Ados : sachez leur dire non !

Les ados ne sont pas en crise parce que les adultes leur imposent trop de restrictions, croit le pédopsychiatre français Marcel Rufo. Ce serait plutôt le contraire !


 

Marcel Rufo est l’auteur de nombreux best-sellers sur l’adolescence, dont son plus récent, Regards croisés sur l’adolescence, son évolution, sa diversité, coécrit avec Marie Choquet (éditions Anne Carrière). Il est chef de service de L’espace Arthur, un point d’accueil pour adolescents en crise affilié aux Hôpitaux de Marseille. Nous lui avons demandé son avis sur les thèses du psychologue américain Robert Epstein.

Comment expliquer que l’adolescence ne cesse de s’allonger ?
— Les parents, au lieu d’éduquer les adolescents avec autorité, cherchent à les comprendre. On demeure plus longtemps dans un endroit démocratique ! Dans un article récent publié dans la presse italienne, un bamboccio — « gros bébé », comme on appelle là-bas ceux qui restent longtemps chez leurs parents — de 35 ans ne voulait pas quitter sa famille même s’il avait un revenu mensuel de 4 000 euros. Ses parents gagnent 15 000 euros et il craignait de perdre d’importants bénéfices s’il était autonome. En somme, en entourant davantage les enfants, on les fixe trop longtemps à la maison.

Le psychologue américain Robert Epstein croit que la crise d’adolescence est due à l’infantilisation des ados et aux restrictions de plus en plus nombreuses qu’on leur impose…
— Je ne suis pas d’accord en ce qui concerne les restrictions. Il faut à tout prix donner des limites aux enfants. Comme le dit un de mes collègues français, Philippe Jeammet, il faut être adultes avec ses adolescents. Leur dire non est tout aussi important que leur dire oui.

Pourquoi ?
— Quand on leur dit non, on impose des limites, ce qui est indispensable pour les adolescents. Ceux-ci préfèrent très nettement une position radicale à une position « guimauve », élastique et fluctuante. On essaie trop de séduire ses enfants plutôt que de leur donner sa position. Il est indispensable de donner son avis… Plutôt que de blâmer les restrictions, comme le fait Robert Epstein, j’évoquerais le trop grand libéralisme, la perte des limites, l’utilisation tardive de l’autorité et la séduction permanente en ce qui concerne les adolescents.

Trouvez-vous qu’on infantilise les ados ?
— Sur ce point, je suis d’accord avec Robert Epstein. Les parents interviennent toujours trop auprès de leurs adolescents, comme si ceux-ci étaient encore des enfants. Ils se comportent comme s’ils étaient « parents un jour, parents toujours », alors que la parentalité est mobile, changeante.

Quel est le rôle de l’adolescence aujourd’hui ?
Peut-être que cette période intermédiaire est utile pour que les parents deviennent les amis de leurs enfants avant que ces derniers ne s’écartent d’eux. Mais passer d’une relation affective à une relation amicale est complexe pour tous. Plus globalement, l’adolescence sert à nous poser de nouveau des questions sur le monde. Nous sommes passés de la priorité du sacré à la prééminence de l’économique, et il semble que les adolescents portent la partie poétique de l’avenir.