Autochtones : des mythes à déboulonner

Les fausses croyances au sujet des Autochtones du Canada ont la couenne dure et continuent de leur nuire. Pourtant, il existe des moyens de déconstruire ces stéréotypes.

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Qui n’a jamais entendu que les Autochtones « ne paient pas de taxes » et qu’ils vivent uniquement dans des réserves ? Pourtant, selon Statistique Canada, 60 % des membres des Premières nations ayant le statut d’Indien vivaient hors communauté lors du recensement de 2016. Et l’exemption de taxes et d’impôts ne s’applique que dans le cas très précis d’une personne qui a le statut d’Indien inscrit, vit dans une réserve indienne et y travaille, explique Mikana, un organisme voué à la sensibilisation aux réalités des peuples autochtones, dans son fascicule « Tu n’as pas l’air autochtone ! » et autres préjugés, qui recense et déconstruit 10 mythes. 

Malgré les efforts de réconciliation et l’arrivée sur le devant de la scène d’enjeux comme celui des pensionnats pour Autochtones, ce genre de préjugé persiste.

L’actualité en a discuté avec Widia Larivière, cofondatrice et directrice générale de Mikana. 

Quels stéréotypes sont les plus courants ?

Pendant longtemps, quand une personne apprenait que j’étais autochtone, la première question qui venait, c’était : « Paies-tu des taxes ? » Aujourd’hui, je l’entends moins souvent, mais c’est un préjugé qui persiste, comme tout ce qui relève des supposés « privilèges » autochtones.

C’est ironique, parce que lorsqu’on regarde les statistiques, les peuples autochtones sont défavorisés dans plusieurs domaines au Canada et au Québec. Leurs droits fondamentaux sont bafoués, plusieurs communautés n’ont même pas accès à l’eau potable, leurs services publics sont sous-financés…

Un autre préjugé persistant porte sur l’apparence physique, d’où le choix du titre du livret. Encore beaucoup de gens ont une conception très figée de ce à quoi une personne autochtone devrait ressembler, jusqu’à imaginer qu’on devrait avoir un habit traditionnel en tout temps. [Rire] La couleur de la peau, foncée ou plus pâle, est parfois utilisée pour déterminer si une personne est vraiment autochtone ou non, ce qui n’a pas lieu d’être.

Finalement, tout ce qui concerne l’alcool et l’itinérance est toujours bien présent. Les seules personnes autochtones qu’on croise à Montréal sont souvent en situation d’itinérance, alors on associe cet état et les problèmes de consommation à tous les Autochtones.

Comment ces préjugés nuisent-ils aux membres des Premières Nations ?

C’est à différents degrés. Ça peut mener à de la discrimination, du racisme, même à de la violence, voire à la mort dans un cas extrême comme celui de Joyce Echaquan.

Dans notre quotidien, ce sont souvent des micro-agressions qui s’accumulent. On peut se dire que ce n’est pas grave, que c’est inoffensif, en rire même. Mais à force de les entendre tous les jours pendant plusieurs années, ça peut finir par nous affecter inconsciemment. On se bâtit des mécanismes de défense, mais on peut aussi devenir méfiant par rapport aux allochtones. Certaines personnes vont même internaliser les préjugés dont elles sont victimes et finir par y croire.

Lutter contre les préjugés, c’est important non seulement pour une question de principe, mais également pour le bien-être des Autochtones. Ça produit des effets positifs sur eux et ça améliore leurs conditions de vie et leur sentiment de sécurité lorsqu’ils utilisent les services publics.

Comment se sont formés ces mythes dans l’imaginaire collectif ?

Il y a plusieurs causes, mais les préjugés naissent toujours de l’ignorance. La première source de méconnaissance, c’est le manque d’informations et de perspectives autochtones dans le cursus scolaire, que ce soit au primaire, au secondaire ou même au niveau postsecondaire. Personnellement, l’école ne m’a jamais appris ce qu’était la Loi sur les Indiens, le régime des pensionnats ou les politiques d’assimilation perpétrées envers les peuples autochtones.

Les préjugés sont aussi entretenus par certains médias. Lors de la crise d’Oka [NDLR : en 1990], par exemple, plusieurs ont été propagés à la radio et à la télévision. Aujourd’hui, le traitement médiatique a changé, mais je vois encore des approches qui renforcent les préjugés.

Il faut également souligner le manque de contact et d’espaces de dialogue entre les peuples. Des allochtones peuvent penser connaître les Autochtones parce qu’ils en croisent dans la rue ou au centre commercial, mais au fond, ils ne nous connaissent pas. Ces gens n’ont jamais visité de communautés autochtones, n’ont jamais eu de vraies discussions avec des personnes autochtones. Donc, ils se basent sur des histoires anecdotiques qui se transforment en mythes persistants.

Quels sont les moyens de faire disparaître ces préjugés ?

L’éducation et la sensibilisation. Il faudrait que ce soit obligatoire d’être exposé aux réalités autochtones à différentes échelles, dans tous les milieux. Il y a encore une tendance à éviter de parler de ces sujets ou à les nier. Ce ne sont pas des sujets agréables à aborder, mais ça fait partie de notre histoire et de notre identité collective. Ça devrait être normal d’en parler, pour ne pas reproduire des erreurs dans l’avenir et pour que les Autochtones aient les mêmes droits et conditions de vie que le reste de la société.

Il faut aussi prendre en compte les voix et les perspectives autochtones dans tous les milieux, y compris dans les médias. Plus on aura de la diversité dans les représentations autochtones, plus on va contribuer à déconstruire les mythes et à changer les mentalités. Ça humanise une personne de l’entendre et de connaître ses expériences, ce qui aide à faire disparaître les préjugés.

En tant que citoyens, que peut-on faire pour mieux comprendre la réalité des Autochtones ?

Il y a plein de choses qu’on peut faire, mais la première est de s’éduquer. Avec Internet, c’est facile de trouver une multitude de ressources, de documentaires, de balados et de livres pour s’informer sur la réalité autochtone. Pas seulement l’histoire, mais aussi les enjeux contemporains.

Dans les médias sociaux, on peut suivre les organismes autochtones, connaître les actions ouvertes à tous et y participer. Et dans son entourage, on peut intervenir lorsqu’on entend des préjugés. Ainsi la responsabilité de les déconstruire ne reposera pas uniquement sur les Autochtones.

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Pourriez-vous nous dire qui sont les allochtones au Québec? Cette appellation m’est totalement inconnue.

Bernard Assiniwi, Louise Erdrich, Thomas King, Naomi Fontaine… ceux qui ont tant soi peu fréquenté la littérature autochtone d’Amérique reconnaîtront au moins un des noms de ces auteurs, dont on retrouve plusieurs des œuvres dans ma bibliothèque. Il y a des décennies que je les lis ces auteurs Autochtones, que je comprends les torts qui ont été faits et qui sont encore faits aujourd’hui aux premiers habitants du continent américain et que je veux qu’on les répare. Mais je comprends aussi pourquoi de nombreux Québécois ne veulent pas avaler la couleuvre qu’est devenue le terme «racisme systémique». En raison d’une campagne insistante en grande partie nourrie par le Canada anglais, l’acceptation de ce terme est maintenant l’aune à laquelle plusieurs mesurent le degré de racisme qu’exercerait la société québécoise sur les gens non «de souche». En substance, on nous dit aujourd’hui : «si tu n’avoues pas que tu exerces du racisme systémique, tu es un raciste invétéré et rien de ce que tu prétends faire pour améliorer le sort des autochtones n’a la moindre valeur».

Depuis que les Québécois ont promulgué la loi 101 dans un effort pour garder leur langue et leur culture vivantes malgré la pression écrasante qu’exerce sur elles l’océan anglophone qui les entoure, le Canada anglais les accuse de racisme. Comme si ces descendants culturels de l’empire britannique, le champion toutes catégories et de tous les temps de la lourde domination d’autres peuples dans le but de profiter de leurs richesses et de leur force de travail, avaient des leçons de justice interraciale à nous donner. Ce sont maintenant le projet de loi 96 d’actualisation de la loi 101 et la loi 21 (personnellement, je suis d’avis qu’on n’aurait pas dû l’appliquer aux enseignantes car c’est une mesure trop coûteuse politiquement pour ce qu’elle peut rapporter) que le Canada anglais considère comme racistes. Et le ROC amalgame à cela le refus du gouvernement du Québec de se dire coupable de «racisme systémique», une position défendable en ce sens qu’aucune loi ou institution québécoise ne soutient formellement le racisme. On ne peut toutefois pas en dire autant de la Loi sur les Indiens ni du programme de pensionnats pour Autochtones, deux créations du gouvernement fédéral canadien.

Je ne prétends aucunement qu’il n’y a pas de racisme au Québec. Il en existe et il faut travailler à sa disparition. Ce que j’aimerais, ce que j’espère avec ferveur, c’est que la société québécoise fasse avec vigueur, assiduité et générosité tous les efforts nécessaires pour qu’on dise dans quelques années que c’est au Québec que le racisme en général a le plus reculé et que c’est ici que les Autochtones sont le mieux dans tout le Canada, et de loin.

Quel bel exemple qui démontre que lire des livres écrits par des Autochtones ne suffit pas. Tout le reste de l’Amérique du Nord admet que les Autochtones sont victimes de racisme systémique alors que l’îlot de Gaulois du Québec est tout à fait innocent. C’est un mythe qui a la vie dure et qui n’est que ça, un mythe. Les francophones ont participé avec enthousiasme aux politiques génocidaires des tous les gouvernements envers les peuples autochtones mais font les Tartuffes car c’est embarrassant pour un peuple qui a aussi connu le mauvais bout du colonialisme.

Vous n’avez certainement pas vécu dans une collectivité autochtone ni partagé leur vie et lire des livres c’est loin d’être un gage de sagesse et de connaissance éclairée. Le malaise est profond et creuse encore plus le fossé entre peuples autochtones et les Québécois francophones car on ne peut redresser une situation si dès le départ on refuse de voir l’ampleur du problème colonial auquel nous avons participé en tant que groupe et continuons à le faire.

Je sais fort bien que je ne convaincrai jamais les Québécois qu’ils ont participé à cette œuvre de destruction des peuples autochtones mais au moins j’ai le réconfort de savoir que dans le ROC on a franchi cette étape et on le reconnaît bien franchement. J’aurais espéré que la décolonisation commence même ici, au Québec, avec l’espoir que René Lévesque avait soulevé il y a longtemps quand il avait reconnu les nations autochtones d’égal à égal mais ce temps a passé, le Québec s’étant détourné de ses anciens alliés, surtout après la crise d’Oka qu’un maire a déclenché en voulant transformer en terrain de golf une pinède chère aux Mohawks où reposaient certains de leurs ancêtres…

Je ne vous ferai pas l’injure de vous expliquer ce que signifie racisme systémique, vous devez fort bien le savoir, mais j’espère seulement que votre intérêt pour les Premiers Peuples passe des livres à la connaissance sincère des communautés autochtones. Peut-être cette expérience changera votre opinion.

Généralement, les autochtones sont-ils rancuniers (à juste titre éventuellement) envers les Allochtones ?

Rancuniers envers les personnes? Non, pas du tout. J’ai passé plusieurs années de ma vie à travailler en milieu autochtone et avec des Autochtones et leur résilience est exemplaire et leur générosité à toute épreuve, sans parler de leur humour qui est sans égal. Mais, par contre, ils ont beaucoup de ressentiment envers les gouvernements et les organisations qui véhiculent le colonialisme, dont la police. Ce sont des gens qui ont vécu collectivement des traumatismes qui laissent des traces et on peut le comprendre quand ils souffrent de désespoir vu qu’on leur a tout enlevé, y compris tenté de leur enlever ce qui leur restait de plus cher, leur culture et leur identité, en particulier en leur enlevant leurs enfants pour en faire des petits Blancs.

J’attend de mon collègue de travail qu’il ou elle fasse son travail comme il se doit. J’attend de mes supérieurs que les promotions soient accordées en fonction du mérite.

Jean-Marie Brideau
Moncton NB

Merci pour cet article. Je me questionne juste sur la pertinence d’utiliser une référence vieille de 31 ans…. Internet n’existait pas è l’époque de la crise d’Oka. Et oui, éduquer et surtout, S’ÉDUQUER.

…et on alimente les mythes simplement avec l’image d’illustration de l’article vraiment mal choisie !

@Nicolas
Cette image est choisie à dessein. Elle illustre à merveille les stéréotypes dont il est question dans le texte. Il faut voir les nuances (second degré) et éviter les jugements hâtifs.

Est-ce vrai que les autochtones peuvent chasser et pêcher en dehors des dates permises aux citoyens ordinaires ?