Brésil 2014 : la Coupe du monde de toutes les controverses

À quelques semaines du coup d’envoi de la compétition, l’ambiance est morose et les visages sont crispés : retard dans la construction des stades, mort d’ouvriers, mécontentement de la population.

Photo: Paulo Ito/Flickr
Photo: Paulo Ito/Flickr

Le 12 juin, l’équipe de soccer du Brésil entrera sur la pelouse de l’aréna Corinthians, à São Paulo, pour défier la Croatie lors du match d’ouverture d’une Coupe du monde marquée par de nombreuses polémiques. Car l’organisation de la 20e cuvée de l’un des tournois sportifs les plus suivis du monde se sera faite dans la douleur, au rythme de controverses successives, qui laisseront des traces au siège de la FIFA, tout comme dans la mémoire des Brésiliens.

« Je ne veux plus de la Coupe du monde », s’exclame Douglas, chauffeur de taxi de Curitiba, l’une des 12 villes choisies pour accueillir le tournoi. Ce quadragénaire, pourtant grand amateur de soccer, n’est pas le seul à avoir changé d’avis. L’indice de popularité de la compétition n’a cessé de se dégrader au Brésil. Selon un sondage de l’institut Datafolha publié début avril, seulement 48 % des Brésiliens seraient favorables à la tenue du Mondial dans leur pays, contre près de 80 % en 2008, lorsque le Brésil venait d’être désigné par la FIFA pour accueillir celui de 2014.

Au cœur du problème réside le sentiment que le gouvernement brésilien a privilégié la construction de stades et la rénovation d’aéroports au détriment des programmes sociaux. À elle seule, la facture des stades s’élèverait à huit milliards de réaux brésiliens (près de quatre milliards de dollars canadiens), soit des dépenses quatre fois supérieures à ce qu’on avait estimé en 2007. « Nous souhaiterions voir les mêmes investissements dans les hôpitaux, les écoles ou le logement que dans les stades », explique un membre du mouvement Não Vai Ter Copa (il n’y aura pas de Coupe), installé à Rio de Janeiro, qui critique les méthodes du gouvernement fédéral et de la FIFA.

Malgré les promesses de retombées économiques de la manifestation, qui, selon le cabinet Ernst & Young, devrait injecter 142 milliards de réaux (soit près de 70 milliards de dollars canadiens) dans l’économie brésilienne, les Brésiliens sont sceptiques. « Les gens observent quotidiennement les conséquences de la Coupe du monde, telles que des constructions non nécessaires, le manque d’investissement dans les zones défavorisées et l’augmentation de la violence », explique Luan de Rosa e Souza, un étudiant actif au sein de plusieurs mouvements sociaux. À Rio de Janeiro, par exemple, le nombre de vols contre des piétons a augmenté de 43 % au premier semestre de 2014, par rapport à la même période l’année dernière.

Les accidents mortels sur les chantiers de construction ont alimenté la grogne populaire. Le 8 mai 2014, le Brésil a enregistré sa huitième victime sur les chantiers du Mondial, lorsqu’un technicien de 32 ans est mort électrocuté alors qu’il travaillait à l’installation d’un réseau de télécommunications à l’aréna Pantanal, à Cuiabá, capitale de l’État du Mato Grosso. L’aréna Corinthians, à São Paulo, a été le théâtre de deux accidents majeurs, qui ont coûté la vie à trois ouvriers. En comparaison, seulement deux ouvriers avaient trouvé la mort lors des préparatifs de la précédente Coupe, en Afrique du Sud, en 2010.

Même si, à la FIFA, on se veut rassurant, les critiques fusent de la part des organisateurs. « Ce fut un enfer », n’a pas hésité à lâcher Jérôme Valcke, secrétaire général de la puissante Fédération internationale de football association, en évoquant le nombre d’interlocuteurs avec lesquels la FIFA a eu à composer lors des six années de préparation de la Coupe du monde. « On aurait dû recevoir les stades en décembre, on les reçoit le 15 mai. C’est un peu plus tard que prévu, mais nous savons nous adapter. Je ne dirais pas que ce n’est pas prêt, mais ce n’est pas fini », constate le numéro deux de la FIFA. Lors d’une conférence organisée à Lausanne le 6 mai, Valcke en a profité pour rappeler « que ce n’[était] pas la FIFA qui organise le Mondial au Brésil, mais le Brésil qui organise le Mondial dans 12 villes », rapporte l’AFP.

« La FIFA ne s’attendait pas à de telles difficultés, car elle n’était pas bien préparée », explique Christopher Gaffney, professeur d’urbanisme à l’Université fédérale Fluminense, à Niterói. « Toutes sortes de retards sont à prévoir au Brésil. Le pays ne fonctionne tout simplement pas au même rythme que l’Europe occidentale. C’est le Brésil, pas la Suisse », ajoute le spécialiste, qui suit attentivement l’organisation de la Coupe du monde et celle des Jeux olympiques de Rio de Janeiro, en 2016.

Les retards ne touchent pas seulement les enceintes sportives. Selon le quotidien brésilien O Globo, les travaux de rénovation des aéroports de Belo Horizonte (Minas Gerais) et de Cuiabá (Mato Grosso) ne sont pas terminés, et les chantiers inquiètent les voyageurs. Selon le ministère brésilien du Tourisme, le pays s’apprête à recevoir près de 600 000 touristes étrangers pendant les mois de juin et juillet. « Il y a du retard, mais tout devrait être prêt à la toute dernière minute, pour que les gens profitent de la fête et oublient les retards », conclut Gaffney.

Plusieurs autres projets ont été repoussés ou ont simplement avorté. C’est le cas du métro de Curitiba, qui ne verra le jour qu’en 2019. À Manaus, en Amazonie, on attend toujours le BRT, un système de bus rapide et moderne, promis par la municipalité. À la suite de problèmes de conception dans le projet initial, le BRT ne devrait pas être fonctionnel avant 2016, rapporte le site d’information UOL.

À quatre kilomètres de l’aréna Corinthians, où s’ouvrira la compétition, le Mouvement des sans-terre (MST) vient d’installer un camp regroupant plus de 2 500 familles sur un terrain abandonné. Surnommé « la Coupe du monde du peuple », le campement a pour objectif de « démontrer que les investissements de la Coupe du monde à Itaquera [une banlieue de São Paulo] ne répondent pas aux demandes de ceux qui sont le plus dans le besoin ». À quelques semaines du Mondial, le ton est donné.

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5 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Merci pour cet article très éclairant sur la situation du Brésil à l’aube de la coupe du monde

Le cout de construction des infrastructures resemble de beaucoup à la corruption et le graissage de pattes comme au Québec.
Je suis bien désoler pour le peuple du Brésil .

Gaston

As a Brazilian, I fear that the world cup 2014 may turn into a bloodbath, for the insatisfaction of society with the corruption of the government and with the brutality of the police in repressing the protests is about to reach a turning point. We feel as if fifa, along with our authorities, were raping our people and depriving us of our dignity. Billions have been spent in the construction of stadiuns, while the people has a terrible health system, a shameful education and practically no sacurity. Many hundreds of families have been evicted of their homes and had their houses demolished in the sorroundings of the arenas so fifa can increase their profits. We are not just sad; we are furious, for we cannot stand anymore the miserable conditions in which we have been living. Coming to Brazil the next days is definetilay not safe, and if our authorities are telling you it is, that makes evident they are not just liers, but irresponsible as well. The Brazilian police does not exist to protect the people; it exists almost exclusevely to defend the interests of an authoritarian, monstruous, inhuman and fascist government which does not wish to lose its power. If you dare to see what is really happening here, do not believe all the lies fifa and the mass media will tell you and show you the next days. Search deeper and find the truth.