Agents correctionnels : le moral est à plat

Soixante-dixième et dernière : c’est la position peu enviable des agents correctionnels au palmarès des professions Léger qui mesure le bonheur au travail. 

Illustration : Amélie Tourangeau

«On ne travaille pas avec la crème de la société… », fait remarquer Jean-Pierre, agent correctionnel d’un centre de détention provincial de l’est du Québec. Les détenus ne respectaient pas les règles dans la société, ils ne le font pas plus « en dedans ». Et ils sont plus nombreux qu’avant à présenter des problèmes de santé mentale, ce qui complique les interventions.

Cet agent préfère ne pas dévoiler sa véritable identité, pour ne pas avoir de problèmes avec son employeur. Car, à l’entendre, il n’y a pas que les détenus qui rendent les journées difficiles. « Quand on est obligé de faire des interventions physiques, on se demande si l’employeur est du bord de la personne incarcérée ou du nôtre », déplore Jean-Pierre. Si un détenu veut porter plainte contre un agent, un gestionnaire va le rencontrer dans sa cellule.

« Le lien de confiance est brisé entre les gestionnaires et les agents », dit Mathieu Lavoie, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, qui représente l’ensemble des 2 800 agents des centres de détention provinciaux.

Les gestionnaires n’ont pas vraiment d’autre choix que d’agir ainsi, explique Louise Quintin, porte-parole du ministère de la Sécurité publique. « Une personne qui s’estime lésée, par exemple à la suite d’une intervention physique, peut communiquer directement avec le Protecteur du citoyen. »

Les agents correctionnels ayant répondu au sondage Léger ont en tout cas évalué les relations de travail et la reconnaissance largement sous la moyenne québécoise.

Ils ont « une faible latitude décisionnelle, une forte demande psychologique, une faible reconnaissance, une absence de soutien social et un déséquilibre effort-reconnaissance », indique le rapport d’un comité de travail mandaté par le Syndicat en 2014. Peu de choses auraient changé depuis la publication, affirme Mathieu Lavoie, alors que le Ministère assure avoir observé de nettes améliorations à la suite de la création d’un comité sur le climat de travail.

Chez les policiers, le moral n’est guère mieux, affirme Pierre Veilleux, le président de l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec. La nature même du travail y est pour quelque chose. Venir en aide à une victime d’accident ensanglantée, à une femme qui vient d’être battue par son conjoint ou être menacé par des jeunes délinquants armés, à la longue, ça finit par laisser des traces. « Quand quelqu’un appelle la police, ce n’est pas parce que ça va bien », résume Pierre Veilleux.

Ces dernières années, le climat de travail a également été teinté par les enquêtes au sein même des corps policiers. Sans oublier les enquêtes disciplinaires et la pression médiatique. « Les médias rapportent surtout les événements où ça tourne mal, ça crée beaucoup de pression. Dans un poste de police, quand un patrouilleur fait l’objet d’une enquête disciplinaire, ça a des répercussions sur tout le groupe, on se demande si ça risque de nous arriver aussi », note Pierre Veilleux.

La structure quasi militaire ajoute de la lourdeur ainsi qu’une distance entre les patrons et les policiers de terrain. La gestion conviviale et l’ambiance créative qu’on trouve dans une entreprise de jeux vidéos, disons que ça s’applique assez mal dans un poste de police.

Même le facteur « réalisation de soi » a été évalué faiblement par les policiers qui ont répondu au sondage de Léger. « On perçoit le policier comme un superhéros ou un défenseur de la veuve et de l’orphelin, mais on se rend compte en embarquant dans le système que les priorités ne sont pas toujours axées là-dessus », dit Pierre Veilleux. Les patrouilleurs n’ont pas toujours le temps qu’ils voudraient pour s’occuper des personnes en détresse avant de devoir passer au prochain appel.

D’autres rêvaient d’être enquêteurs et finissent par donner des contraventions pour excès de vitesse. Pierre Veilleux comprend leur manque d’enthousiasme : « Ils sont désillusionnés. »

 

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