Affronter le rouge

Nous sommes angoissés, vannés, frustrés. Et cette fois-ci, nous voulons l’heure juste et des messages clairs. 

Photo : Daphné Caron

Ça y est, aussi prévisible que les feuilles colorées en automne, aussi déprimant qu’une petite pluie froide d’octobre : nous sommes passés au niveau d’alerte rouge. Cela va-t-il modifier les comportements d’une partie réfractaire de la population ? Le message du gouvernement sera-t-il enfin clair ? Comment allons-nous surmonter cette deuxième épreuve, alors que la première vague nous a usés émotivement et que nous peinons à comprendre l’évolution de la maladie ? Les questions affluent, et les réponses sont rares.

Parmi ces questions se pose celle-ci : comment les médias couvriront-ils la deuxième vague dans un contexte de lassitude ? Les journalistes ne joueront pas une deuxième fois le rôle qu’ils tenaient dans le film du printemps, où la plupart formaient un chœur derrière le trio gouvernemental de 13 h. Depuis mai, ils ne se contentent plus de répéter les propos des autorités et de glorifier les anges gardiens. Ils sont plus pugnaces, font du bon boulot en questionnant, en fouillant, en variant les éclairages, en talonnant les responsables. Ils informent, au risque de s’aliéner la base caquiste, toujours derrière son gouvernement avec des pourcentages d’adhésion quasi nord-coréens…

L’État, qui a été flou et paternaliste lors de la première vague, veut rajuster sa communication avec Christian Dubé, le ministre de la Santé. Car il y a eu pendant de longs mois un problème de ton, de contenu. On a eu tendance à prendre les Québécois pour de grands enfants en quête de figure paternelle. On nous a répété le slogan « Ça va bien aller » jusqu’à la nausée, formule pathétique qui dissimulait à peine les failles abyssales du système de santé, ainsi que la déprime des gens. À coups de tartelettes portugaises, on a simplifié la situation jusqu’à la niaiserie, on a martelé des clous erratiques qui font qu’aujourd’hui, le message est plus difficile à faire passer.

Et il y a ce virus, cette saloperie sournoise dont on ne sait pas encore tout, qui est aussi imprévisible que le sera la deuxième vague. Résultat : un traitement médiatique maintenant plus musclé et rigoureux, qui est pourtant perçu comme anxiogène, agressif et déplacé, et un gouvernement qui a deux prises contre lui. La crise de confiance envers les médias (qui a des racines profondes et antérieures à la pandémie) ainsi que la défiance qu’expriment de nombreux citoyens occidentaux à l’égard de leur État font qu’une large partie de la population, en cette fin septembre 2020, est lasse et exaspérée, lorsqu’elle n’est pas carrément hostile. Je ne parle même pas des sceptiques antimasques et antiélites, qui représentent une part non négligeable de la société. Non, je parle de nous, les gens « ordinaires », un peu dubitatifs, tannés et angoissés, qui ont juste envie de vivre un soupçon de leur vie d’avant.

C’est donc la première crise d’ampleur mondiale où gouvernements et médias sont ensemble dans le collimateur. Et nous sommes dans un cul-de-sac. Les médias ne peuvent plus revenir en arrière et faire une couverture gentillette de la pandémie, et les États ont tout intérêt à dire dorénavant la vérité sur la situation. D’ailleurs, au Québec du moins, la balle est maintenant dans le camp gouvernemental, qui a trop souvent transmis des messages confus, alors que les médias font à présent très bien leur job. Il est clair que les semaines qui viennent seront éprouvantes, difficiles pour notre santé mentale collective et individuelle. Nous sommes vannés, frustrés, mais plus personne ne veut revenir à ces cache-misère de la réalité qu’étaient les arcs-en-ciel délavés. Nous affronterons le rouge les yeux dorénavant grand ouverts, citoyens et médias comme gouvernement. Enfin, espérons-le…

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Même si je suis assez d’accord avec vous, les quelques derniers articles que vous avez présentés me laissent sans voix. Nous vivons une pandémie, une pandémie assez grave pour avoir fait près d’un million de morts!

Confinés? Renfermés? Voyons donc! À part nos aînés, que l’on cherche à protéger de notre mieux même si cela se fait maladroitement parfois, qui a été confiné à l’intérieur de quatre (4) murs sans pouvoir sortir faire les courses, marcher, faire du vélo, etc. Sommes-nous à ce point immatures que le moindre petit sacrifice entraîne des jérémiades à ne plus en finir? Je vis seule et les restos étaient bien souvent le théâtre de mon tissu social. Je me suis réinventée dans mes façons de communiquer avec les gens que j’affectionne, je me suis réinventée dans mes loisirs, dans ma façon de vivre, d’apprécier le silence, la nature et, curieusement, j’y ai découvert des avenues plaisantes dont j’ignorais totalement l’existence et les bienfaits.

Bien davantage que les statistiques approximatives et les mesures que nos gouvernements prennent avec la meilleure intention, les jérémiades et les lamentations sans fin me dépriment plus que tout. La race humaine est reconnue pour ses capacités d’adaptation inouïes. Un peu de courage et d’imagination que diable! Pensez aux malades dans les hôpitaux, aux aînés (eux vraiment confinés) dans les CHSLD… Ce n’est pas le premier virus à nous accabler et ce ne sera pas le dernier, pour sûr! Pourquoi ne pas profiter de ce temps particulier pour revisiter nos priorités et notre vie? De belles surprises peuvent nous surprendre au détour.

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Plutôt que des jérémiades et des lamentations, j’ai plutôt vu une presque guerre entre conformistes et rebelles.

Bien d’accord avec vous Mme Caroline !
Je me demande si l’auteure de « Affronter le rouge » aurait réussi à faire bien mieux que toute l’équipe gouvernementale? Sans compter que ces gens-là se sont continuellement appuyés sur les conseils de spécialistes, microbiologistes, épidémiologistes, médecins en santé publiques. Facile de critiquer à posteriori. Plus difficile d’apporter des commentaires de solutions.

Bien d’accord avec vous Caroline. Il me semble que Madame Bazzo nous avait habitué à mieux. Ces derniers billets sont sans doute dû à une certaine fatigue. C’est pas facile d’être positif. Merci Caroline vous avez vu juste.

Tout à fait d’accord avec vous! C’est plate pour tout le monde cette pandémie, mais il faut voir les choses autrement, regarder ailleurs et se trouver d’autres plaisirs et occupations en attendant que notre vie revienne à la normale.

Je remarque aussi cette lassitude et cette fatigue. Moi-même je suis depuis quelques temps pris à faire de multiples petites séquences de sommeil. Pas plus tard qu’hier avec le point de presse du monsieur Legault, avec toutes ses explications sur le « rouge », j’ai été pris d’une pratiquement irrépressible envie de dormir. À force de lutter, j’ai succombé au sommeil après que Patrice Roy eût finalement pris le relai.

La semaine dernière, je me suis aperçu que pour un petit oui, un petit non, je devenais irritable, le fait de m’irriter pour des riens me mettait de très mauvaise humeur. J’ai connu cela en 1998 pendant la tempête de verglas. L’avantage du verglas, c’est que passé quelques jours, la vie se réorganisait, les gens pris dans cette couverture de glace savaient qu’il y aurait une fin.

Actuellement, c’est un peu comme le supplice de la goutte. On nous injecte à chaque jour un peu de poison, on nous promet une fin… mais nul ne sait si précisément nous connaitrons jamais cette fin.

— J’admire les commentaires positifs de Caroline. J’aimerais tout comme elle profiter de cette pandémie pour pouvoir me réinventer.

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À M. Legault qui a le coeur gros, j’ai envoyé ce commentaire:

Je ne doute pas de votre bon coeur M. Legault mais l’INESSS et le Collège des Médecins ont enlevé aux médecins généralistes la responsabilité initiale de traiter l’infection à la covid-19 et réservé la prise en charge au système hospitalier. En ce sens, ils vous ont trompé et méritent d »être désavoués.

De plus, pour des raisons obscures et de possibles conflits d’intérêts, le 27 mars 2020, le Collège des Médecins du Québec a bloqué toute prescription du traitement imaginé par le Pr Didier Raoult en France et modifié par le Dr Vladimir Zelenko à New York. Ce traitement est accessible à plus de 4 milliards de personnes dans le monde. Les résultats obtenus dans ces pays sont très supérieurs à ceux du Québec.

Il y a un coup de barre à donner et il n’est pas dans le sens des mesures annoncées cet après midi.

Il faut redonner aux médecins généralistes le droit de traiter les malades dans les cliniques et leur permettre de prescrire, avec le consentement éclairé des patients, tout traitement qu’ils jugeront appropriés.

Vous ne pouvez pas gouverner indéfiniment au bénéfice des lobbies et au détriment de la population.

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Et notre gouvernement ne nous propose aucune explication ni justification de l’attitude du Collège des Médecins du Québec.

C’est à peu près le temp que les média fassent leur travail de rappeler le gouvernement à l’ordre, au minimum, même si personne vous écoute, si empressés que vous êtes à rester dans le politiquement correct.

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La situation a permis a mis les réflecteurs sur beaucoup de donneurs de leçon. Au rythme où on s’insulte, on ne réussira plus à se parler.

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C’est le propre de la démocratie d’être libre de donner son opinion M. Dupont. Les tribunes regorgent d’opinions. Mais la façon dont on reçoit cette opinion n’appartient qu’à nous. Rien ne oblige à lire et encore moins à se laisser atteindre par celles-ci. Et remarquez bien ceci : bien souvent, ceux qui pointent les « donneurs de leçon » sont souvent les premiers à en donner eux-mêmes. C’est fou comme la nature humaine peut être amusante parfois!

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