Apprendre à nager

Le Québec est peut-être un pays de glace, mais c’est aussi une terre d’eau, et les cours de natation exigent la même attention politique que le sport de Guy Lafleur !

Photo : Christian Blais pour L’actualité

De quoi seront faites vos vacances cet été ? En tout cas, nous risquons fort d’avoir une activité en commun : la baignade. Dans un lac, une piscine municipale ou celle aménagée derrière la maison, nous ferons trempette cette saison. Particulièrement lorsque la grande chaleur s’installera, d’autant plus que les périodes caniculaires sont plus fréquentes, plus longues et plus intenses qu’autrefois.

L’année dernière s’est classée au deuxième rang des plus chaudes au Québec en plus de 100 ans, mais le mois d’août a carrément été sacré le plus chaud du siècle. Pire encore, il ne pleuvait pas — seuls deux mois d’août ont été plus secs en 110 ans.

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques signale même que 600 records quotidiens de chaleur ont alors été battus un peu partout sur le territoire ! À Montréal, la température a dépassé 30 °C durant 13 jours plutôt que les 2 ou 3 jours habituels en août. La ville de Saguenay a pour sa part enregistré sept jours où le mercure s’est hissé à plus de 30 °C.

Il faut savoir qu’au début du XXIe siècle — hier, quoi ! —, le Québec connaissait une moyenne annuelle de trois jours à plus de 32 °C. Les experts estiment que le phénomène devrait grimper à 20 jours en 2040 et à 50 jours avant le tournant du prochain siècle.

À cette aune, les baignades sont donc promises à un bel avenir… et sans doute à un surcroît d’accidents fâcheux ou mortels.

Selon les données de la Société de sauvetage du Québec, 81 noyades sont survenues en 2021 et 95 en 2020 — une forte hausse par rapport à la cinquantaine de décès des deux années précédentes, même si le bilan s’est énormément amélioré comparativement à il y a 40 ans. On comptait alors deux fois plus de victimes.

S’il s’agit que, dans tout le Québec, on s’assure de l’apprentissage d’un seul sport pendant les heures de classe, eh bien, que ce soit la natation.

Mais ce sont toujours très majoritairement des hommes qui se noient (plus de 80 % des victimes), sur des plans d’eau naturels, et le plus souvent seuls. Beaucoup ne portaient pas de veste de flottaison et avaient trop bu. Des erreurs funestes qui prouvent que les campagnes de sensibilisation sont indispensables. Imposer le port de la veste aiderait aussi !

Les enfants, eux, représentent un faible pourcentage des victimes. Le drame de leurs noyades, chaque fois médiatisées, prend toutefois au cœur et bouleverse les familles. Après des années de recommandations de différents coroners, la législation a enfin été resserrée l’an dernier pour que toutes les piscines résidentielles — pas seulement celles installées depuis 2010 — soient entourées d’une clôture d’ici le 1er juillet 2025 (l’échéance initiale du 1er juillet 2023 a dû être reportée en raison des effets de la pandémie sur la disponibilité des matériaux et de la main-d’œuvre). Il semble aussi que la vigilance des parents et grands-parents se soit accrue.

Reste qu’au-delà des vestes, des clôtures et de la surveillance, la meilleure protection est encore de savoir nager. La Société de sauvetage aimerait donc que son programme Nager pour survivre soit obligatoire à l’école. Cela tombe sous le sens.

Il faut d’autant plus le souligner qu’un rapport plaidant pour la relance du hockey au Québec a été présenté il y a quelques semaines. Le premier ministre François Legault s’inquiétait de la perte de popularité de ce sport dont il est un grand amateur. En novembre dernier, il a donc mandaté un comité de 15 personnes afin de se pencher sur le sujet.

Après quelques mois de travail, ce comité est arrivé à neuf recommandations qui se déclinent en différentes mesures concrètes. Au nombre de celles-ci, on trouve l’apprentissage du patin à l’école primaire.

De nombreuses voix se sont aussitôt élevées : pourquoi le hockey aurait-il droit à un tel traitement de faveur ? Il est si coûteux à pratiquer, faut-il vraiment mettre tant d’efforts pour maintenir son statut de « sport national » ?

S’il s’agit simplement de s’activer en équipe, le soccer est plus facile à maîtriser et bien plus accessible financièrement. S’il s’agit de revaloriser l’hiver qui nous caractérise (« mon pays, ce n’est pas un pays… »), pourquoi ne pas aussi faire mousser la raquette, le ski de fond, le patinage de vitesse ? Et s’il s’agit de mise en forme, alors toute activité sportive est valable.

J’ajoute pour ma part ceci : s’il s’agit que, dans tout le Québec, on s’assure de l’apprentissage d’un seul sport pendant les heures de classe, eh bien, que ce soit la natation !

Tellement d’enfants de milieux peu favorisés ou nouvellement immigrés ne savent pas nager, tellement de Québécois côtoient des cours d’eau avec désinvolture qu’il est impératif d’enseigner à tous et à toutes les gestes de base qui peuvent leur sauver la vie — en plus de les faire bouger, de les amuser et de les rafraîchir. En ce siècle, c’est ce qui s’impose.

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