Bonté divine

La société secrète des Père Noël est une façon amusante qu’a trouvée Larry Stewart, défunt philanthrope du Kansas, de « donner au suivant ».

Illustration © Marie Mainguy
Illustration © Marie Mainguy

Ils étaient une poignée de passagers dans l’autobus quand un homme coiffé d’une tuque de père Noël est monté à bord. Il a distribué à tous un billet de 100 dollars tout neuf, comme ça, sans raison, en se fichant bien de savoir s’ils avaient été sages. Foudroyé par le geste, un gaillard — du genre qui ne pleure jamais — a ravalé un sanglot en lui souhaitant un joyeux Noël. « Mais, eh ! Pourquoi vous faites ça ? » a demandé quelqu’un au milieu de l’euphorie alors que le bienfaiteur repartait. « Pourquoi je ne le ferais pas ? »

Imprimé sur le billet, le sceau de la Society of Secret Santas leur enjoignait de faire un acte aléatoire de bonté à leur tour. N’importe lequel. Un acte gratuit.

« L’idée, c’est d’entrer en contact, de demander comment ça va. C’est de leur faire comprendre que tout le monde mérite un peu de douceur et de respect. On sait que 100 dollars, ce n’est pas ce qui va sauver quelqu’un, mais si cette personne peut se sentir mieux, c’est mission accomplie », me dit « Guelph Guy », Secret Santa de l’Ontario et seul membre canadien de cette force tranquille depuis qu’il en a entendu parler dans un reportage à la radio, il y a quatre ans. En Amérique du Nord, ils sont une douzaine à offrir des milliers de dollars au mois de décembre dans les quartiers défavorisés. Chefs d’entreprise, ils mènent pour la plupart une double vie à la Bruce Wayne ; même leurs familles n’ont aucune idée que, au début décembre, ils préfèrent distribuer en douce du liquide dans des banques alimentaires, des laveries et des magasins d’aubaines plutôt que d’emballer des jeux vidéo Grand Theft Auto V et des joncs en or de 18 carats. « De façon détournée, il y a des retombées sur ma famille, car j’essaie de changer le monde… Enfin, j’espère que ça marche ! »

Cette société secrète est une façon amusante qu’a trouvée Larry Stewart, défunt philanthrope du Kansas, de « donner au suivant ». Après 26 ans et 1,3 million de dollars d’offrandes sous forme de 5, 20 ou 100 dollars, il a formé sa cohorte de pères Noël pour prendre le relais, avant sa mort, survenue en 2007. Il y a quelques vidéos de leurs interventions sur Internet, et comme toutes ces petites gentillesses qu’on se fait l’un à l’autre et dont l’humain raffole, l’effet est puissant. Ça gélifie le cœur et donne envie de déneiger la voiture des voisins, de mitonner un gâteau Reine-Élisabeth pour les collègues ou encore de payer un café à la personne en file derrière soi, un geste d’ailleurs de plus en plus répandu.

Si l’humain naît bon, il naît aussi coopératif, remarque le psychologue cognitif Michael Tomasello dans son œuvre Why We Cooperate. En comparant les singes avec les enfants, il a constaté qu’aussitôt qu’on échappe, je ne sais pas, une orange, tiens, un enfant de deux ans la ramasse pour nous la rendre, alors que le primate, lui, en a la capacité mais n’en fait rien. Preuve qu’une fois à l’âge adulte on a de qui tenir.

Cet égoïsme, « Guelph Guy » le partage et comprend que la réalité est brutale et qu’il est facile de manquer de temps, d’argent. À quelques jours de sortir semer un peu de bonheur dans sa ville, il remarque qu’il n’était pas aussi altruiste avant d’avoir des enfants. « Ils ont tout changé. Pour eux, tu veux améliorer le monde, et le temps des Fêtes est ce mémo qui nous rappelle de penser aux autres. »

Les actes aléatoires de bonté sont incomparables en matière de gratification immédiate, et exprimer son père Noël intérieur serait même parfait pour les nombrilistes. « Entre vous et moi, je suis très, très, très égoïste. Parce que, au bout du compte, donner me fait me sentir vraiment bien ! »

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Besoin d’inspiration ? Le site Internet Random Acts of Kindness foisonne de suggestions d’actes aléatoires de gentillesse. Allez ! En plus, c’est gratuit !