Adoptons des marais !

Les 3 000 sinistrés de la Montérégie n’auront pas souffert en vain si les Québécois tirent les conclusions qui s’imposent du drame des dernières semaines. En auront-ils toutefois le courage ?

L'édito de Carole Beaulieu : Adoptons des marais !
Photo : G. Hughes / PC

Saurons-nous nous affranchir de la tyrannie des pelouses et de l’asphalte pour redonner droit de cité aux joncs et aux marais ?

Le comité de réaménagement du territoire que le premier ministre, Jean Charest, a promis de créer portera une lourde responsabilité. Il devra interdire la reconstruction là où elle est inacceptable. Pro­poser des plans pour cesser de travailler contre la nature et pour travailler plutôt avec elle !

Les avis des experts sont clairs. Digues, canaux de dérivation, maisons sur pilotis ou avec sous-sol surélevé ne régleront pas tout. Il faut un plan global qui tienne compte, notamment, du lac Champlain, où la rivière Richelieu prend sa source. À moins de vouloir des abonnés annuels à SOS Richelieu, l’organisme derrière la grande corvée des 11 et 12 juin !

Voir le photoreportage « Les sinistrés de Venise-en-Québec » >>

Quand l’eau monte dans le lac, le Richelieu sort de son lit. Et depuis 15 à 20 ans déjà, le lac subit l’impact des changements climatiques. Un impact amplifié par l’augmentation des surfaces imperméabilisées le long des rives (routes, stationnements, etc.), le drainage agricole, les erreurs d’aménagement, la construction en zone inondable.

Pour se prémunir contre de nouveaux sinistres, il faut enrôler la nature ! Un marais est une gigantesque éponge qui absorbe la neige et les eaux de pluie. Les zones humides, qui jadis bordaient les rives du Richelieu, auraient pu absorber une bonne part des pluies exceptionnelles du printemps et atténuer la gravité des inondations…

Malheureusement, il ne reste même pas 15 % de ces terres humides. Elles ont été sacrifiées aux dieux du drainage agricole, de la villégia­ture et de la gourmandise des assiettes fiscales municipales.

Ailleurs dans le monde, pour mieux gérer les inon­dations, on revégétalise les berges ! Le célèbre Danube fait l’objet depuis 10 ans d’un vaste plan nature, dont les résultats dépassent les espérances. Des millions de personnes, de l’Ukraine, de la Bulgarie, de la Roumanie et de la Moldavie, sont désormais mieux pro­tégées des excès de Dame Nature. Aux États-Unis, plusieurs États, comme le Dakota, l’Indiana, la Pennsylvanie, ont fait renaître des dizaines de milliers d’hectares de terres humides.

Traçons des plans semblables pour la rivière Richelieu ! Les solutions naturelles sont connues : lutte contre le ruissellement et l’érosion en favorisant le couvert végétal, en limitant les sols nus agricoles, en maintenant le plus possible au naturel lacs, marécages et zones inondables.

Pourtant, des maires et des résidants persistaient encore, en mai, devant tous les micros offerts, à n’évoquer que des digues comme solution.

Les autorités doivent proposer plus qu’un business as usual qui compenserait des pertes et donnerait un permis de reconstruire « avec des conditions ».

À persister aveuglément à façonner l’environnement pour satisfaire nos modes de vie, nous avons oublié la force de la nature. Nous en payons le prix. En drames humains autant qu’en dollars. Mais il n’est pas trop tard. On peut changer.

L’an dernier, en Vendée, les autorités françaises ont décidé, à la suite de grandes inon­dations, de détruire plus de 1 500 logements situés en zone inondable, le long du littoral. Et de ne pas reconstruire. Ayons ce courage.

À l’heure des grandes corvées de juin, alors que des milliers de gens consacrent de leur temps et beaucoup d’huile de bras pour donner un coup de main aux Montérégiens, pourquoi ne pas aussi faire une balade le long des trottoirs de bois de l’un des marais aménagés du Québec pour redécouvrir la beauté des joncs ?

Quel organisme nous proposera d’adopter des marais, comme on le fait en Caroline du Nord ? Quel parolier écrira une chanson qui fera oublier les « joncs mauvais » de Félix Leclerc, faisant plutôt rimer avec avenir et bonheur les nénuphars, quenouilles et potamots qui poussent à foi­son dans les marais québé­cois ? Une chanson à fredonner pour l’été…

 

ET ENCORE…

Pourquoi ne pas faire un don à un organisme de sensibilisation ou de protection des milieux humides, tels que le Comité de concertation et de valorisation du bassin de la rivière Richelieu (COVABAR), Canards Illimités ou Héritage Laurentien ?

 

 

Laisser un commentaire