Bye-bye palmarès

Ce numéro du 15 novembre 2010 ne contient pas de classement des écoles secondaires du Québec. Pas plus que celui de 2011 n’en contiendra. L’aventure commencée en octobre 2000 est terminée.

L'édito de Carole Beaulieu : Bye-bye palmarès
Photo : Jacques Nadeau

Désormais, le ministère de l’Éducation du Québec ne fait plus subir aux élèves qui termi­nent leur secondaire que deux épreuves uniformes, l’une de français, l’autre d’anglais. Faute de données nationales comparables sur les quatre matières jusqu’ici évaluées (mathématiques, physique, français et anglais), une étude sérieuse de la performance des écoles secondaires du Québec n’est plus possible. À seulement deux variables, la démarche, aussi intéressante soit-elle, n’a plus autant de poids.

Nous aurions pu faire un dernier classement, basé sur des données vieilles de deux ans. Nous avons choisi de ne pas le faire. Il faut savoir admettre qu’une formule a atteint ses limites pour ce qui est de contribuer au bien public.

Depuis 2000, le Bulletin des écoles que produisait l’Institut économique de Montréal (avec ou sans l’Institut Fraser, selon les années) permettait aux Québécois de toutes les régions de discuter chaque automne des méthodes adoptées par un établissement ou un autre, public ou privé, pour diplômer le plus grand nombre d’élèves, faire mieux réussir les garçons, lutter contre le décrochage…

Grâce au palmarès, l’éducation faisait tous les automnes l’objet d’un grand rendez-vous médiatique. Des directeurs d’école étaient devenus des habitués des plateaux de télévision. On débattait enfin, à heure de grande écoute, d’une question vitale pour notre avenir collectif : la capacité des écoles du Québec de remplir leur mission, soit donner aux enfants les outils dont ils ont besoin pour construire leur vie et contribuer à la société.

En public, des enseignants nous fustigeaient, nous accusant de décourager des jeunes et de contribuer à vider le secteur public de ses meilleurs élèves au profit des écoles privées.

En privé, souvent, ils nous félicitaient d’avoir secoué l’apathie du milieu. Le palmarès défiait le nivellement par le bas qui s’était installé dans certains établissements du Québec, bousculait l’indifférence de certaines administrations scolaires.

Des parents, dans tous les coins du Québec, ont découvert parfois que l’établissement privé qu’ils payaient au prix fort ne faisait pas de miracles, ou encore que l’école publique de leur quartier bien nanti diplômait moins d’élèves qu’une autre d’un quartier pauvre voisin ! Le débat qui s’en est suivi a été houleux, mais riche d’actions concrètes dans bien des milieux.

En attendant de trouver d’autres moyens d’évaluer la performance des écoles secondaires, L’actualité tourne aujourd’hui son regard vers le monde universitaire, qui a bien besoin d’un coup de pouce.

Chaque année, il manque près d’un demi-milliard de dollars aux universités québécoises pour boucler leur budget. Le très médiatisé cas de mauvaise gestion de l’UQAM ne doit pas nous rendre aveugles aux efforts bien réels de compression des coûts qui ont été faits par toutes les universités. Reste que ça ne suffit pas.

Une fraction toujours plus importante de la population veut accéder à l’université. Les besoins n’ont jamais été aussi grands. De plus en plus d’étudiants optent pour des programmes novateurs offerts à l’étranger et enrichissent ainsi leur formation. Il faut s’en réjouir et encourager davantage de jeunes à le faire. Notre société doit continuer à rattraper son retard quant au nombre de diplômés universi­taires. Comment y arriverons-nous si les moyens restent aussi limités ?

Les fédérations étudiantes persistent à s’opposer en bloc à toute hausse des droits de scolarité, même si ceux du Québec demeurent les plus bas au pays. Les contribuables, eux, sont à bout.

C’est de ce cul-de-sac apparent que vient d’émerger la proposition audacieuse du recteur de l’Université Laval, Denis Brière. Souhaitons qu’elle fasse partie des idées qui seront sérieu­sement débattues au pro­chain forum sur les univer­sités, que la nouvelle ministre de l’Éducation, Line Beau­champ, prévoit tenir d’ici Noël. Les universités auraient bien besoin d’une telle bouffée d’air frais.

ET ENCORE

Les nostalgiques du palmarès peuvent trouver dans le site de L’actualité le plus récent, et dernier, Bulletin.

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