Aider les enfants « du ventre de la mère jusqu’à l’âge de cinq ans »

L’organisme montréalais La Maison Bleue vient en aide aux enfants en situation de vulnérabilité en intervenant… avant leur naissance.

Illustration : Mélanie Lambrick

L’histoire qui suit est celle d’un lauréat de la troisième édition des Prix de l’impact social, qui récompensent des entreprises et des organismes québécois qui travaillent de façon méthodique à changer le monde. L’organisme La Maison Bleue a reçu le prix dans la catégorie Santé et bien-être. Pour lire tous les récits inspirants, c’est ici.

Certains enfants démarrent dans la vie avec moins d’atouts que d’autres. Parce qu’ils naissent dans une famille qui se débat déjà avec la pauvreté, la toxicomanie, les violences… Au début des années 2000, la Dre Vania Jimenez et sa fille Amélie Sigouin, intervenante en petite enfance, se désolaient du « peu d’impact réel » qu’elles avaient sur ces familles-là. « Si elles coupaient la communication avec le système de santé, il était complexe de renouer un lien avec elles », illustre Amélie Sigouin.

En 2007, après avoir observé ce qui se faisait en France, dans les CLSC et chez le Dr Gilles Julien (un ami de la famille, qui pratique la pédiatrie sociale), les deux femmes ont voulu assurer un suivi des enfants « du ventre de la mère jusqu’à l’âge de cinq ans ». Elles ont alors créé La Maison Bleue, qui allait réunir sous un même toit toutes les ressources liées à cette approche novatrice, nommée « périnatalité sociale » par les deux fondatrices.

L’organisme, qui compte aujourd’hui 50 employés, a ouvert une première adresse dans le quartier montréalais Côte-des-Neiges dès 2007. D’autres ont suivi, dans Parc-Extension (2011), Saint-Michel (2017) et Verdun (2020). Une cinquième doit voir le jour au début de 2023, dans Montréal-Nord.

Ces maisons comportent deux étages. Au premier, des lieux de vie comme dans n’importe quelle habitation : le salon, la cuisine, etc. S’y tiennent notamment des réunions de groupe pour discuter, par exemple, d’accouchement et de préparation du logement pour bien accueillir le bébé. « Le personnel prend le temps de parler aux mamans et à leurs proches, même sans rendez-vous », dit Amélie Sigouin, directrice générale.

Au second niveau, des salles médicales où exercent des professionnels de la santé et des services sociaux : médecins de famille, sages-femmes, infirmières, travailleurs sociaux, éducateurs spécialisés et psychoéducateurs. « Nous sommes donc plus qu’un milieu de soins, nous sommes un “village” d’entraide », résume la DG.

L’arrivée de parents en difficulté à l’une des maisons découle une fois sur trois (34 %) d’un signalement fait au personnel par un membre de l’entourage. Parfois, c’est à la suite d’une recommandation d’un médecin (30 %) ou d’un intervenant social (22 %), entre autres de la Direction de la protection de la jeunesse, de l’organisme YMCA ou du service téléphonique Info-Santé 811.

Dans 84 % des cas, les difficultés des parents sont liées à la santé mentale. Cela peut aussi concerner des besoins financiers et matériels importants (79 %), un statut migratoire précaire (47 %) ou encore des violences subies (29 %).

En 14 années d’existence, près de 6 000 personnes (mères, bébés, fratries et conjoints) sont passées par une maison de l’organisme. Ce dernier tire la majeure partie de son financement du ministère de la Santé et des Services sociaux, de la Fondation Marcelle et Jean Coutu, de la Fondation D’Amours et de la Fondation du Grand Montréal. 

La Maison Bleue n’a pas l’ambition de s’étendre ailleurs qu’à Montréal. Mais Amélie Sigouin chérit tout de même un rêve : inspirer d’autres personnes. « Et si l’on voyait bientôt naître des Maisons Vertes pour la santé mentale ou des Maisons Jaunes pour l’itinérance… », espère-t-elle.

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