Aider là où ça compte

Un petit vent chaud de générosité se lève pour accompagner l’arrivée des réfugiés syriens au Québec à l’approche de l’hiver.

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L’organisme Hay Doun, de Montréal, aide des réfugiés depuis 2007. En 2015, son programme de parrainage collectif a déjà permis d’accueillir 650 Syriens. (Photo: Dario Ayala/Montreal Gazette)

Des mains habiles tricotent des tuques et des mitaines. Des organismes collectent des vêtements chauds et des jouets, recensent les logements et les locaux pouvant se transformer en centres d’accueil temporaires. Des Qué­bécois arabophones se portent volontaires pour agir comme interprètes bénévoles. Une dizaine de municipalités sont prêtes à accueillir des déplacés.

Appelons ça un khamsin ou un sirocco à la québécoise, du nom de ces vents brûlants qui montent du désert…

Parmi les 7 300 réfugiés qui arriveront au Québec au cours de la prochaine année — quelques centaines d’ici Noël —, certains sont parrainés par des proches. D’autres sont des gens vulnérables, considérés comme particulièrement à risque dans les camps — des femmes seules, par exemple, avec de jeunes enfants, ou des minorités persécutées.

L’objectif premier des grandes organisations comme le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) n’est pas de déplacer loin de chez eux les millions d’exilés de la guerre en Syrie! Avant tout, le HCR vise à les protéger dans des endroits sécurisés, près de leur pays, dans l’attente du jour où, la paix revenue, ils pourront rentrer chez eux rebâtir leur vie. Tout apport diplomatique ou militaire du Canada pour faire émerger cette paix est donc important.

Ce conflit, d’une complexité inouïe, ne laisse malheureusement pas présager un cessez-le-feu rapide. D’ici là, tous les dons faits à de grandes organisations comme le Programme alimentaire mondial, la Croix-Rouge ou le HCR contribueront à atténuer la crise des réfugiés.

Ottawa s’est engagé à verser un dollar pour chaque dollar donné d’ici le 31 décembre par les Canadiens à un organisme accrédité. Vingt dollars permettent au HCR, par exemple, d’offrir des matelas synthétiques pour qu’une famille ne dorme pas sur le sol cet hiver, dans un des camps d’Égypte, de Turquie, de Jordanie ou d’Irak.

Souvent sans travail, leurs économies épuisées par ce conflit qui dure depuis cinq ans, les familles syriennes exilées s’enfoncent dans la misère.

Au Liban, un habitant sur cinq est aujourd’hui un réfugié syrien: des petits villages de 35 000 personnes en accueillent parfois 80 000. Plus de 200 000 enfants ne vont plus à l’école. Certains travaillent pour payer le loyer du petit bout de terre sur lequel leur famille a planté une tente. Le Liban refuse en effet que le HCR construise des camps, craignant de les voir devenir permanents, comme les camps palestiniens érigés après la guerre de 1948.

Les plus riches Syriens ont pris la route de l’Europe, payant des passeurs. Les plus pauvres sont restés derrière, dans les camps qui offrent la sécurité, certes, mais peu de possibilités de construire un avenir. Seule une infime minorité sera parrainée ou choisie pour s’établir à l’étranger.

Il faut se réjouir de l’élan de générosité québécois. Mais aussi s’assurer que le gouvernement canadien apporte sa contribution là où elle aura le maximum de portée. Le ministre Stéphane Dion semble heureusement déterminé à s’en assurer.

Aux Syriens, où qu’ils soient, on ne peut que souhaiter la paix en 2016. L’exil, surtout lorsqu’il est imposé par la violence, est un traumatisme qui ne s’efface jamais tout à fait. Toute la générosité de l’accueil ne peut estomper la souffrance de perdre sa famille, ses repères… Mais c’est un devoir humain d’essayer.

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