Briser le tabou de l’argent

Les Québécois sont nuls en matière de finances personnelles. Cela leur coûte cher et nuit à la croissance économique. Voici comment redresser la barre.

Les élèves de Marie-Pier Bédard apprennent les rudiments du placement, que beaucoup transmettent à leur tour à leurs parents ! (Photo : Martin Laprise)
Les élèves de Marie-Pier Bédard apprennent les rudiments du placement, que beaucoup transmettent à leur tour à leurs parents ! (Photo : Martin Laprise)

Les élèves de Marie-Pier Bédard, enseignante de 5e secondaire au collège Boisbriand, en banlieue de Mont­réal, ont les yeux ronds comme des billes. La jeune femme leur a distribué un tableau dans lequel ils découvrent qu’un placement de 50 dollars par semaine pendant 10 ans, de l’âge de 22 à 32 ans, peut valoir près d’un demi-million à 65 ans.

« C’est la magie des intérêts composés ! » lance la dynamique rouquine en circulant d’un pas décidé entre les rangées de bureaux. Fière de son coup, elle m’explique que chaque fois qu’elle sort ce tableau, c’est un hit.

Une vingtaine de jeunes de 16 et 17 ans assistent deux fois par semaine à son cours sur la vie économique et la gestion des finances personnelles. C’est Marie-Pier elle-même, dont le conjoint est planificateur financier, qui a pris l’initiative d’offrir ce cours optionnel, intégré depuis au programme du collège.

« Certains vont entrer au cégep et ne savent même pas ce qu’est le crédit. Je trouvais ça aberrant », dit-elle. Voilà ce qui l’a incitée, en 2011, à faire appel à l’Académie du Trésor, un OSBL québécois fondé en 2010 qui fournit aux écoles primaires et secondaires des outils de formation adaptés aux jeunes. Une vingtaine d’écoles offrent aujour­d’hui les cours de l’Académie en Estrie, en Montérégie, à Mont­réal et à Drummondville.

C’est peu, mais ce n’est qu’un programme parmi les 150 qui ont été conçus au Québec pour tenter d’inculquer aux élèves des notions financières. Les Associations coopératives d’économie familiale et les institutions financières multiplient les trousses, jeux-questionnaires et exercices de simulation pour inciter à l’épargne.

En 2014, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a lancé une campagne de promotion mettant en vedette les animatrices Julie Snyder et France Beaudoin. Son objectif était d’encourager les gens à poser plus de questions à leur conseiller financier et à s’informer davantage sur les différents produits offerts.

La littératie financière des Québécois progresse à pas de tortue. Ils ont obtenu tout juste la note de passage (60,1 %) au plus récent sondage de l’AMF qui mesure la vigilance financière.

« Les gens n’osent pas poser de questions à leur conseiller financier ! déplore Camille Beaudoin, directeur de l’éducation financière de l’AMF. Ils ne savent ni comment il est rémunéré ni s’il y a des frais exigés pour leurs placements. Il faut trouver le moyen de développer ces réflexes de base, et ce n’est pas seulement avec un cours qu’on va changer ça », croit-il.

Les élèves du collège Boisbriand, une école privée où les frais d’inscription s’élèvent à 8 365 dollars, viennent de milieux aisés. Les notions d’épargne sont déjà bien ancrées chez beaucoup d’entre eux, comme le jeune Étienne, qui brandit le résultat de son dernier examen : 98 %. « Mes deux parents sont courtiers et ils me font toujours plein de discours là-dessus », dit l’adolescent.

Ce n’est pas le cas pour la majorité des jeunes, qui présentent d’importantes lacunes en matière de connaissances financières. Si le Québécois moyen obtient 60,1 %, les 18 à 24 ans n’ont obtenu en moyenne que 47,6 % au sondage de l’Autorité des marchés financiers.

« Mais le Québec n’est pas le seul à montrer des lacunes, note Pierre-Carl Michaud, profes­seur et chercheur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. Dans la plupart des pays industrialisés, les connaissances financières des jeunes, des sans-emploi, des femmes et des personnes âgées sont plus faibles que la moyenne. »

Les champions du monde dans ce domaine sont… les Chinois ! Les jeunes de 15 ans de Shanghai sont arrivés bons premiers au dernier test PISA, de l’OCDE, qui mesure les connaissances dans les matières de base et dont une section portait pour la première fois sur les connaissances financières. Plutôt étonnant pour un pays communiste ! Les autres pays qui se sont démarqués sont la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Estonie et la Belgique. Le Canada n’a pas participé à cette étude.

Difficile de trouver un dénominateur commun entre les pays qui réussissent le mieux, explique Pierre-Carl Michaud, qui siège à un comité d’experts de l’OCDE chargé d’étudier les meilleures pratiques en éducation financière. Mais beaucoup, comme le Royaume-Uni, ont intégré à leur cursus scolaire un cours obligatoire sur les finances personnelles. Et 45 pays, dont 14 du G20, se sont aussi dotés d’une stratégie nationale en la matière.

Le gouvernement canadien a fait connaître la sienne en juin dernier. La Stratégie nationale pour la littératie financière « Compte sur moi, Canada » comprend notamment des outils, dont un site Internet, pour sensibiliser davantage les jeunes aux notions d’épargne.

Le Québec planche en parallèle sur sa propre stratégie, qui devrait être mise en œuvre à l’automne 2015. Elle vise à con­certer les différentes initiatives déjà en place et à briser le tabou de l’argent, toujours présent chez les Québécois. « Au Québec, il y a encore une gêne à parler de finances, et les besoins sont différents, note Camille Beaudoin, de l’AMF. On se rend compte, par exemple, que les francophones se préoccupent des questions de consommation, alors que les anglophones s’intéressent davantage à l’investissement. »

La province enregistre le plus grand retard au pays à ce chapitre. Pierre-Carl Michaud attribue en partie ce désintérêt aux régimes de retraite à prestations déterminées, offerts en plus grande proportion au Québec qu’ailleurs au Canada. « Les travailleurs n’avaient pas à se soucier de planifier leur retraite, leur employeur le faisait à leur place, mais c’est de moins en moins le cas. »

L’objectif d’une stratégie nationale est aussi de regrouper les initiatives. Ne serait-ce pas plus simple d’intégrer des cours de finances personnelles dans les écoles ? Un cours seul ne changera pas tout, reconnaît Dominique Asselin, fondateur de l’Académie du Trésor. « Les parents sont les premiers à éveiller leurs enfants à ces questions, mais ceux-ci n’en savent pas assez. Il y a donc du travail à faire de ce côté-là aussi », dit-il.

La Colombie-Britannique a introduit en 2004 un cours obligatoire sur la gestion des finances personnelles, et l’Ontario intègre depuis 2011 des notions de finances personnelles dans son programme général de la 4e à la 12e année. Qu’attend le Québec ?

Le ministère de l’Éducation confirme qu’un cours optionnel en éducation financière est en préparation pour les élèves de 5e secondaire, mais que celui-ci doit d’abord obtenir l’approbation du ministre avant d’être inclus dans le programme. Or, il promet la même chose depuis… 2012. Et rien n’a encore remplacé le cours d’économie, largué en 2009. Aurait-on oublié le principe de base des intérêts com­posés ? Plus on commence tôt…

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Il faut dire que les taux d’intérêt au plancher, c’est l’idéal afin de favoriser l’endettement en plus de défavoriser l’épargne.

Pour le reste, bonne idée. Je le dis toujours: les problèmes financiers de la plupart des gens qui disent en avoir ne vient pas de leurs revenus mais de leurs dépenses…

Et moi je dis que la majorité des problèmes provient de cette fiscalité que personne ne comprend ! Comment peut-on réduire son endettement lorsque l’on fait face à des Taux Effectifs Marginaux d’Imposition de 70% et plus mais que l’on ne le sait pas !
Or, curieusement, aucun programme de littératie financière ne semble vouloir en parler !

« Les Québécois sont nuls en matière de finances personnelles »

Baveux pas à peu près. Vous savez ce que les Québécois vous disent ?

Quand j’ai fais mon secondaire il y avait un cour d’économie obligatoires… dans ce cour on apprenait l’offre et la demande le crédit et l’épargne et plein d’autre chose. Il existe pu?

malheureusement le cours déconomie a été enlevé du nouveau régime d’éducation (depuis 2006 ou 2007 je crois)…

Toutes ces formations, toute cette insistence à améliorer la littératie financière me font peur. Non pas pour mon boulot, mais pour la qualité des informations transmises. Il faudrait, pour commencer, s’assurer que les gens qui offrent ces formations possèdent des compétences suffisantes au niveau fiscal avant d’offrir de telles formations. Or, de ce que je vois et j’entends, la littératie financière d’aujourd’hui n’est basée que sur des mythes financiers qui ont la vie dure. Et les gouvernements et l’IQPF sont probablements la pire source d’informations puisqu’ils n’ont pas encore compris que le RVER constituent le plus mauvais programme à offrir aux travailleurs sans régime de retraite. Mais comme tout le reste, pour le comprendre, encore faut-il être apte à calculer non seulement le TEMI sur le dernier dollar de revenu mais le TEMI pondéré sur la TOTALITÉ de la cotisation ou du retrait REER. Ainsi, tous comprendraient mieux ce que M. Laferrière ne cesse de dire depuis 1998 : « L’adage qui veut que l’on paie moins d’impôt à la retraite est faux » pour la presque totalité des célibataires et pour la majorité des couples n’ayant aucun régime de retraite – auquel contribue l’employeur. Or, le REER collectif et le RVER ne devraient même pas être considéré comme des régimes de retraites !

Les élèves de Shanghai ne sont nullement représentatifs de la Chine
Ce sont tous des élèves sélectionnés
Les élèves de l’extérieur doivent étudier en-dehors de la ville et passer ensuite des tests d’admission à Shanghai. C’est très élitique

Va-t-on ENFIN former des diplômés en sciences autres que molles pas de maths au Québec?

Il est grand temps que nos élèves connaissent ne serait-ce qu’une notion de base de la façon dont une économie fonctionne.

Ça leur permettra de juger en bonne connaissance de cause les rêvasseries chimériques que nous propose la gogoche presque quotidiennement. Ils ne beugleront plus bêtement à l’unisson lorsque le chef du troupeau les appellera au pied démontrant ainsi la médiocrité de leurs piètres connaissances en économie mais ils questionneront plutôt la « générosité solidaire » des coqs de la gauche.

Temps durs à venir pour nos bolchéviks…d’autant plus que presque tous leurs pays fétiches basculent à droite (Norvège, Suède, Dannemark, Finlande) et en plus, leur Cuba qui se rapproche des gros méchants Américain…

«…un placement de 50 dollars par semaine pendant 10 ans, de l’âge de 22 à 32 ans, peut valoir près d’un demi-million à 65 ans.»

Pour cela, il faudrait un taux d’intérêt composé, et constant, de 9%. Vous avez vu les taux offerts par les banquiers depuis dix ans? Ça joue entre 0,5 et 2,5%. Juste pour illustrer la chose, prenons le total épargné après dix ans soit 26 000$ et calculons 33 ans de rendement à 9,5% pour amener notre futur retraité à 65 ans. Le total des intérêt gagnés serait de 448,000$. En supposant un taux d’inflation annuel de 2% la valeur réelle finale du placement serait de 251 000$. Avec un taux plus réaliste des années présentes, mettons 2,5%, le même 26 000$ de 2015 aura produit 31 000$ d’intérêts en 33 ans. L’effet de l’inflation serait alors presque catastrophique, la valeur finale étant de 30, 400$

Même en commençant à calculer à partir de la première année avec le premier puis le second 2 600$ et ainsi de suite, il n’y a pas de magie. Pour multiplier une somme, il faut des taux suffisamment élevés ou bien savoir «jouer» les cycles boursiers et le tout à l,abri de l’impôt dans un REER autogéré. Je veux bien que l’on constate le fameux manque de littératie financière mais il ne faut pas non plus faire croire à la poudre de perlimpinpin. Laissons cela aux alchimistes financiers, vous savez ceux qui nous ont fabriqué la crise de 2007 et années suivantes.

P.S. Pour les calculs, les calculateurs d’inflation ainsi que de taux d’intérêts de la Banque du Canada font l’affaire.

La réponse est toute trouvée, comme d’habitude: faire intervenir le gouvernement pour inculquer aux québécois le sens de l’épargne et de l’investissement. Les québécois ne sont donc pas des gens responsables, il faut les tenir par la main.
On demande à nos gouvernements de gérer l’offre (les taxis, les Car2Go, les oeufs, le lait, les poules, le vin et la bière, l’essence, l’électricité, les jeux vidéos, les hockey professionnel, les festivals) et, en matière de demande, de freiner la concurrence en subventionnant les plus faibles ou en leur accordant un monopole. Alors, pourquoi ne pas leur demander en plus de gérer notre épargne ? Comme cela, on n’aurait pas à maîtriser un savoir-faire en matière financière ! L’apprentissage, c’est pour les nuls !

Est-ce que c’est le gouvernement qui est trop maternant ou une partie de la population qui est immature? Désolé, mais je ne suis pas un adepte de l’autorégulation même si je ne suis pas un interventionniste à tout prix.