Au moins 17 ans de détention pour Guy Turcotte

«Les crimes commis sont odieux et horribles, la peine doit refléter la réprobation sociale et le châtiment juste pour les actes posés.»

Guy Turcotte, à gauche, et Me Pierre Poupart, le 6 décembre, 2015. (Photo: Peter McCabe/La Presse Canadienne)
Guy Turcotte, à gauche, et Me Pierre Poupart, le 6 décembre, 2015. (Photo: Peter McCabe/La Presse Canadienne)

Guy Turcotte s’est levé, à la demande du juge André Vincent, ce vendredi 15 janvier. Il est demeuré impassible alors que le magistrat prononçait sa sentence d’une voix solennelle: «Le Tribunal condamne Guy Turcotte à l’emprisonnement à perpétuité». Le juge a répété ces mots deux fois. La première pour le meurtre non prémédité d’Olivier, la seconde pour celui d’Anne-Sophie, les enfants de l’ex-cardiologue. Puis il a annoncé qu’il fixait à 17 ans le délai minimum avant que Turcotte ne puisse demander une libération conditionnelle.

La sentence paraît juste en regard des positions des parties. La Couronne demandait 20 ans, la défense moins de 15 ans – Me Pierre Poupart, l’avocat de Turcotte, avait signalé qu’il souhaitait que la peine soit plus près de 10 ans, le minimum prévu par le Code criminel pour un meurtre non prémédité.

«Les crimes commis sont odieux et horribles, la peine doit refléter la réprobation sociale et le châtiment juste pour les actes posés tout en tenant compte de la culpabilité morale du contrevenant», a dit le juge, qui a lu son jugement de 15 pages devant une salle comble du palais de justice de Saint-Jérôme. Guy Turcotte est demeuré stoïque du début à la fin.

Le juge a souligné que Guy Turcotte n’avait aucun antécédent judiciaire et que les risques qu’il récidive étaient minimes. Il a noté que Turcotte avait eu la chance de naître dans une bonne famille et qu’il avait reçu une bonne éducation. Le juge a aussi vu des «remords sincères» dans la déclaration que Guy Turcotte a faite le 18 décembre dernier, lorsqu’il a dit à Isabelle Gaston, présente dans la salle de cour, qu’il ne se pardonnerait jamais ce qu’il avait fait. La peine minimale de 20 ans suggérée par la Couronne lui a donc paru «exagérée».

Mais le juge a aussi noté de nombreux facteurs aggravants, à commencer par l’âge des enfants – ils avaient trois et cinq ans – et le lien qui les unissait à Guy Turcotte. «Leur calvaire aura été de voir leur père, qu’ils aimaient et qui devait les protéger et les couver, les poignarder et les couvrir non pas de baisers, mais d’innombrables coups de couteau. On ne peut concevoir de mort plus atroce», a dit le juge.

Guy Turcotte s’est attaqué à ses enfants dans leur chambre, alors qu’ils dormaient paisiblement, note-t-il. Le nombre «effarant» de coups de couteau assénés aux enfants ne laisse aucun doute sur le fait que Guy Turcotte avait l’intention de les tuer. Le magistrat détaille dans un paragraphe morbide la nature des blessures infligées aux bambins : Olivier a reçu 27 coups de couteau, dont 16 au thorax et 4 au dos. Les autres plaies se situaient aux bras, car le petit a essayé de se protéger. Anne-Sophie a reçu 19 coups.

Le juge relate ensuite le témoignage de l’expert en biologie et projection de sang, qui a affirmé que les enfants ont tous deux été poignardés en deux temps. Olivier a été frappé en premier, puis ce fut Anne-Sophie. Puis Guy Turcotte est retourné dans leur chambre respective pour les frapper à nouveau. «L’expertise sur le corps d’Olivier révèle qu’il a séjourné un certain temps sur le côté avant d’être retourné et frappé de nouveau», a dit le juge. Facteur aggravant s’il en est.

Bien que la thèse de la préméditation n’ait pas été retenue par le jury, le juge a aussi pris en considération le fait que l’ex-cardiologue a pris des couteaux qui se trouvaient au rez-de-chaussée et les a amenés jusqu’à l’étage où dormaient les enfants.

L’imposition d’une peine ne doit cependant pas être une vengeance, a souligné le juge André Vincent. «La vengeance n’a aucun rôle à jouer dans un système civilisé de détermination de la peine», a-t-il dit, citant l’ancien juge en chef de la Cour suprême, Antonio Lamer.

La peine a plutôt un objectif de «châtiment», a-t-il précisé, en détaillant longuement une décision écrite par la Cour suprême à ce propos. «Le châtiment se traduit par la détermination objective, raisonnée et mesurée d’une peine appropriée», tenant compte de nombreux facteurs et cette peine doit être «juste et appropriée, rien de plus».

Le 18 décembre dernier, les avocats des deux parties avaient présenté au juge Vincent une abondante jurisprudence lors de leurs plaidoiries. Le procureur de la Couronne avait notamment donné en exemple la peine infligée à François Tartamella, reconnu coupable en 2014 des meurtres non prémédités de son ex-conjointe, Emmanuelle Phaneuf et de la fille de 13 ans de cette dernière, née d’une précédente union.

Ce crime, survenu en 2011, à Longueuil, présente des similarités troublantes avec celui de Turcotte. François Tartamella l’a commis dans un contexte de séparation et il a tué ses victimes à coups de couteau, une dizaine pour Emmanuelle et plus d’une vingtaine pour sa fille.

C’est le juge André Vincent qui a également entendu cette affaire. Il a condamné François Tartamella à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 15 ans.

La peine imposée à Guy Turcotte est donc plus sévère.

L’ex-cardiologue a déjà passé près de quatre ans enfermé, soit en prison dans l’attente de ses procès ou à l’Institut psychiatrique Philippe-Pinel, après son premier verdict de non responsabilité criminelle.

C’est la Commission des libérations conditionnelles qui déterminera précisément à quel moment il pourra présenter une demande de libération.

Guy Turcotte a fait appel de ses verdicts de meurtres non prémédités, mais la Cour d’appel n’entendra probablement pas l’affaire avant l’automne prochain.

Ce matin, après le prononcé de la sentence, Guy Turcotte a repris le chemin de la prison, menotté.

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« Guy Turcotte s’est attaqué à ses enfants dans leur chambre, alors qu’ils dormaient paisiblement, note-t-il. Le nombre «effarant» de coups de couteau assénés aux enfants ne laisse aucun doute sur le fait que Guy Turcotte avait l’intention de les tuer. » Justement, le nombre de coups de couteau n’a pas été capable de « réveiller » Turcotte de sa hargne envers son ex-conjointe. Preuve qu’il n’était pas dans un état normal; deux spécialistes se sont contredits et le juge décide: inconcevable; il aurait fallu au moins un troisième spécialistes, et encore. Jamais une personne normale ne donnerait autant de coups de couteau sans ressurgir de sa narcose. En définitive, son ex a voulu se venger, mais elle a été la flammèche qui a causé tout ce dégât humain.

(La flammèche qui a causé tout ce dégât humain ) !!!! L’ homme de néerdhental !!! Et le troisième spécialiste qui va le payer ? Avec en prime un troisième procès !!!

Enfin la Justice tranche en faveur des innocents. Que ça a été long! Je me questionne autour de la justice ici au Québec en faveur de ces gens privilégiés comme ce médecin. Pourquoi a-t-il fallu attendre tout ce temps avant de trancher? Son ex-femme également devrait faire l’objet d’un examen car pour moi, ils sont tous les deux responsables dans la mort de leurs enfants.

quand vous dites que son ex devrais faire un examen de conscience vous avez raison et vous et les autres ne le savent pas jusqu’à quel point Guy Turcotte tenait bien le manche du couteau et elle la lame Alors qui est coupable? les deux? ou aucun des deux? ou elle seule? mais si mme avait pensé à l’heure que ses enfants arrivaient………le doc l’a su le jour du crime….
Alors le doc dans sa folie occasionnée par ce fait ou l’ex Se poser la question c’est la réponse

Eh ! Ben! Il faudrait alors qu’ elle soit accusée de complice après le fait et subir elle aussi un procès !!!! Comment il se fait que personne à pensé à ça à part vous!!!!

Effectivement on peut dire que la peine de Turcotte est un peu plus sévère que celle de Tartamella mais il ne faut pas oublier que ces deux individus ont été condamnés à des peines de prison à perpétuité et que la Commission des libérations conditionnelles n’est pas obligée de leur accorder une libération conditionnelle après 17 ans out 15 ans respectivement – ça ne leur donne que le droit de la demander et ils seront toujours des gens qui purgent une peine à perpétuité et ils pourraient aussi finir leurs jours en prison. Même en libération conditionnelle, un tel individu est considéré comme purgeant une peine tout au long de sa vie, jusqu’à la mort.