois, veut victimiser les gays et parler d’homophobie et d’islamisme, alors que ce n’est peut-être qu’un règlement de compte avec la société, un ras le bol général, un coming out empêché tourné en frustration générale qui s’est transformé en suicide déguisé sous une tuerie. En tuant 50 homosexuel, il gagnait le paradis musulman, se rachetait auprès de son père, et son propre péché d’homosexuel était pardonné.