Aimerons-nous encore la ville ?

Est-ce que je me réhabituerai ? À toutes ces voitures qui traversent les ponts chaque jour ? À tous ces avions qui salissent le bleu du ciel. À la foule ? Au bruit ? Au rythme ? J’en sais rien.

Photo : L'actualité

Je suis sortie. J’ai regardé vers le ciel. J’ai cherché. J’ai marché jusqu’au bout de la rue, j’ai regardé au-dessus de la ruelle. J’ai scruté comme un hibou. En tournant le cou dans tous les sens. Rien. Pas de grosse lune. Mais vous, vous la voyiez la grosse lune, je ne lisais que ça sur les réseaux sociaux. Elle était bien là. Au-dessus de votre tête. Impossible à photographier sans qu’elle ait l’air d’un vulgaire lampadaire, mais bien là quand même.

Est-ce que j’habite le seul coin de la ville où les immeubles mangent assez le ciel pour dévorer la lune ? Ce qui était là en tout cas, c’était les étoiles. Les étoiles ont repeuplé le ciel de Montréal. Bien sûr, elles étaient là aussi avant, mais la pollution, les avions, le brouhaha, le tapage incessant de la ville les cachaient. Les rares fois où on les voyait, on prenait à peine le temps de les remarquer. Ainsi vont les vies des citadins.

Je suis citadine. Depuis que je suis née. Je suis née dans une ville. J’y ai toujours habité. Et quand j’ai déménagé, c’était pour une autre ville. Paris. La ville des lumières, où je suis sûre qu’en temps normal les étoiles se sont aussi tues.

On a tué les étoiles avec nos villes. On a cru qu’on était aussi important qu’elles. On a illuminé le sol. Comme un enfant pense qu’il dessine un chef-d’œuvre. Tout est allumé. Même la nuit. C’est moche. Parce que nos immeubles sont surtout moches. À Montréal on est très nuls en urbanisme. On a assassiné des quartiers. On a démoli la beauté, défait des pierres au nom du béton, on a brisé des vieilles maisons pour y mettre des autoroutes. On a plusieurs fois éventré le sol pour y couler du béton. Des kilomètres et des kilomètres de gris. Durs. Laids.

Et là, là, maintenant que tout s’est arrêté et que l’on entend à nouveau les oiseaux et qu’on voit presque les étoiles, maintenant que le silence s’invite au cœur des cités et que l’on a droit à une pause… Maintenant que l’on reprend notre souffle pour protéger celui des plus fragiles, on fait quoi ? Bien sûr que je suis changée. Bien sûr que je me demande si je pourrai à nouveau vivre comme avant. Mais peu à peu, ça n’est plus ma vie d’avant que je cherche, c’est à installer ce que je comprends dans ma vie d’après.

Est-ce que je vivrai une sorte de « Shawshank Redemption » [À l’ombre de Shawshank] ? Quand Red, le personnage joué par Morgan Freeman, sort de 40 ans de prison et ne sait plus comment s’installer dans la vie ? Est-ce que je me réhabituerai ? Aux moteurs. À tous ces millions de moteurs ? À toutes ces voitures qui traversent les ponts chaque jour parce que nos villes et nos banlieues ont été pensées ainsi ? À tous ces avions qui salissent le bleu du ciel ? Est-ce que je me réhabituerai à la foule ? Au bruit ? Au rythme ? À tout ce que l’industrialisation et la course au progrès et à la consommation ont créé comme empreintes sur nos villes ? J’en sais rien.

En ce moment, je m’occupe de mon mini jardin, je m’occupe de mes mini humains et je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait. Je ne sais pas si je me réhabituerai à la frénésie qui reviendra.

Au moins on saura faire notre pain.

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Les commentaires sont fermés.

Tiens, on dirait que vous décrivez ma petite ville de région, telle qu’elle est tout le temps!

si dramatique. PAUSE. affecté. PAUSE. indulgent. PAUSE.
la définition d’écrire dans un style ampoulé.

et maintenant, LA FIN – je mange du pain. honnêtement.

🙄🙄🙄

Je me suis dit la même chose ! Je suis confiné dans ma chambre et j’aimerais seulement pouvoir être avec ma famille dans le salon, seulement ça.

Eh bin oui… oh que oui vous allez retrouver tout ce que vous étiez avant, vous vous y ré-habituerez , et plus vite que vous croyez ! Mais, il y a toujours un ¨mais¨. Vous aurez connu autre chose à qui j’oserais donner le titre d’une vieille télé-série québécoise qui se nommait ¨Le Temps d’Une Paix¨.
Comme on disait aussi dans les ¨autrefois¨ dans les ¨jadis¨, À quelque chose, malheur est bon !
Les lumières d’une ville sont des étoiles mortes. Ses bruits sont nuisance à côté du silence de la campagne ou de la forêt qui n’a pas de prix.
Un jour peut-être retrouverez-vous le goût dans votre mémoire des instants que vous dégustez aujourd’hui et voudrez vous peut-être le vivre pour de bon. Je connais ça maintenant.

Bienvenue à Lac-Mégantic ! Première ville certifiée CittaSlow au Québec . On vous attend !!

Beau texte qui fait réfléchir à la course effrénée que nous menons (menions?), au sens de la vie, à nos valeurs. Merci d’avoir partagé vos réflexions!

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