Aînés : quand un coup de fil peut tout changer

L’isolement forcé tue les vieux à petit feu, constatent des psychiatres sur le terrain. Pourtant, lutter contre cet ennemi n’est pas si compliqué.

Illustration : Mireille St-Pierre

« Moi, j’aime mieux attraper la COVID pour en finir que de continuer à vivre comme ça, sans voir mes enfants et mes petits-enfants. »

Cette phrase crève-cœur, la gérontopsychiatre Jessika Roy-Desruisseaux l’a entendue trop souvent cette année. Chez ses patients — des aînés de la région de Sherbrooke qui habitent aussi bien en résidence privée qu’à domicile ou en CHSLD —, la peur d’attraper le virus a cédé la place au chagrin d’être coupé du monde. « Certains font des dépressions dont l’intensité m’a surprise », dit-elle. Des gens auparavant en pleine santé perdent 10 % de leur masse corporelle, cessent de marcher, de se lever. « Ils se sentent coupables, ont l’impression d’être un fardeau, pensent qu’ils méritent de mourir. » Elle voit aussi des psychoses — des personnes sans problème cognitif sont tout à coup prises de délires paranoïaques, se mettent à entendre des voix. D’autres dorment 18, 20 heures par jour. Une forme de suicide qui ne dit pas son nom.

Même son de cloche du côté du Service de psychiatrie de l’Hôpital général juif, où Soham Rej est psychogériatre. « Pendant le confinement, mes patients âgés se sentaient mieux, parce que tout le monde devait rester à la maison, raconte-t-il. Le partage d’une expérience commune les réconfortait. » Mais quand la population a recommencé à sortir, tandis qu’eux devaient continuer de s’isoler pour se protéger, les cas de dépression, d’anxiété, de troubles cognitifs et même de démence se sont multipliés, sous des formes encore plus sérieuses. « Je vois aussi beaucoup d’abus d’alcool, d’anxiolytiques. Et comme la pandémie incite des gens à prendre leur retraite, je m’attends à une forte augmentation des problèmes de santé mentale. »

Pour aider les aînés à s’en sortir, Soham Rej, qui est également professeur au Département de psychiatrie de l’Université McGill, utilise des méthodes inusitées : des « interventions corps-esprit », comme la méditation, le qi gong, le taï-chi et le yoga sur chaise. « Au début, je craignais que mes patients trouvent l’approche trop new age, mais ils adorent ça ! Et ça marche. » Les essais cliniques qu’il mène indiquent une nette diminution du stress, de l’anxiété et de la déprime, et révéleront peut-être aussi une baisse des troubles cognitifs — un aspect qu’il va bientôt tester. « L’efficacité est comparable à celle des antidépresseurs, sans les effets indésirables », assure-t-il. De plus, ces méthodes constituent une solution de rechange aux psychothérapies, pour lesquelles il y a de longs délais d’attente au public, et qui ne conviennent pas toujours, certains étant mal à l’aise d’explorer leur intériorité.

Meubler sa journée d’activités à la maison est aussi capital pour tromper l’ennui. À la hauteur de ses capacités, bien sûr : se concentrer sur des mots croisés, des sudokus ou des dessins à colorier pour adultes ; monter des albums avec ses vieilles photos ; découvrir de nouveaux auteurs ou replonger dans des livres qu’on avait aimés ; écrire ses souvenirs ou des lettres à des proches ; cuisiner des conserves, des tartes, des ragoûts ; faire des promenades à l’extérieur, dans le respect des consignes sanitaires ; jouer les patenteux dans son garage.  

Et puis, surtout, il faut garder contact avec autrui, croit Soham Rej, l’un des deux instigateurs du Programme d’intervention en télésanté pour briser l’isolement des personnes âgées, grâce auquel des personnes de 60 ans et plus reçoivent régulièrement des appels de bénévoles. Ces derniers ont pour mission de leur fournir du soutien amical et de s’assurer qu’ils ne manquent de rien. 

C’est fou le bien que peut faire un coup de fil, constate également la psychiatre Jessika Roy-Desruisseaux. Depuis la pandémie, elle fait des consultations par téléphone et, chaque fois, elle sent son interlocuteur retrouver de l’énergie. « Et moi, je suis juste leur docteure ! Imaginez quand c’est quelqu’un qu’ils aiment. Malheureusement, ils ont souvent peur d’être un fardeau, alors il faut prendre les devants. » Les vieux ont une résilience qui l’impressionne. Ils ont vécu des séparations, des maladies, parfois même des guerres. Ils ont tiré le diable par la queue. « Ils disent que le temps arrange souvent les choses, et que l’un des meilleurs moyens pour traverser une épreuve est de s’appuyer sur son réseau social. D’où l’importance de garder le contact avec eux. Même quand leur état cognitif se détériore, ils ont encore une vie affective. »

Pour participer aux essais cliniques virtuels du psychiatre Soham Rej ou pour s’inscrire au programme d’intervention en télésanté pour les aînés, laisser un message vocal au 514 485-7811, poste 25406, ou écrire à [email protected]. La langue de communication peut être le français ou l’anglais. 

Quelques ressources pour les aînés :

Besoin d’aide ? Contactez la ligne québécoise de prévention du suicide, accessible en tout temps, au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553) ou la ligne d’intervention psychosociale au 811. Des ressources sont également proposées sur le site Comment parler du suicide.

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On n’insistera jamais assez sur le fait qu’il faut avoir des passions, des hobbys en dehors du travail car une fois à la retraite à quoi bon se lever le matin si on n’a pas un projet qui nous attend? Cela se cultive pendant qu’on est encore jeune et je crois que les hommes souffrent davantage de ce manque de raisons de vivre car ils ont moins tendance à avoir des hobbys qui se pratiquent à la maison. (Autrement dit, messieurs, le golf ne compte pas!)

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Voir l’innovation découverte au Coopération cette année : https://www.linkedin.com/pulse/une-solution-innovante-pour-briser-lisolement-des-a%25C3%25AEn%25C3%25A9s-pelletier/?fbclid=IwAR3UQP7IgBKSTgYaTNv_k9rzbmO-Y-OuQy95Y2JlatZy7-kRfQ9yjUqfNQY
C’est comme un iPad accroché à un Segway et qui se déplace d’une chambre à l’autre pour créer une session « Zoom » entre un ainé et ses petits-enfants, SANS intervention requise du personnel déjà surchargé dans les CVSLD ou RPA

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Le CIUSSS du Saguenay-Lac-St-Jean a mis en place « La minute de douceur » depuis avril 2020. C’est l’intersection entre des bénévoles qui offrent gracieusement du temps pour compléter des appels à des personnes seules qui se sont inscrites ou qu’un proche a inscrit. Ces appels sont faits à une fréquence déterminée entre le bénévole et la personne seule. Petites attentions très appréciées par les personnes inscrites.

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