Autodéfense électorale

Suppôts du néolibéralisme, les libéraux de Jean Charest ? Mais non. Sous leur gouverne, les riches du Québec sont restés les moins riches et les plus imposés du continent. Là où les libéraux ont déçu les Québécois, c’est en laissant la corruption et la partisanerie s’installer au cœur du gouvernement.

Ill : Eric Godin

La chef péquiste Pauline Marois « plongerait le Québec dans le chaos » ? Mais non. Il n’y a pas plus raisonnable que cette politicienne expérimentée, qui abhorre la chicane. Chez elle, c’est autre chose qui préoccupe.

La CAQ de François Legault va « détruire le système de santé » ? Mais non. Son bouillant candidat (et aspirant ministre de la Santé) Gaétan Barrette est résolument pour le système public. Là où la CAQ inquiète, c’est dans la disparité idéologique de son équipe et sa faible expérience du pouvoir.

Pour faire un choix éclairé, le 4 septembre, les Québécois ont besoin plus que jamais de se prémunir contre les raccourcis réducteurs et les faux espoirs.

Diaboliser l’adversaire est une arme vieille comme le monde. Et nos politiciens en abusent. Ils savent que leurs slogans tapageurs séduisent plus qu’un discours nuancé. Mais les mots ont un poids. Il ne faut pas leur laisser dire n’importe quoi.

L’heure n’est pas à la complaisance. Des défis majeurs attendent le prochain gouvernement : lutter contre la corruption, trouver de nouvelles manières de générer de la richesse pour tous, revoir les façons de faire en santé pour contenir l’augmentation des coûts, corriger les problèmes de déficit des fonds de retraite, notamment dans les municipalités et les universités, protéger la langue française, concilier les objectifs du Plan Nord avec la lutte contre les changements climatiques, calmer la grogne des étudiants, assurer l’équité intergénérationnelle…

Un gouvernement n’est pas un génie qui sort d’une lampe pour exaucer tous nos vœux. L’élection ne fera pas disparaître par miracle la déchirure sociale provoquée par le conflit étu­diant. Le prochain premier ministre ne pourra pas empêcher les États-Unis de retomber en récession ni mettre un frein à la crise de l’euro. Il doit toutefois prendre des mesures pour protéger l’avenir et rassembler les Québécois !

Si les libéraux sont majori­taires au soir du 4 septembre, Jean Charest cessera-t-il de mettre dans le même panier les casseurs et une jeunesse mécontente qui cherche à se faire entendre ? S’il ne le fait pas, ce chaos qu’il associe à Pauline Marois, n’est-ce pas lui qui le créera ?

Les électeurs, les sondages le montrent, ont soif de mieux connaître les équipes de chaque parti. Ils savent que la force des chefs se mesure à leur capacité de rassembler.

À ce chapitre, l’équipe libérale est très affaiblie par les départs des Courchesne et autres Gagnon-Tremblay. Les recrues, bien qu’intéressantes, ne compensent pas les pertes. Par comparaison, l’équipe péquiste déborde de compétences (Ouellet, Hivon, Marceau, Hébert, Généreux, etc.). Du côté caquiste, les candi­da­tures de Maud Cohen, ex-présidente de l’Ordre des ingénieurs, de Gaétan Barrette, de Christian Dubé (président de
Cas­cades SAS) et de l’incorruptible Jacques Duchesneau ont mis du tigre sous le capot.

De cet affrontement à trois pourrait donc surgir un gouvernement minoritaire. Mais lequel ? Rendez-vous le 4 septembre.

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Suivez les caricatures électorales d’Eric Godin.

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