Balkans : peut-on changer le passé?

Une soixantaine d’historiens des Balkans ont relevé le défi d’écrire une série de manuels communs aux écoles secondaires des 11 pays de la région.

Selon l’ONG grecque à l’origine de l’entreprise, l’enseignement actuel de l’histoire entretient les tensions dans cette partie du monde marquée par des conflits interethniques. Ainsi, les jeunes Albanais apprennent, dans un de leurs présents manuels, que « même si tous les autres peuples disparaissaient de la surface de la terre, leur nation continuerait à évoluer ».

Pour cultiver la paix, les historiens ont donc rassemblé dans leurs quatre volumes une panoplie de textes et d’images, datant du 14e siècle à l’an 2000 et présentant différents points de vue sur les événements. Par exemple, les auteurs racontent les guerres vues par les yeux des gens ordinaires de diverses nations, plutôt que sous le seul angle des chefs politiques.

Grâce au soutien de l’Union européenne, les premiers manuels ont été publiés en 2004 en anglais, langue commune à leurs auteurs, avant d’être ensuite traduits en six langues balkaniques.

Les nouveaux volumes, appréciés par de nombreux enseignants, soulèvent pourtant la controverse. Le gouvernement de Serbie a retiré son appui après les critiques qui ont suivi la parution de la version serbe. En Grèce, des médias ont qualifié l’initiative de « génocide contre la mémoire nationale ». Les auteurs ont répliqué qu’ils ne souhaitaient pas remplacer l’enseignement existant, mais le compléter. « Nous voulons pousser les jeunes à se poser des questions, à s’intéresser et à douter : des qualités indispensables à tout citoyen », explique Costa Carras, historien grec qui a pris part à cette entreprise.