Adam a-t-il vécu au temps des dinosaures ?

La bonne idée aurait été de concevoir un cours de littérature mondiale pour enseigner l’histoire des cultures, dans lequel Rabelais, Shakespeare, la Bible, Dostoïevski, Cervantès ou Kundera se seraient retrouvés. Mais le ministère de l’Éducation a préféré offrir un cours d’éthique et de culture religieuse.

Je crois donc avoir trouvé un manuel pour les élèves du secondaire qui s’impose comme livre de référence, me semble-t-il, quand on songe que les enfants du primaire auront à étudier des récits « révélés » par Dieu lui-même à ses « prophètes ». God Is Not Great, de Christopher Hitchens (qui sera traduit chez Belfond), a occupé pendant de longues semaines la liste des best-sellers aux États-Unis, qui sont pourtant un pays où 95 % de la population croit aux anges et où la moitié pense que la terre n’existe que depuis 6 000 ans, comme le laisse entendre la Bible, même si l’on sait par ailleurs que les dinosauriens ont disparu il y a 65 millions d’années.

Soulignons qu’en octobre dernier 138 dignitaires musulmans ont lancé au pape, au patriarche orthodoxe et au primat de la communion anglicane un appel au dialogue, parce qu’ils craignaient une guerre des religions. « La survie du monde est peut-être en jeu », ont-ils ajouté. Ces imams avaient d’autant plus raison que les croisés des deux côtés disposent désormais de l’arme atomique. Qui va prétendre que son Dieu est supérieur à celui du voisin ?

Les gens qui aujourd’hui vénéreraient Apollon, Vénus ou Mercure en leur offrant des sacrifices sur les autels de la cité seraient jugés légèrement déphasés. Le décalage n’est-il pas du même ordre si vous priez Bouddha, Jésus, Allah ou Yahvé ? Les mythes religieux puisent tous dans le même fond : la mère de Jésus, dit-on, était vierge à la naissance de son fils ? Krishna est aussi né d’une vierge ; de même Persée, de la vierge Danaé, Bouddha, du flanc de sa mère, Horus, de la vierge Isis, et ainsi de suite.

Il ne s’agit pas ici de brimer la liberté de conscience de qui que ce soit, mais de rappeler aux élèves que les ennemis des croyants sont d’abord le microscope et le télescope. Les religions apportaient peut-être hier des réponses suffisantes à des angoisses ancestrales, mais la science aujourd’hui est à la fois plus étonnante, plus impressionnante et plus intellectuellement satisfaisante que les mythes répandus pour assurer aux hommes d’Église un pouvoir sur les sociétés humaines.

Ainsi, dans le cas du « Dieu » des juifs, pourquoi le « Créateur », demande Hitchens, aurait-il choisi de privilégier la tribu d’Israël ? Ne serait-ce pas plutôt la tribu qui s’est inventé un dieu pour elle seule ? L’essayiste n’a d’ailleurs pas de peine à décrypter le cauchemar de contradictions que l’on trouve dans l’Ancien Testament, soulignant qu’Abraham n’était pas un modèle de vertu. Que dire du Nouveau Testament ? Composé de quatre Évangiles rédigés un bon nombre d’années après la mort de Jésus, c’est un ensemble de scènes séduisantes sans sérieux fondements historiques. De son côté, le Coran, le plus récent livre « révélé », emprunte son contenu, écrit-il, aux deux Testaments : les Arabes voulaient sans doute posséder eux aussi un texte « sacré ».

Nous voilà donc avec trois livres « saints » qui ont inspiré l’humanité, mais qui tiennent difficilement la route au 21e siècle : nous avons exploré jusqu’aux abords des trous noirs un univers stellaire en expansion ; Darwin nous a mis sur la piste de l’évolution des espèces ; la physique quantique et la biologie nous ouvrent les infinis secrets de la matière. Nous faut-il encore une mythologie et des dieux ?

Christopher Hitchens nous prévient de ne pas chercher en Orient des réponses originales à nos angoisses occidentales : de tout temps et sur tous les continents, Dieu a été créé à notre image. Ce livre offre une matière passionnante à discuter, de l’origine du tabou qui frappe le cochon en souvenir du cannibalisme à la sacralisation de la vache, de la pratique de la circoncision et de l’excision aux fatwas contre Salman Rushdie, du rappel des abus sexuels des religieux aux nettoyages ethniques pour des questions de foi. En montrant que la religion peut être aussi un poison social, God Is Not Great se révèle un rafraîchissant exercice de pensée rationnelle écrit avec humour et intelligence.

God Is Not Great, par Christopher Hitchens, McClelland & Stewart, pamphlet, 307 p., 32,99 $.

PASSAGE

Quand arrive un tremblement de terre ou l’inondation d’un tsunami, ou que les tours jumelles brûlent, vous pouvez voir et entendre la satisfaction profonde des croyants. Avec joie ils s’écrient : « Voyez, vous êtes punis, vous auriez dû nous écouter ! »

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