Au nom du peuple

Le temps des bilans de fin d’année approche, mais déjà on peut affirmer sans trop errer qu’une des tendances phares de 2017 — de l’époque, diront certains ! — aura été le populisme.

Photo : Daphné Caron

Cet été, avec la crise des demandeurs d’asile, on a vu des politiciens, les Denis Coderre et Justin Trudeau, tweeter leur empathie enthousiaste et racoleuse, un François Legault tirer un avantage électoral en comparant le Québec à une passoire. Le maire de Montréal, encore lui, faisait la tournée des médias à coups de « m’a te donner un exemple » pédagogiques… Le parfum ambiant était au populisme décomplexé et irradiant. C’était devenu la nouvelle norme.

Mais qu’est-ce que le populisme, exactement ?

Globalement, parlons d’une attitude, observée par des personnalités ou des partis politiques, qui consiste dans le sous-discours à en référer au peuple. On mobilise celui-ci comme une ressource politique pour l’opposer aux élites. Celles des gouvernants, du grand capital ; le fameux establishment qui comploterait contre le peuple. Il s’articule aussi souvent autour de la figure du chef, un leader fort ou charismatique. Le populisme, la chose est importante à souligner, varie. C’est son degré d’intensité qu’il faut surveiller. Ses manifestations sont souvent bénignes, quasi folkloriques (pensons au Denis Coderre fraîchement élu à la mairie de Montréal). Mais pas toujours (le Coderre d’aujourd’hui…).

Le populisme se fonde sur l’idée que le peuple est essentiellement bon, naturellement sain. Il est souvent caractérisé par des raccourcis idéologiques, par diverses formes d’anti-intellectualisme : ça fait partie de son arsenal.

Sur Twitter, Facebook, tout se vaut : mon coup de gueule vaut le tien, qui vaut celui du premier ministre.

C’est aussi une posture qui traverse le temps et qui est en mutation constante. Certaines époques plus favorables, dont la nôtre, le propulsent à l’avant-plan. Il témoigne souvent d’une crise du politique, fait son lit dans le refus, de la part de la population, d’un gouvernement trop souvent abstrait, distant et technocrate. En ce sens, il sévit aussi bien à gauche qu’à droite, on a tendance à l’oublier.

Le populisme émerge et se déploie autour de grands enjeux de société. L’identité, la peur de l’autre sont son fonds de commerce ces années-ci. Il s’épanouit aussi bien en Europe (pensons aux Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon en France, Beppe Grillo en Italie, aux mouvements Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce) qu’aux États-Unis, avec Donald Trump, ou qu’au Québec.

Il faut dire que, localement, le carburant n’a pas manqué ces derniers temps. La crise des accommodements raisonnables, la commission Bouchard-Taylor, la charte des valeurs, l’arrivée subite de milliers de demandeurs d’asile qui contournent les postes-frontières, puis la consultation sur le racisme systémique : la cour est pleine de combustible pour les pyromanes populistes !

Ces enjeux et situations auxquels nos sociétés doivent faire face sont un terreau fertile pour le populisme. Mais quelque chose de neuf et d’inusité dans la composante même de ce dernier a surgi récemment.

D’abord, l’influence des réseaux sociaux. Ils lui ont fait franchir un nouveau pas, un véritable bond à la fois quantitatif et qualitatif, le propulsant ainsi à une hauteur inédite. Les réseaux sociaux rétrécissent les arguments à leur plus simple expression, et du coup contribuent à polariser le discours. Ils antagonisent les positions, les relativisent aussi. Sur Twitter, Facebook, tout se vaut : mon coup de gueule vaut le tien, qui vaut celui du premier ministre. D’ailleurs, c’est « la voix du peuple » qui s’exprime, sans filtre ! Il a donc raison. Son opinion vaut amplement celle de spécialistes qui ont réfléchi longuement. Pourquoi se gêner ?

Les politiciens ont compris l’enjeu et instrumentalisent les réseaux sociaux.

Les médias traditionnels, jadis chiens de garde contre les excès du populisme, mais aujourd’hui déclassés par la force de frappe des réseaux sociaux, en copient la dynamique, multipliant les commentateurs, relayant ce faisant le populisme.

L’autre élément qui aura propulsé le populisme à des sommets inouïs est certainement la course présidentielle américaine, qui a vu deux grands populistes, Donald Trump et Bernie Sanders, se démarquer du lot. Puis, l’élection du Donald. Sa personnalité, sa manière ont décomplexé et libéré le plus laid du populisme.

Parmi son kit d’outils : le relativisme, les fake news, son fameux « la violence est des deux côtés » lors des événements de Charlottesville, une étape charnière, une escalade et un appauvrissement des arguments.

Oui, on a résolument quitté la zone du populisme pépère, un brin inoffensif. Le populisme actuel est détestable. Par la pauvreté de ses arguments, sa brutalité, à cause du manque de remparts pouvant l’endiguer, il effraie. On vient de passer du côté obscur de la force.

Envoye, peuple, vite, lève-toi !

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5 commentaires
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Complètement d’accord avec vous.

« Don’t confuse me with facts! ». Les FAITS sont devenus incroyablement accessoires et il ne faut surtout pas faire en sorte qu’ils bousillent une belle histoire.

Bien sûr, à long terme les faits ressortent et font éclater la vérité mais c’est à ce moment beaucoup trop tard et les dommages sont souvent irréversibles.

Les medias sociaux donnent du goudron et des plumes à tout le monde et très peu de gens se donnent la peine de réfléchir avant de les utiliser.

On élit des gens pour nous diriger mais aussitôt élus, on multiplie les obstacles, souvent de façon indigne, voire malpropre, pour les empêcher d’appliquer le programme sur la base duquel on les a élus. Et les medias cherchent la bête noire et embarquent dans le cirque pour vendre de la copie.

Pas surprenant que les politiciens choisissent la voie de la facilité plutôt que de prendre le temps d’informer et instruire les gens sur les causes de leurs décisions.

Appliquer leur programme??? Voyons donc! Nous voyons les Trudeau de la planète faire des promesses à tort et à travers puis les ignorer platement après leur élection. Le problème c’est justement la classe politique. Ceux qui nous gouvernent sont, la plupart du temps, des incompétents. Ils se font élire sur la base de leur apparence, de leur fortune, de leur charisme et/ou de leurs déclarations intempestives mais qui, parmi eux, mérite véritablement son poste de ministre ou de premier-ministre? C’est drôle à dire mais ce qui freine la turpitude des politiciens c’est la fonction publique qui, elle, n’est pas élue et ne change pas selon les humeurs de la population et est souvent beaucoup mieux qualifiée que les ministres qui sont censés la « diriger ».

Ce n’est surtout pas une méritocratie mais bien une forme de « patronage » institutionnel. On n’a qu’à voir qui est ensuite choisi par ces politiciens pour des postes prestigieux dans la société (présidents de corporations publiques, d’agences, les commissaires, les juges etc.): ce sont les amis du parti, pas les meilleurs candidats (malgré toute la fumée qu’on déploie pour faire croire au peuple que les processus sont équitables, en fait ils ne le sont pas).

C’est triste à dire mais les politiciens sont les premiers responsables de cette situation car au lieu d’être des guides fiables pour la population, ils sont devenus des fauteurs de trouble destructeurs de solidarité nationale, voire de pays, comme Trump semble être prêt à faire. Les déplorables sont justement eux, les politiciens.

Ah…bien sûr…les politiciens sont incompétents sauf naturellement, ceux qui partagent la même opinion que la nôtre.

Tous les partis politiques ont dû faire des compromis une fois au pouvoir. Il y en a même un qui renie carrément son article premier au Québec pour s’attirer plus de votes… Du jamais vu!!!

La démocratie est, selon Churchill, le pire des systèmes, mis à part tous les autres et je crois qu’il avait totalement raison. Si les charisme joue un rôle et que les faits sont devenus accessoires, c’est de NOTRE faute et pas celle de la démocratie.

Personnellement, je ne voudrais à aucun moment partager la tâche des politiciens, aussi incompétents soient-ils (selon vous…). Ils sont en devoir 24/7 et chacun de leurs gestes et de leurs paroles sont scrutés à la loupe par des chroniqueurs (sans parler des adversaires politiques) qui ne demandent pas mieux que de sauter sur la moindre petite virgule qui semble détonner de l’ensemble pour pondre un feuilleton assassin qui s’en prend souvent à la personnalité du ministre/député en omettant bien sûr de mentionner qu’une portion importante du programme est, somme toute, parfaitement satisfaisant et acceptable.

Pour ce qui est de la fonction publique, Dieu merci, elle ne nous gouverne pas et est au service des politiciens qui, EUX, sont ÉLUS. Imaginez les grosses centrales syndicales nous gouvernant en despotes… Elles en mènent déjà trop large au Canada et plus particulièrement au Québec où la plupart de nos lois sont d’une complaisance crasse à leur égard.

Ça fait plusieurs années que je m’inquiète de la perte de valeurs et de repères dans notre société. J’ai vécu une époque, désormais révolue, durant laquelle les intellectuels, les experts avaient la cote. J’ai constaté l’anti-intellectualisme au fil des ans et la pauvreté de plus en plus crasse des arguments et des débats. C’est désolant. Il faut parler sur la place publique et dénoncer ce populisme primaire.

Les réseaux sociaux d’aujourd’hui ne sont pas mieux ni pires que les tamtams d’Afrique ou les messagers du moyen-âge. La Révolution Française s’est faite avec le « bouche-à-oreille » du temps, avec toutes ses déformations et désinformations, ses inventions de faits, ses légendes et autres utopies. La seule différence, c’est la rapidité et l’universalité du phénomène dûe à la technologie actuelle. Et encore, seule LA Vérité en est la victime.
Qu’il s’appelle Trump, LePen, Macron, May, Merkel, Trudeau, Coderre ou Labaume, tous, oui tous pigent dans le plat du « populisme » pour attirer les votes en leur faveur pour ensuite décevoir amèrement leur peuple tant « aimé ». Oubliez la gauche, la droite, le centre, tout ça n’est que de la poudre aux yeux, les seules valeurs devenues « morales » aujourd’hui sont le mensonge, la duperie et l’hypocrisie. Les notions de « bien et mal » sont des dinosaures (mais peut-être reviendront-elles avec les scandales sexuels qui sévissent ces temps-ci !)